Cet astre brillant de la piété s'est levé pendant la sombre époque de l'occupation turque, en vue de répandre la miséricorde divine sur le peuple d'Athènes oppressé, et pour guider dans le droit chemin de la vertu un grand nombre d'âmes en péril.

Née par miracle en 1528, au sein de la noble et riche famille des Vénizélou, en réponse aux longues et persévérantes prières de sa mère, elle montra dès son plus jeune âge d'admirables dispositions pour la vie ascétique et la contemplation. Héritière convoitée, elle fut mariée contre son gré, dès l'âge de douze ans, à un homme dur et violent, dont elle supportait avec patience les traits d'humeur et les mauvais traitements, en priant pour sa conversion. Au bout de trois ans, elle fut délivrée des liens du mariage par la mort de cet époux tyrannique et, résistant à toutes les pressions de ses proches pour contracter de secondes noces, elle se consacra exclusivement à plaire au Seigneur par le jeûne et la prière, tout en restant dans la maison familiale. A la mort de ses parents, dix ans plus tard, elle employa toute son immense fortune à la fondation d'un couvent dédié au Saint Apôtre André, lequel, dans une vision, l'avait chargée de cette mission
1. Elle fit construire non seulement des cellules et tout ce qui est nécessaire au fonctionnement d'un Monastère, mais elle fonda aussi à proximité toute une série d'établissements de bienfaisance : hôpital, hospices pour les pauvres et les vieillards, ateliers divers et surtout des écoles dans lesquelles les enfants d'Athènes pouvaient recevoir une éducation chrétienne. Elle dota, par ailleurs, sa fondation de propriétés et de dépendances (métochia), afin de pourvoir à son entretien et pour distribuer des aumônes avec générosité, de telle sorte que le Monastère de Sainte Philothée devint bientôt, pour Athènes, la source des bénédictions divines, le havre des affligés et le foyer où la tradition du peuple grec pouvait se réanimer.

Dès que les premiers bâtiments furent achevés, la bienheureuse revêtit, la première, l'habit monastique, sous le nom de Philothée, en compagnie de ses servantes et de beaucoup d'autres jeunes filles de l'aristocratie et de condition plus modeste, qui avaient renoncé aux attraits de la vie mondaine pour suivre sous sa direction la voie étroite qui mène au Royaume des Cieux. Toutes, dans un même esprit, s'efforçaient d'imiter les vertus de leur mère spirituelle, laquelle n'avait pas son pareil quant à la charité et à la compassion envers les pauvres et les malades, qu'elle visitait et dont elle prenait soin elle-même. Elle distribuait les aumônes sans compter, de sorte qu'un jour le couvent en fut réduit à la dernière extrémité, et certaines soeurs commencèrent à murmurer contre la Sainte. Philothée les exhorta alors à la patience et à rechercher d'abord le Royaume de Dieu. De fait, quelques jours plus tard, deux gentilshommes firent une importante donation qui sauva le monastère de la disette.

Poussée par sa foi et sa compassion, Philothée avait offert asile dans son monastère, au mépris des dangers de représailles, à certaines captives chrétiennes qui s'étaient enfuies de chez leurs maîtres pour préserver leur foi et leur vertu. Ce fut l'occasion pour les Turcs d'investir le couvent, de fondre sur la Sainte alors malade, comme des bêtes féroces, et de la traîner sans ménagement devant le juge qui la fit emprisonner dans un sombre cachot. Sommée de renier le Christ ou d'être livrée à la mort, elle confessa avec une grande joie que son plus profond désir était justement de consommer le Martyre par amour du Christ. Mais telle n'était pas la volonté de Dieu et, grâce à l'intervention des autorités grecques de la cité, elle fut relâchée. Renforcée par cette épreuve, elle redoubla dès lors de zèle dans ses oeuvres apostoliques et dans ses labeurs ascétiques. Parvenue à la perfection, elle acquit la grâce d'accomplir miracles et guérisons, et elle attirait à elle un nombre toujours plus grand de disciples, si bien qu'elle dut fonder un second monastère, auprès duquel se trouvait une petite grotte où elle aimait se retirer pour se livrer à la contemplation.

Son rayonnement auprès du peuple provoqua la haine des Turcs, qui surgirent dans le nouveau monastère pendant une Vigile nocturne et maltraitèrent si cruellement la Sainte à coups de bâtons qu'ils la laissèrent à terre à demi morte. Sainte Philothée supporta les suites de ses blessures avec une admirable constance, et elle rendit au Seigneur son âme de Martyre, le 19 février 1589.

A peine vingt jours plus tard, son tombeau commença à dégager un merveilleux parfum, et sa précieuse Relique, vénérée aujourd'hui dans la cathédrale d'Athènes, est restée incorrompue pour la gloire de Dieu et la consolation du peuple chrétien.

1. Ce monastère se trouvait sur l'emplacement des bâtiments actuels de la Métropole d'Athènes.

LES DEUX SIGNIFICATIONS DE LA COMMUNION
LES DEUX SIGNIFICATIONS DU JEÛNE
LA COMMUNION DU SOIR
ORDONNANCE DE L’OFFICE

Voir aussi le texte complet de la 
Divine Liturgie des Saints Dons Présanctifiés.


LES DEUX SIGNIFICATIONS DE LA COMMUNION

De toutes les règles liturgiques concernant le Carême, une surtout est d’importance décisive pour sa compréhension. Étant particulière à l’Orthodoxie, elle se trouve être une clé qui introduit à sa tradition liturgique. Cette règle est celle qui interdit la célébration de la Divine Liturgie les jours de semaine en Carême. Les rubriques sont claires : en aucune circonstance on ne peut célébrer la Divine Liturgie du lundi au vendredi en Carême, sauf une exception : la Fête de l’Annonciation, si elle tombe une de ces jours-là. Les mercredis et vendredis, cependant, un office de communion est prescrit le soir ; on l’appelle Liturgie des Présanctifiés.[...] Il est important d’expliquer plus en détail le sens de cette règle, qui transcende le cadre du Carême et éclaire le tradition liturgique orthodoxe toute entière.

Pour tout dire, nous avons ici l’expression et l’amplification d’un principe liturgique fondamental : l’incompatibilité de l’Eucharistie avec le jeûne. Mais pour comprendre le sens de ce principe, il faut commencer non par le jeûne, mais par l’Eucharistie. Dans la tradition orthodoxe, profondément différente en cela de la théologie eucharistique du Catholicisme occidental et de sa pratique, l’Eucharistie a toujours conservé son caractère festif et joyeux. C’est avant tout le sacrement de la venue du Christ et de sa présence parmi ses disciples, et par la suite, en un sens très réel, la célébration de sa Résurrection. En vérité, c’est la venue et la présence du Christ dans l’Eucharistie qui est pour l’Église la " preuve " de sa Résurrection. C’est la joie et la brûlure du coeur ressenties par les disciples sur la route d’Emmaüs, quand le Christ se révéla à eux dans la fraction du pain (Lc 24,13-35), qui sont pour l’Église la source éternelle de la connaissance " expérimentale " et " existentielle " de la Résurrection. La Résurrection, en effet, personne ne l’a vue, et cependant les disciples y ont cru, non parce que quelqu’un le leur avait enseigné, mais parce qu’ils virent le Christ ressuscité quand, les portes étant fermées (Jn 20,19), il apparut parmi eux et partagea leur repas.

L’Eucharistie est toujours cette même venue et cette présence, cette même joie et cette " brûlure du coeur ", cette même certitude suprarationnelle, et cependant absolue, que le Seigneur ressuscité se fait connaître à la fraction du pain. Et cette joie est si grande que, pour la primitive Église, le jour de l’Eucharistie n’était pas un jour parmi d’autres, mais le Jour du Seigneur, un jour déjà au-delà du temps, car, dans l’Eucharistie, le Royaume de Dieu faisait déjà irruption. À la Dernière Cène, le Christ lui-même dit à ses disciples qu’il leur accordait le Royaume, de sorte qu’ils " mangent et boivent à sa table, dans son Royaume " (cf. Lc 22,30). Puisqu’elle est la présence du Seigneur ressuscité, l’Eucharistie est donc la participation au Royaume qui est joie et paix dans le Saint-Esprit (Rm 14,17). La communion est la " nourriture d’immortalité, le " pain céleste ", et s’approcher de la sainte Table, c’est véritablement monter au ciel.

L’Eucharistie est ainsi la fête de l’Église ou mieux encore : l’Église-Fête, réjouissance en la présence du Christ, anticipation de la joie éternelle du Royaume de Dieu. Chaque fois que l’Église célèbre l’Eucharistie, elle est " chez elle " - au ciel. Elle monte là où le Christ est monté, afin de nous faire " manger et boire à sa table, dans son Royaume... " On comprend alors pourquoi l’Eucharistie est incompatible avec le jeûne, car le jeûne (nous le verrons plus loin) est la meilleure expression de l’Église en tant qu’elle est pèlerine et encore en marche vers le Royaume céleste. Et les fils du Royaume, dit le Christ, ne peuvent jeûner tant que l’Époux est avec eux (Mt 9,15).

Mais pourquoi alors, peut-on se demander, la communion est-elle encore distribuée durant les jours de jeûne, à la Liturgie des Présanctifiés ? Cela ne contredit-il pas le principe ci-dessus énoncé ? Pour répondre à cette question, nous devons maintenant considérer le second aspect sous lequel l’Orthodoxie comprend la communion, son sens en tant que source et force soutenant notre effort spirituel. Si, comme nous venons de le voir, la sainte communion est l’aboutissement de tous nos efforts, le but que nous efforçons d’atteindre, la joie suprême de notre vie chrétienne, elle est aussi et nécessairement la source et le commencement de notre effort spirituel lui-même, le Don divin qui nous permet de connaître, de désirer et de tendre vers " une plus parfaite communion, au Jour sans soir " du Royaume de Dieu.

Car le Royaume, bien qu’il soit venu, bien qu’il vienne dans Église, doit encore trouver son accomplissement et sa consommation à la fin des temps, quand Dieu remplira toutes choses de lui-même. Nous le savons et nous y participons par anticipation, nous participons maintenant au Royaume qui est encore à venir. Nous voyons et nous goûtons d’avance sa gloire et sa félicité, mais nous sommes encore sur la terre, et notre existence terrestre tout entière est ainsi un long et souvent douloureux voyage vers l’ultime Jour du Seigneur. Durant ce voyage, nous avons besoin de secours et de soutien, de force et de réconfort, car le " Prince de ce monde " ne s’est pas encore rendu ; au contraire, se sachant vaincu par le Christ, il engage un dernier et violent combat contre Dieu pour lui ravir tout ce qu’il peut. Si âpre est cette lutte et si puissantes " les portes d’Hadès ", que le Christ lui-même nous parle de la " porte étroite " (Mt 7,13), et nous dit combien peu sont capables de la suivre. Dans cette lutte, notre principale soutien est précisément le Corps et le Sang du Christ, cette " nourriture essentielle " qui nous garde spirituellement vivants et, en dépit de toutes les tentations et les dangers, nous fait disciples du Christ. C’est pourquoi, ayant participé à la sainte communion, nous prions ainsi :

Que ces Dons soient pour moi guérison de l'âme et du corps, qu’ils repoussent tout adversaire, qu’ils illuminent les yeux de mon coeur, qu’ils donnent la paix à mon âme, qu’ils m’inspirent une foi intègre, un amour sincère, une profonde sagesse et l’obéissance à tes commandements. Qu’ils augmentent en moi ta divine grâce et me fassent habiter ton Royaume...

...Ne me consume pas, ô mon Créateur ! Mais pénètre dans mes membres, mes reins et mon coeur !... Étant ta demeure par ta venue en moi dans la communion, tout esprit mauvais et toute passion me fuient comme du feu...

Et si le Carême et le jeûne signifient l’intensification de cette lutte, c’est parce que, selon l’Évangile, nous sommes alors face à face avec le Mauvais et toute sa puissance. Et c’est alors que nous avons spécialement besoin du secours et de la force de ce Feu divin ; d’où la communion spéciale du Carême, avec les Présanctifiés, c’est-à-dire les Dons consacrés à la Liturgie eucharistique du dimanche précédent, et gardés sur l’autel, pour être distribués le mercredi et le vendredi soir.

Il n’y a aucune célébration de l’Eucharistie les jours de jeûne, parce que le célébration est un mouvement continu de joie ; mais il y a présence continue des fruits de l’Eucharistie dans l’Église. De même que le Christ " visible ", monté aux cieux, reste pourtant invisiblement présent dans le monde, de même que la Pâque, célébrée une fois l’an, illumine de ses rayons toute la vie de l’Église, de même que le Royaume de Dieu encore à venir est cependant déjà parmi nous, ainsi en est-il de l’Eucharistie. En tant que sacrement et célébration du Royaume, en tant que Fête de l’Église, elle est incompatible avec le jeûne et n’est pas célébrée durant le Carême ; mais en tant que grâce et puissance du Royaume qui sont à l’oeuvre dans le monde, en tant qu’elle nous fournit la " nourriture essentielle " et qu’elle est notre arme dans la lutte spirituelle, elle est au centre même du jeûne ; elle est vraiment la manne céleste qui nous garde vivants dans notre voyage à travers le désert du Carême.


LES DEUX SIGNIFICATIONS DU JEÛNE

Ici, une question se pose : si l’Eucharistie est incompatible avec le jeûne, pourquoi donc sa célébration est-elle encore prescrite les samedis et dimanches de Carême, et ceci sans " rompre " le jeûne ? Les Canons de l’Église semblent ici se contredire. Tandis que les uns interdisent de rompre le jeûne en aucun des quarante jours. Cette contradiction cependant n’est qu’apparente, car les deux règles qui semblent s’exclure mutuellement, se réfèrent à deux significations différentes du terme " jeûne ". Il importe de le comprendre, parce que c’est là que se trouve le " philosophie " du jeûne orthodoxe, essentielle à tout notre effort spirituel.

Il y a en effet deux façons de jeûner, enracinées toutes deux dans l’Écriture et la Tradition, et qui correspondent à deux besoins distincts, à deux états de l’homme. Le premier peut être appelé : jeûne total, car il consiste en une totale abstinence de nourriture et de boisson. On peut définir le second comme un jeûneascétique, car il consiste surtout en l’abstinence de certaines nourritures et en une réduction substantielle du régime alimentaire.

Le jeûne total, de sa nature même, est de courte durée et généralement limité à un jour ou même à une partie de la journée. Dès le début du Christianisme, il fut compris comme un état de préparation et d’attente, comme un état de concentration spirituelle sur ce qui va arriver. La faim physique correspond ici à l’attente spirituelle de l’accomplissement, à " l’ouverture " de tout l’être à la joie qui approche. C’est pourquoi, dans la tradition liturgique de l’Église, nom trouvons ce jeûne total comme dernière et ultime préparation a une grande fête, à un événement spirituel décisif, par exemple aux veilles de Noël et de l’Épiphanie ; et surtout, c’est ce jeûne qui constitue le jeûne eucharistique, mode essentiel de notre préparation au banquet messianique, à la table du Christ dans son Royaume. L’Eucharistie est toujours précédée de ce jeûne total, qui peut varier dans sa durée, mais qui, pour l’Église, constitue une condition nécessaire à la sainte Communion.

Beaucoup de gens comprennent mal cette règle ; ils n’y voient rien d’autre qu’une prescription archaïque et s’interrogent sur la nécessité préalable d’un estomac vide pour recevoir le sacrement. Si l’on réduit cette règle a un sens aussi physique et grossièrement physiologique, et qu’on la considère comme une simple discipline, elle perd naturellement sa véritable signification. Ainsi, il n’est pas étonnant que le Catholicisme romain qui, depuis longtemps, a remplacé la conception spirituelle du jeûne par une compréhension juridique et disciplinaire, ait, de nos jours, pratiquement aboli le jeûne eucharistique. Dans sa véritable signification cependant, le jeûne total est la principale expression de ce rythme de préparation et d’accomplissement dont vit l’Église, car elle est à la fois attente du Christ en " ce monde " et entrée dans le " monde à venir ". Nous pouvons ajouter ici que, dans la primitive Église, ce jeûne total portait un nom emprunté au vocabulaire militaire : il était appelé " station ", ce qui évoquait une troupe en état d’alerte et de mobilisation. L’Église " monte la garde ", elle attend l’Époux, elle l’attend dans l’empressement et la joie. Ainsi, le jeûne total n’est pas seulement un jeûne des membres de l’Église, c’est l’Église elle-même en tant que " jeûne ", en tant qu’attente du Christ qui vient à elle dans l’Eucharistie et qui viendra en gloire à la consommation des siècles.

Tout a fait différent est le sens spirituel du second type de jeûne que nous avons défini comme jeune ascétique : Ici, le but du jeûne est de libérer l’homme de la tyrannie déréglée de la chair, qui s’établit lorsque l’esprit cède devant le corps et ses appétits, résultat tragique du péché et de la chute originelle de l’homme. C’est seulement par un lent et patient effort que l’homme découvre qu’il ne vit pas seulement de pain, et restaure en lui-même la primauté de l’esprit. Le facteur tempsest essentiel, car il faut du temps pour déraciner et guérir la maladie commune et universelle que les hommes ont fini par considérer comme leur état normal. L’art du jeûne ascétique a été affiné et perfectionné à l’intérieur de la tradition monastique, puis adopté par l’Église entière. Il est l’application à l’homme des paroles du Christ disant que les puissances diaboliques qui asservissent l’homme ne peuvent être vaincues que par la prière et par le jeûne (Mc 9,29). Il est fondé sur l’exemple du Christ lui-même, qui jeûna quarante jours, puis rencontra Satan face à face et, dans cette rencontre, détruisit la sujétion de l’homme aux nourritures terrestres, inaugurant ainsi la libération de l’homme (cf. Mt 4,1-11).

L’Église a mis à part quatre périodes de ce jeûne ascétique : les périodes précédant Pâques, Noël, la Fête des saints Pierre et Paul, et la Dormition de la Mère de Dieu. Quatre fois par an, elle nous invite à nous purifier et à nous libérer de la domination de la chair par la sainte thérapie du jeûne. Et chaque fois, le succès de celle-ci dépend précisément de l’application de certaines règles fondamentales dont la principale se trouve être l’ininterruption du jeûne, sa continuité dans le temps.

C’est cette distinction entre les deux modes de jeûne qui nous aide à comprendre la contradiction apparente entre les canons qui règlent le jeûne. Le canon qui interdit de jeûner le dimanche signifie que, ce jour-là, le jeûne est " rompu " avant tout par l’Eucharistie elle-même, qui comble l’attente, attente qui, étant le but de tout jeûne, est aussi sa fin. Cela signifie en d’autres termes que le dimanche, le Jour du Royaume, n’appartient pas à ce temps qui en Carême revêt plus précisément le caractère de pèlerinage et de voyage. Le dimanche reste ainsi un jour non de jeûne, mais de joie spirituelle.

Cependant, si l’Eucharistie rompt le " jeûne total ", elle ne rompt pas le " jeûne ascétique " qui, comme nous l’avons déjà expliqué, requiert de par sa nature, lacontinuité de l’effort. Cela veut dire que les règles alimentaires qui régissent le jeûne ascétique restent en vigueur le dimanche, en Carême ; pratiquement, viandes et graisses sont interdites, mais cela, seulement à cause du caractère " psychosomatique " du jeûne ascétique, parce que l’Église sait que, si on veut dompter le corps, il faut le soumettre à une longue et patiente discipline d’abstinence. En Russie, par exemple, les moines ne mangeaient jamais de viande ; mais ceci ne signifiait pas qu’ils jeûnaient à Pâques ou à tout autre grande fête. On peut dire qu’un certain degré de jeûne ascétique appartient à la vie chrétienne comme telle, et que les chrétiens doivent le conserver. [...]

Il faut donc bien comprendre qu’il n’y a aucune contradiction entre l’insistance de l’Église à maintenir l’abstinence de certains aliments les dimanches de Carême et sa condamnation du jeûne le jour où l’on célèbre l’Eucharistie. Il est clair aussi que c’est seulement en suivant les deux règles, en gardant simultanément le rythme eucharistique de préparation et d’accomplissement et l’effort soutenu des " quarante jours qui sauvent l’âme " que nous pouvons atteindre vraiment les buts spirituels du Carême.

Tout ceci nous amène maintenant à la Liturgie des Présanctifiés, qui tient une place spéciale dans le culte en Carême.


LA COMMUNION DU SOIR

La caractéristique première et essentielle de la Liturgie des Présanctifiés est qu’elle est un office du soir. Elle se présente comme un office de communion qui suit les Vêpres. Aux premiers stades de développement, elle était dépourvue de la solennité qu’elle revêt aujourd’hui, si bien que sa relation avec l’office du soir était encore plus manifeste.

La première question qui se pose, par conséquent, concerne le caractère vespéral de la Liturgie. Nous savons déjà que, dans la tradition orthodoxe, l’Eucharistie est toujours précédée d’une période de jeûne total. Ce principe général explique le fait que l’Eucharistie, différente en cela de tous les autres offices, n’ait pas d’heure fixe qui lui soit propre, car le temps de sa célébration dépend avant tout de la nature du jour où elle doit être célébrée. Ainsi, pour une grande fête, le Typicon prescrit une Eucharistie très tôt, parce que la vigile tient lieu de jeûne ou de préparation. Pour une fête moindre, sans vigile, l’Eucharistie est repoussée à une heure plus tardive, si bien que, théoriquement du moins, un jour par semaine, elle devrait avoir lieu à midi. Enfin, les jours où un jeûne strict ou total est prescrit pour la durée de la journée, la sainte communion - " rupture du jeûne " - est reçue le soir.

Le sens de tous ces rubriques est très simple : du fait que l’Eucharistie est toujours le terme d’une préparation, la réalisation d’une attente, le moment de sa célébration (kairos) est lié à la durée du jeûne total. Ce dernier ou bien prend la forme d’un office de vigile qui dure toute la nuit, ou bien se trouve être observé individuellement. Et puisque, pendant le Carême, les mercredis et vendredis sont des jours de totale abstinence, l’office de communion, qui combe l’attente de ce jeûne, se célèbre le soir.

La même logique s’applique aux " vigiles " de Noël et de la Théophanie qui sont aussi des jours de jeûne total et où, par conséquent, on célèbre l’Eucharistie après Vêpres. Si toutefois la veille de ces fêtes tombent un samedi ou un dimanche qui, dans la tradition orthodoxe, sont des jours d’Eucharistie, l’abstinence " totale " est avancée au vendredi. Autre exemple : si l’Annonciation tombe un jour de semaine en Carême, la célébration de l’Eucharistie est prescrite pour après Vêpres.

Ces règles qui, à beaucoup, semblent archaïques et inadéquates aujourd’hui, révèlent en fait le principe fondamental de la spiritualité liturgique orthodoxe, à savoir que l’Eucharistie est toujours le terme d’une préparation et la réalisation d’une attente. Et comme les jours de jeûne total et d’abstinence sont l’expression la plus intense de l’Église qui attend l’Époux, ils sont " couronnés " par la communion du soir.

Les mercredis et vendredis de Carême, l’Église prescrit une abstinence complète de nourriture jusqu’au coucher du soleil. C’est pourquoi ces jours-là sont tout à fait indiqués pour la communion de Carême qui, comme nous l’avons dit plus haut, est une des armes et un des moyens spirituels essentiels au combat du Carême. Jours d’effort spirituel et physique intensifié, ils sont illuminés par l’attente de la communion prochaine au Corps et au Sang du Christ, et cette attente nous soutient dans notre effort, tant spirituel que physique ; elle en fait un effort axé sur la joie de la communion du soir : Je lève les yeux vers les montagnes, d’où le secours me viendra-t-il... (Ps 120,1).

Et alors, à la lumière de cette rencontre prochaine du Christ, comme le jour que je dois passer à mes occupations habituelles devient sérieux et grave ! Comme les choses les plus banales et insignifiantes qui remplissent mon existence quotidienne et auxquelles je suis si accoutumé que je n’y porte aucune attention, comme toutes ces choses acquièrent une nouvelle signification ! Tout mot prononcé, toute action accomplie, toute pensée qui traverse mon esprit, devient important, unique irréversible ; et chacun d’eux se trouve soit " ordonné " à mon attente du Christ, soit opposé à elle. Le temps lui-même que nous " perdons " généralement si facilement trouve ici son vrai sens : il est le Temps du salut ou de la damnation. La vie toute entière devient ce qu’en a fait la venue du Christ dans le monde : soit une ascension vers lui, soit une fuite loin de lui, dans les ténèbres et le destruction.

Et, de fait, le vrai sens du jeûne et du Carême n’est nulle part mieux révélé, ni plus pleinement, qu’aux jours de communion vespérale, et non seulement le sens du Carême, mais celui de l’Église et de la vie chrétienne dans sa totalité. En Christ, la vie toute entière, le temps en sa totalité, l’histoire, le cosmos lui-même, sont devenus attente, préparation, espérance, ascension. Le Christ est venu ; le Royaume est encore à venir !

En ce monde, nous ne pouvons qu’anticiper la gloire et la joie du Royaume ; et pourtant, en tant qu’Église, nous quittons ce monde en esprit et nous nous trouvons à la table du Seigneur, où, dans le secret de notre coeur, nous contemplons sa Lumière incréée et sa splendeur. Cependant, si cette anticipation nous est donnée, c’est pour nous faire désirer et aimer le Royaume et aspirer à une communion plus parfaite avec Dieu, au " Jour sans soir " qui vient. Et chaque fois que nous avons goûté, d’une façon anticipée, à la paix et la joie du Royaume, nous retournons dans ce monde et nous nous retrouvons sur la longue route, étroite et difficile. De la fête, nous retournons au jeûne, à la préparation et à l’attente. Nous attendons le soir de ce monde qui nous rendra participants de la " Lumière joyeuse de la sainte gloire de Dieu ", participants du commencement qui n’aura pas de fin.


ORDONNANCE DE L’OFFICE

Dans la primitive Église, alors que les chrétiens étaient peu nombreux et plus sérieusement éprouvés, l’usage existait de distribuer aux fidèles, à la fin de l’Eucharistie dominicale, les Dons consacrés, pour que chacun communie chez lui, chaque jour ; ainsi l’Eucharistie communautaire et joyeuse de Jour du Seigneur s’étendait-elle à la totalité du temps et de la vie. Cette pratique cependant cessa avec le nombre croissant des fidèles dans l’Église et la transformation du christianisme en religion de masse, qui, inévitablement, atténuèrent l’intensité spirituelle caractéristique des premières générations chrétiennes, ce qui obligea les autorités de l’Église à prendre des mesures contre la possibilité d’un usage abusif des saints Dons.

En Occident, ceci entraîna l’apparition de l’Eucharistie quotidienne - laquelle est un des traits caractéristiques de la tradition liturgique et de la piété occidentales, mais est aussi à l’origine d’un changement important dans la compréhension même de l’Eucharistie. Une fois l’Eucharistie privée de son caractère de " fête ", cessant d’être la Fête de l’Église et devenant partie intégrale du cycle quotidien, la porte était ouverte aux messes dites " privées ", qui, à leur tour, altérèrent de plus en plus tous les autres éléments du culte.

En Orient cependant, on n’abandonna jamais la conception initiale, eschatologique, centrée sur le Royaume, joyeuse, de l’Eucharistie ; et même aujourd’hui, au moins en théorie, la Divine Liturgie n’est pas une simple partie du cycle quotidien. Sa célébration est toujours une fête et le jour où on la célèbre prend toujours une tonalité spirituelle qui rappelle le Jour du Seigneur. Comme nous l’avons tant de fois souligné, elle est incompatible avec le jeûne et n’est pas célébrée les jours de semaine en Carême.

Ainsi, la communion quotidienne chez soi ayant cessé, elle ne fut pas remplacé en Orient par une célébration quotidienne de l’Eucharistie, mais elle donna naissance à une nouvelle forme de communion aux Dons conservés depuis le dimanche, jour de la célébration festive. Il est très probable qu’au début cet Office des Présanctifiés n’était pas limité au Grand Carême, mais était commun à toutes les périodes de jeûne de l’Église. Mais lorsque le nombre des fêtes, majeures et mineurs, augmenta et rendit le célébration de l’Eucharistie beaucoup plus fréquente, la Liturgie des Présanctifiés devint un trait caractéristique de la liturgie du Grand Carême et, peu à peu, sous l’influence de l’esprit propre à la liturgie du Carême, - cette " radieuse tristesse ", - elle acquit cette beauté et cette solennité uniques qui en font le sommet spirituel de la prière de Carême.

L’Office commence par les grandes Vêpres dont la doxologie initiale est déjà " eucharistique " : " Béni soit le règne du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! " Elle place la célébration entière dans la perspective du Royaume, ce qui est la perspective spirituelle du Carême et du jeûne. Le Psaume vespéral 103 (Bénis le Seigneur, ô mon âme...), est chanté comme à l’ordinaire et suivi de la grande litanie et de la psalmodie du dix-huitième cathisme (partie) du Psautier. Ce cathisme est prescrit pour tous les jours de semaine du Carême ; il se compose des psaumes 119 à 133, appelés " Psaumes des montées ". Ils étaient chantés sur les degrés du Temple de Jérusalem comme chant de procession, comme chant du peuple qui se rassemble pour le culte et se préparer à la rencontre de son Dieu :

J’étais dans la joie quand on m’a dit :
" Allons à la maison du Seigneur ! " (Ps 121,1)

Serviteurs du Seigneur, bénissez le Seigneur,
vous tous qui veillez dans la maison du Seigneur.
Élevez vos mains vers le sanctuaire,
depuis ses parvis, bénissez les Seigneur.
Le Seigneur te bénira depuis Sion,
lui qui a fait le ciel et la terre. (Ps 133)

Pendant la psalmodie de ces psaumes, le célébrant prend le pain consacré et conservé depuis le dimanche précédant et le place sur la patène ; puis, ayant transféré la patène de l’autel à la table de la Proscomédie, il verse du vin dans le calice et recouvre les saints Dons, comme il est d’usage de le faire avant la Liturgie. Il est à remarquer que le prêtre accomplit ceci sans rien dire. Cette rubrique souligne le fait que ces gestes sont d’ordre purement pratique, car les prières proprement eucharistiques ont été dites à la Liturgie eucharistique du dimanche.

Après l’entrée et l’hymne vespérale " Lumière joyeuse ", on lit les deux lectures prescrites de l’Ancien Testament, l’une tirée du Livre de la Genèse, l’autre du Livre des Proverbes. Cette lecture est accompagnée d’un rite particulier qui nous rapporte au temps où le Carême était encore centré sur la préparation des catéchumènes au baptême. Pendant la lecture de la Genèse, un cierge allumé est placé sur l’évangéliaire, sur l’autel, et cette lecture terminée, le Prêtre prend le cierge et l’encensoir et bénit avec eux l’assemblée en proclamant : " La Lumière du Christ illumine tous les hommes ! " Le cierge est le symbole liturgique du Christ, Lumière du monde. Le fait qu’il soit placé sur l’Évangile durant la lecture de l’Ancien Testament signifie que toutes les prophéties sont accomplies dans le Christ qui a ouvert l’esprit de ses disciples " afin qu’ils puissent comprendre les Écritures " (cf. Lc 24,27-32). L’Ancien Testament conduit au Christ, tout comme le Carême conduit à l’illumination baptismale. La lumière du baptême, en intégrant les catéchumènes au Christ, leur ouvrira l’esprit à la compréhension de l’enseignement du Christ.

Après la deuxième lecture de l’Ancien Testament, les rubriques prescrivent le chant de cinq versets du Psaume vespéral (Psaume 140), en commençant par le deuxième : Que ma prière s’élève comme l’encens devant toi.... Ce Psaume ayant déjà été chanté à sa place habituelle, avant l’entrée, on peut se demander pourquoi on répète une seconde fois les même versets. On peut déduire de certaines indications que cet usage remonte aux premiers stades du développement de la Liturgie des Présanctifiés. Il est probable que ces versets étaient chantés comme antienne de communion, au temps où la Liturgie n’avait pas encore acquis toute la complexité et solennité qu’elle revêt aujourd’hui, mais consistait simplement dans la distribution de la communion. Aujourd’hui, cependant, ils constituent une magnifique introduction, de caractère pénitentiel, à la deuxième partie de l’office : la Liturgie des Présanctifiés proprement dite.

Cette deuxième partie commence par la Liturgie des Catéchumènes, c’est-à-dire un ensemble de demandes et de prières spéciales pour ceux qui se préparent au baptême. À partir de la mi-Carême (mercredi de la quatrième semaine), on ajoute des prières et des demandes particulières pour les photizomenoi, " ceux qui sont prêts pour l’illumination ". Une fois encore ressortent l’origine et le caractère initial du Carême comme préparation au baptême et à Pâques.

Après le renvoi des catéchumènes, deux prières introduisent la Liturgie des Fidèles. Dans la première, nous demandons la purification de notre âme, de notre corps et de nos sens :

Que l’oeil s’abstienne de tout regard mauvais, que l’oreille soit inaccessible aux paroles oiseuses, que la langue s’interdise tout discours inconvenant ! Purifie nos lèvres qui te louent, Seigneur ! Fais que nos mains s’abstiennent de toute oeuvre perverse et n’accomplissent que celles qui te plaisent ! Affermis tous nos membres et notre entendement par ta grâce...

La deuxième prière nous prépare à l’Entrée des Dons consacrés :

...Voici que son Corps immaculé et son Sang vivifiant vont, à cette heure, faire leur entrée, pour être déposés sur cette table mystique, escortés invisiblement de la multitude des armées angéliques. Accorde-nous d’y communier sans reproche, afin que, les yeux de notre entendement étant illuminés par eux, nous devenions fils de la Lumière et du Jour, par le don de ton Christ...

Vient alors le moment le plus solennel de tout l’office : le transfert des saints Dons à l’autel. Apparemment cette entrée est semblable à la Grande Entrée de la Liturgie eucharistique, mais sa signification liturgique et spirituelle est évidemment totalement différente. Lors de la Liturgie proprement eucharistique, c’est la procession de l’offrande qui a lieu à ce moment-là : l’Église s’offre elle-même, offre sa vie, le vie de ses membres, et, en vérité, celle de la création entière, en sacrifice à Dieu, - actualisation du Sacrifice unique, plénier et parfait du Christ. Se souvenant du Christ, elle se souvient de tous ceux dont il a assumé la vie pour leur rédemption et leur salut. À la Liturgie des Présanctifiés, il n’y a ni offrande, ni sacrifice, ne eucharistie, ni consécration, mais c’est le mystère de la Présencedu Christ dans l’Église qui s’y trouve révélé et manifesté.

Il est bon de noter ici que la tradition liturgique orthodoxe, différente en cela de la coutume latine, ne connaît pas l’adoration des Dons eucharistiques, en dehors de la communion. Mais la " Sainte Réserve " des Dons consacrés en vue de la communion des malades ou pour autres cas urgents, est une tradition qui va de soi et n’a jamais été discutée dans l’Église orthodoxe. Nous avons déjà mentionné que, dans la primitive Église, il existait même la pratique de se donner soi-même la communion en privé, chez soi. Nous avons donc la présence permanente des Saints Dons et en même temps l’absence de leur adoration. En maintenant simultanément ces deux attitudes, l’Orthodoxie a évité le dangereux rationalisme sacramentel de l’Occident.

Mûs par le désir d’affirmer, contre les protestants, l’objectivité de la " présence réelle " du Christ dans les Dons eucharistiques, les latins ont, de fait, séparé l’adoration de la communion. Ce faisant, ils ont ouvert la porte à une dangereuse déviation spirituelle quant à la fin véritable de l’Eucharistie et, à vrai dire, de l’Église elle-même. Car le but de l’Église et de ses sacrements n’est pas de " sacraliser " des portions ou des éléments de matière, ni de les opposer aux éléments profanes, en les rendant saints ou sacrés. Son but,je le répète, est de faire de la vie de l’homme une communion avec Dieu, une connaissance de Dieu, une ascension vers le Royaume de Dieu ; et les Dons eucharistiques sont les moyens de cette communion, la nourriture de cette vie nouvelle, mais ils ne sont pas une fin en eux-mêmes. Car le Royaume de Dieu " n’est pas nourriture et boisson, mais paix et joie dans l’Esprit-Saint ". Tout comme, en ce monde, la nourriture ne remplit pas sa fonction que lorsqu’elle est consommée et ainsi transformée en vie, de même la nouvelle Vie du monde à venir nous est donnée par la participation à la " nourriture d’immortalité ". En conséquence, l’Église orthodoxe s’abstient de toute adoration du sacrement en dehors de la communion, parce que la seule vraie adoration, c’est, après avoir eu part au Corps et Sang du Christ, " d’agir en ce monde comme il l’a fait ".

Les protestants, eux, par crainte d’une interprétation " magique ", tendent à " spiritualiser " les sacrements, au point de nier la présence du Corps et du Sang du Christ en dehors de l’acte de communion. Ici encore, par la pratique de la réserve des Saints Dons, l’Église orthodoxe rétablit l’équilibre. Les Dons sont donnéspour la communion ; mais la réalité de la communion dépend de la réalité des Dons. L’Église ne spécule pas sur le mode de présence du Christ dans les Dons. Elle interdit leur usage à toute autre fin que la communion. Elle ne révèle pas, si l’on peut dire, cette présence en dehors de la communion, mais elle croit fermement que, tout comme le Royaume qui est encore à venir est " déjà parmi nous ", tout comme le Christ monté aux cieux et assis à la droite du Père, est pourtant aussi avec nous jusqu’à la fin du monde, de même la nourriture d’immortalité, moyen de communion au Christ et à son Royaume, est toujours présent dans l’Église.

Cet aperçu théologique nous ramène à la Liturgie des Présanctifiés et à " l’épiphanie " des Dons consacrés qui en est le point culminant et solennel. Cette " Grande Entrée " s’est développée par suite de la nécessité d’apporter les Dons consacrés qui, au début, n’étaient pas gardés sur l’autel, mais dans un endroit spécial, et même quelquefois en dehors de l’église. Ce transfert acquit naturellement une grande solennité, car il est l’expression liturgique de la venue du Christ et, à la fin d’une longue journée de jeûne, de prière et d’attente, la venue de ce secours, de ce réconfort et de cette joie tant attendus :

Maintenant les Puissances célestes célèbrent invisiblement avec nous. Car voici que s’avance le Roi de Gloire, voici avec son escorte le Sacrifice mystique déjà accompli. Approchons-nous avec foi et amour afin de devenir participants de la vie éternelle. Alléluia, alléluia, alléluia !

Les Saints Dons sont placés sur l’autel et nous disons la prière suivante pour nous préparer à la communion :

Sanctifie nos âmes et nos corps par une consécration inamissible, afin que, participant à ces divins Mystères avec une conscience pure, un visage qui n’ait point à rougir et un coeur illuminé, nous soyons vivifiés par eux et nous nous unissons à ton Christ lui-même, notre vrai Dieu, qui a dit : " Celui qui mage ma Chair et boit mon Sang demeure en moi et moi en lui " (Jn 6,56). Ainsi, Seigneur, ton Verbe habitant en nous et marchant au milieu de nous, nous deviendrons le temple de ton très saint Esprit digne d’adoration, et, délivrés de toute embûche diabolique dans nos actes, nos paroles et nos pensées, nous obtiendrons les biens que tu nous as promis avec tous les saints...

Vient ensuite la prière du Seigneur, qui est toujours notre dernier acte de préparation à la communion, car, comme elle est la propre prière du Christ, sa prière à son Père, cela signifie que nous faisons nôtres les sentiments du Christ, sa prière, sa volonté, son désir, sa vie.

Puis commence la communion, tandis que l’assemblée chante l’antienne de communion : " Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon ! " (Ps 33,9).

Enfin, une fois l’office achevé, nous sommes invités à " partie en paix ".

La dernière prière résume le sens de cet office, de cette communion du soir, de sa relation avec notre effort de Carême :

Maître tout-puissant, toi qui as créé tout l’univers avec sagesse, toi qui, dans ton ineffable providence et ton immense bonté nous as amenés à ces jours très saints pour la purification de nos âmes et de nos corps, pour la maîtrise de nos passions et dans l’espérance de la Résurrection, toi qui, après quarante jours, as confié à ton serviteur Moïse les tables de la Loi, texte gravé par ta main divine, toi-même, accorde-nous aussi dans ta bonté de mener le bon combat, d’achever la course du jeûne, de garder intègre la foi, d’écraser la tête des dragons invisibles et d’apparaître victorieux du péché en parvenant sans encourir de condamnation à vénérer ta sainte Résurrection.

À présent, il peut faire nuit dehors, et la nuit dans laquelle nous entrons et dans laquelle nous avons à vivre, à lutter et à persévérer, peut être encore longue. Mais la lumière que nous venons de voir l’illumine à présent. Le Royaume dont rien ne semble révéler la présence en ce monde, nous a été donné " dans le secret " ; sa joie et sa paix nous accompagnent, alors que nous nous préparons à poursuivre " la course du jeûne ".

Extrait d’Alexandre Schmemann,
Le Grand Carême : Ascèse et Liturgie dans l’Église orthodoxe.
Éditions de l’Abbaye de Bellefontaine, 1974-1999.
Reproduit avec l’autorisation des 
Éditions de l’Abbaye de Bellefontaine.


mercredi 17 février 2010

"Le rôle de l’évêque de Rome dans la communion de l’Eglise pendant le premier millénaire"

Le mois dernier a été publié, sur cette page, en anglais, le document detravail de la commission mixte orthodoxe-catholique pour le dialogue théologique élaboré en 2008. A la suite de sa mise en ligne, le Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens a publié un communiqué pour signaler que ce texte n'a ni "autorité", ni "caractère officiel", qu'il est "en train d'être examiné" et que ce document préparatoire consiste en "une liste de thèmes à étudier et à approfondir". Pour lire une traduction française de ce document, faite par nos soins à partir de la source en anglais, "cliquez ICI.

En complément: le Document de Ravenne (octobre 2007)

Rédigé le mercredi 17 février 2010 à 05:37 dans DocumentsRelations oecuméniques | Lien permanent

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Mgr Arthème, évêque serbe du Kosovo, suspendu de ses fonctions

Dans un communiqué publié sur le son site officiel, l’Eglise orthodoxe serbe annonce que par la décision du Saint Synode n° 131 du 11 février, signée par le patriarche serbe Irénée, Mgr Arthème, évêque de Raška et de Prizren (qui couvre le territoire du Kosovo), « est suspendu de ses fonctions tant que la procédure canonique à son encontre n’est pas finie, c’est-à-dire jusqu’à la prochaine réunion de l’Assemblée des évêques de l’Eglise orthodoxe serbe ». « Mgr Arthème n’est pas sous interdiction de célébration » - précise le communiqué - « et peut résider dans son siège ou dans d’autres lieux ou monastère de son diocèse ou dans un autre diocèse de l’Eglise orthodoxe serbe, mais seulement avec l’accord de nouvel administrateur du diocèse (l'ancien évêque d'Herzégovine NdT) ou de l’évêque ordinaire de cet autre diocèse ».

Lire la suite "Mgr Arthème, évêque serbe du Kosovo, suspendu de ses fonctions" »

Rédigé le mercredi 17 février 2010 à 03:01 dans Actualités-Europe | Lien permanent

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L'émission "Orthodoxie" (France 2) du 14 février 2010: l'inauguration du séminaire russe près de Paris (2ème partie)

Durant la semaine, il est possible de visionner l'émission "Orthodoxie", sur France 2, du 14 février 2010, qui proposait la deuxième partie d'un reportage sur l'inauguration du séminaire russe près de Paris, le 14 novembre dernier,sur cette page.

Rédigé le mercredi 17 février 2010 à 02:58 dans Podcast vidéo | Lien permanent

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Les tchotkis

Sur le weblog Orthodoxologie: la traduction d'un article sur les tchotkis et leur fabrication.

Rédigé le mercredi 17 février 2010 à 02:17 dans Revue du Web | Lien permanent

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L'Eglise orthodoxe célèbre aujourd'hui, pour la première fois cette année, la liturgie des Dons Présanctifiés
Le 17 février, mercredi de la première semaine du Carême, l'Eglise orthodoxe célèbre, pour la première fois cette année, la liturgie des Dons Présanctifiés. Ce rite liturgique antique, remontant à la tradition chrétienne occidentale, est pratiqué tous les mercredis et vendredis du Grand Carême. 

La liturgie des Dons Présanctifiés est célébrée à la suite des vêpres. Dans une sobriété solennelle, le Corps et le Sang du Christ, consacrés à la liturgie du dimanche précédent, sont portés sur l'autel. Les fidèles y communient après le chant du Notre Père. 

Dans le rite occidental actuel, cette liturgie avec la communion aux Dons Présanctifiés est pratiquée le Vendredi Saint. 

Sur le 
site officiel du patriarcat de Moscou, il est possible de voir les photos de la liturgie des Dons Présanctifiés célébrée ce mercredi à la cathédrale Christ-Sauveur de Moscou par le patriarche Cyrille.

www.orthodoxa.org

Aux premiers temps du christianisme, les fidèles de Jésus continuaient d'observer les pratiques religieuses juives, le repos du sabbat, la prière au Temple. Ils constituèrent cependant une communauté de culte, qui se marquait par la cérémonie du baptême, donné au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, suivie d'une profession de foi. S'ils célébraient encore les grandes fêtes de la religion juive, la Pâque, la Pentecôte, ils leur donnaient une signification nouvelle : il ne s'agissait plus seulement du rappel des événements de l'Ancien Testament, mais aussi de la commémoration de la passion et de la résurrection du Christ, et de la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres. Les premiers chrétiens suivaient les dates des fêtes juives. Puis des interrogations se firent jour : devait-on garder, pour la fête chrétienne de Pâques, la date et les rites de la Pâque juive ? Jusqu'au 4ème siècle, les différentes Eglises hésitèrent. Dans les Eglises d'Asie Mineure, certaines rejetèrent, d'autres gardèrent le rite de l'agneau pascal. L'Eglise d'Antioche s'en rapporta à la détermination juive pour fixer la résurrection au dimanche qui suivait la Pâque juive, tandis que les chrétiens d'Alexandrie se livrèrent à de savants calculs astronomiques et placèrent Pâques après l'équinoxe de printemps.
Bien que célébrée à des dates différentes, la fête de Pâques est pour toute Eglise chrétienne la fête des fêtes, celle sur laquelle se base la foi, et elle est précédée d'une longue préparation : le carême, ou " quarantaine ", en souvenir des quarante jours passés par Jésus dans le désert.
La pratique du carême remonte aux premiers siècles du christianisme, mais a subi beaucoup de fluctuations. Il semble établi qu'au second siècle, au temps de saint Irénée, évêque de Lyon, ce jeûne était très court, un ou deux jours, sans prendre aucune nourriture. A Alexandrie, au milieu du 3ème siècle, on jeûnait toute la Semaine sainte. Les premières traces du carême ou quarantaine se trouvent au 4ème siècle, dans un canon du concile de Nicée. Ce temps était dévolu à la préparation de la fête, mais surtout à celle des catéchumènes, qui étaient baptisés à Pâques. A la fin du 4ème siècle, l'Eglise de Jérusalem respectait les quarante jours de jeûne par un carême de huit semaines, pendant lesquelles on ne jeûnait ni le samedi ni le dimanche. A la même époque, en Egypte, et au 5ème siècle à Rome, puis en Gaule, on jeûnait le samedi, et le carême était de six semaines. Pendant toute cette période, les fidèles ne prenaient qu'un repas par jour, composé de pain, de légumes, et d'eau, certains se contentaient simplement de pain et d'eau. Pendant la Semaine sainte, l'abstinence était plus rigoureuse encore : le Vendredi saint et le Samedi, on ne prenait aucune nourriture. Selon les Eglises, l'heure de ce repas différait. Comme le carême de six semaines ne correspondait pas à quarante jours, on avança, au 7ème siècle, au mercredi de la semaine précédente, le mercredi des Cendres actuel, le premier jour d'abstinence. En même temps, les trois dimanches précédant le Carême, la Septuagésime, la Sexagésime et la Quinquagésime, furent inclus dans la préparation de Pâques, qui commençait ainsi neuf semaines avant la fête. C'était beaucoup exiger et, petit à petit, l'abstinence perdit de sa rigueur. L'obligation de ne manger que le soir était maintenue, mais dès le 8ème siècle, on permit à certaines personnes délicates et fragiles de prendre œufs, laitages, poisson et même vin. Au 12ème siècle, le repas fut avancé à trois heures puis à midi, au 13ème siècle. S'ensuivit donc, autorisée, une " collation du soir ". Au 17ème siècle, la discipline du jeûne s'adoucit encore et les théologiens autorisèrent les potages, les laitages et les petits poissons. Les cuisiniers rivalisèrent d'ingéniosité pour proposer aux tables royales des menus tout aussi copieux que d'ordinaire, en trouvant des arrangements avec les ordonnances de la religion.
Depuis 1949, l'Eglise catholique ne prescrit le jeûne que le mercredi des Cendres et le Vendredi saint. Deux jours de célébration de la mort : le rappel de notre propre mort à venir, puisque le jour du mercredi des Cendres le prêtre officiant bénit les cendres des rameaux de l'année précédente et trace avec elles sur le front de chaque assistant une croix en lui rappelant que "l'homme est poussière et retournera en poussière ", et le Vendredi saint, anniversaire de la mort de Jésus sur la croix.
Dans la liturgie orthodoxe, une préparation à l'entrée en carême se déroule pendant cinq dimanches consécutifs, chacun d'eux étant consacré, avec un évangile particulier, à un aspect fondamental du repentir. Pendant la quatrième semaine, l'abstinence de viande est prescrite par l'Eglise. Le cinquième dimanche est appelé dimanche du Pardon, chacun demande pardon à son voisin avant que tous demandent ensemble pardon à Dieu.
" L'impression générale des offices est celle d'une " radieuse tristesse ". Quelqu'un qui, même avec une connaissance réduite de la vie liturgique, entrerait à l'église durant un des offices de Carême, comprendrait presque tout de suite, j'en suis sûr, cette expression assez paradoxale. D'une part, une sorte de calme tristesse imprègne l'office, les vêtements sont de couleur sombre, les offices sont plus longs et plus monotones qu'à l'ordinaire, il n'y a presque pas de mouvement. Puis la monotonie et la tristesse de l'office prennent pour nous une toute autre signification. Une beauté intérieure les illumine, comme un rayon de soleil matinal qui commence à éclairer la cime de la montagne, alors que la vallée est encore plongée dans l'obscurité. Cette joie secrète et douce nous est communiquée par les longs alleluia et par toute la tonalité des offices de Carême. Ce qui nous paraissait d'abord monotonie s'avère à présent être la paix " (Alexandre Schmemann, Le Grand Carême).
Le temps du carême n'est pas consacré au souvenir de la Passion, ce n'est qu'à partir du dimanche des Rameaux, qui ouvre la Semaine sainte, que les textes rappellent la fin du Christ sur la terre et sa résurrection.
" Le carême est un voyage spirituel et sa destination est Pâques, la "Fête des fêtes " " (Alexandre Schmemann, op. cit. ).

La nourriture de Carême. Scène de marché. Chronique de Ulrico de Richental 15è siècle. Prague

BIBLIOGRAPHIE

- A. Schmemann, Le grand Carême, " Spiritualité orientale " n°13, Abbaye de Bellefontaine
- P. Evdokimov, L'Orthodoxie, DDB
- Van Gennep, Manuel du folklore contemporain, Carnaval, Carême, Pâques, " Grands Manuels " Picard

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Extrait de "The Orthodox Faith"
Par le protopresbytre Thomas Hopko

Comme nous l'avons déjà vu, la Divine Liturgie eucharistique n'est pas célébrée durant les jours de semaine dans l'Église Orthodoxe. Afin de soutenir les fidèles dans leur effort de Carême par la participation à la sainte Communion, la Liturgie des saints Dons Présanctifiés est célébrée. C'est un des antiques Offices de l'Église Orthodoxe. Nous en entendons officiellement parler dans les Canons du 7ème siècle, ce qui indique de toute évidence un développement à une date bien antérieure.
"Tous les jours du Grand Carême, à l'exception du samedi, du Jour du Seigneur, et du saint jour de l'Annonciation, il faut célébrer la Liturgie des Présanctifiés."
Canon 52 du Concile Quinisexte (692)

La Liturgie des Présanctifiés est un Office du soir. C'est la célébration solennelle des Vêpres, comprenant une distribution de la Sainte Communion. Il n'y pas de consécration des dons eucharistiques lors de la Liturgie des Présanctifiés. La sainte Communion est donnée avec des Dons eucharistiques sanctifiés le dimanche précédant durant la célébration de la Divine Liturgie (à moins, bien entendu, que la fête de l'Annonciation n'advienne); d'où le nom de "présanctifiés."

La Liturgie des Présanctifiés est célébrée les mercredis et vendredis soirs, bien que certaines églises peuvent ne la célébrer qu'un seul de ces jours. Elle est célébrée le soir, après une journée de préparation spirituelle et d'abstinence complète. Cependant, les fidèles qui ne sont pas capables d'accomplir l'effort du jeûne complet du fait de faiblesse ou de travail, prennent normalement un léger repas carémique tôt le matin.

Pendant le chant des Psaumes des Vêpres, les Dons Présanctifiés sont préparés pour communier. Ils sont transférés de l'Autel où ils avaient été mis en réserve depuis la Divine Liturgie, et sont placés sur la table d'oblation. Après l'hymne du soir, les lectures de l'Ancien Testament – Genèse et Proverbes – sont lues, et pendant ces lectures, le célébrant bénit l'assemblée agenouillée avec un cierge allumé et les paroles : "La Lumière du Christ illumine tous les hommes!", signifiant par là que toute sagesse est donnée par le Christ dans l'Église à travers les Écritures et les Sacrements. A l'origine, cette bénédiction s'adressait aux catéchumènes – ceux-là même qui s'apprêtaient à être baptisés le jour de Pâques, et qui n'assistaient à l'Office que jusqu'au moment de la Communion pour les fidèles.

Après les lectures, le Psaume vespéral, Ps. 140, est à nouveau chanté avec solennité pendant l'offrande de l'encens. Ensuite, après les litanies d'intercession et celles pour les catéchumènes – qui étaient jadis ensuite congédiés – les Dons eucharistiques présanctifiés sont portés en procession silencieusement et solennellement à l'Autel. Le chant d'entrée appelle les fidèles à la communion :
"Maintenant les puissances célestes (c-à-d les Anges) célèbrent invisiblement avec nous. Car voici que S'avance le Roi de gloire avec Son escorte, le Sacrifice mystique déjà accompli.
Approchons-nous avec foi et amour pour devenir participants à la vie éternelle. Alléluia. Alléluia. Alléluia!"

Après la litanie et les prières, on chante le "Notre Père", et les fidèles reçoivent la sainte Communion, pendant que l'on chante le verset du Psaume 33 : "Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon. Alléluia!" Les hymnes de post-Communion sont chantés, puis l'assemblée se sépare en chantant une prière à Dieu Qui "nous a fait connaître Ses jours très saints pour purifier nos âmes et nos corps des passions", afin qu'Il nous bénisse "pour combattre le bon combat, pour accomplir le chemin du jeûne, et pour parvenir à et adorer la sainte Résurrection" du Christ.

Traditionnellement, la Liturgie des saints Dons Présanctifiés est considérée comme étant l'oeuvre d'un pape de Rome du 6ème siècle, saint Grégoire le Grand. L'Office actuel est cependant de toute évidence une création liturgique inspirée de la Byzance Chrétienne.


 


Extrait de "The Orthodox Faith"
Par le protopresbytre Thomas Hopko

Comme nous l'avons déjà vu, la Divine Liturgie eucharistique n'est pas célébrée durant les jours de semaine dans l'Église Orthodoxe. Afin de soutenir les fidèles dans leur effort de Carême par la participation à la sainte Communion, la Liturgie des saints Dons Présanctifiés est célébrée. C'est un des antiques Offices de l'Église Orthodoxe. Nous en entendons officiellement parler dans les Canons du 7ème siècle, ce qui indique de toute évidence un développement à une date bien antérieure.
"Tous les jours du Grand Carême, à l'exception du samedi, du Jour du Seigneur, et du saint jour de l'Annonciation, il faut célébrer la Liturgie des Présanctifiés."
Canon 52 du Concile Quinisexte (692)

La Liturgie des Présanctifiés est un Office du soir. C'est la célébration solennelle des Vêpres, comprenant une distribution de la Sainte Communion. Il n'y pas de consécration des dons eucharistiques lors de la Liturgie des Présanctifiés. La sainte Communion est donnée avec des Dons eucharistiques sanctifiés le dimanche précédant durant la célébration de la Divine Liturgie (à moins, bien entendu, que la fête de l'Annonciation n'advienne); d'où le nom de "présanctifiés."

La Liturgie des Présanctifiés est célébrée les mercredis et vendredis soirs, bien que certaines églises peuvent ne la célébrer qu'un seul de ces jours. Elle est célébrée le soir, après une journée de préparation spirituelle et d'abstinence complète. Cependant, les fidèles qui ne sont pas capables d'accomplir l'effort du jeûne complet du fait de faiblesse ou de travail, prennent normalement un léger repas carémique tôt le matin.

Pendant le chant des Psaumes des Vêpres, les Dons Présanctifiés sont préparés pour communier. Ils sont transférés de l'Autel où ils avaient été mis en réserve depuis la Divine Liturgie, et sont placés sur la table d'oblation. Après l'hymne du soir, les lectures de l'Ancien Testament – Genèse et Proverbes – sont lues, et pendant ces lectures, le célébrant bénit l'assemblée agenouillée avec un cierge allumé et les paroles : "La Lumière du Christ illumine tous les hommes!", signifiant par là que toute sagesse est donnée par le Christ dans l'Église à travers les Écritures et les Sacrements. A l'origine, cette bénédiction s'adressait aux catéchumènes – ceux-là même qui s'apprêtaient à être baptisés le jour de Pâques, et qui n'assistaient à l'Office que jusqu'au moment de la Communion pour les fidèles.

Après les lectures, le Psaume vespéral, Ps. 140, est à nouveau chanté avec solennité pendant l'offrande de l'encens. Ensuite, après les litanies d'intercession et celles pour les catéchumènes – qui étaient jadis ensuite congédiés – les Dons eucharistiques présanctifiés sont portés en procession silencieusement et solennellement à l'Autel. Le chant d'entrée appelle les fidèles à la communion :
"Maintenant les puissances célestes (c-à-d les Anges) célèbrent invisiblement avec nous. Car voici que S'avance le Roi de gloire avec Son escorte, le Sacrifice mystique déjà accompli.
Approchons-nous avec foi et amour pour devenir participants à la vie éternelle. Alléluia. Alléluia. Alléluia!"

Après la litanie et les prières, on chante le "Notre Père", et les fidèles reçoivent la sainte Communion, pendant que l'on chante le verset du Psaume 33 : "Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon. Alléluia!" Les hymnes de post-Communion sont chantés, puis l'assemblée se sépare en chantant une prière à Dieu Qui "nous a fait connaître Ses jours très saints pour purifier nos âmes et nos corps des passions", afin qu'Il nous bénisse "pour combattre le bon combat, pour accomplir le chemin du jeûne, et pour parvenir à et adorer la sainte Résurrection" du Christ.

Traditionnellement, la Liturgie des saints Dons Présanctifiés est considérée comme étant l'oeuvre d'un pape de Rome du 6ème siècle, saint Grégoire le Grand. L'Office actuel est cependant de toute évidence une création liturgique inspirée de la Byzance Chrétienne.


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groups.google.be/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/faeba0f52aa2bc14Parmi toutes les hymnes et prières de Carême, il y une brève prière qui peut être appelée prière de Carême. La Tradition l'attribue à un des plus grands maîtres de la vie spirituelle – saint Ephrem le Syrien. En voici le texte :

"Seigneur et Maître de ma vie!
Éloigne de moi l'esprit de paresse,
D'abattement, de domination et de vaines paroles.
(Prosternation)

Mais donne à Ton serviteur,
Un esprit d'intégrité, d'humilité, de patience et d'amour.
(Prosternation)

Oui Seigneur Roi,
Accorde-moi de voir mes propres péchés
Et de ne pas juger mon frère,
Car Tu es béni dans les siècles des siècles. Amen."
(Prosternation)

icone de saint Ephrem le SyrienCette prière est lue deux fois à la fin de chaque Office de Carême du lundi au vendredi (mais ni les samedis ni les dimanches, car, comme nous le verrons plus loin, les Offices de ces jours-là ne suivent pas le schéma du Carême). Lors de la première lecture, une prosternation suit chaque demande. Ensuite nous nous courbons 12 fois en disant "O Dieu, purifie le pécheur que je suis." La prière entière est ensuite répétée avec une dernière prosternation à la fin.

Pourquoi est-ce que cette prière courte et simple occupe donc une si importante position dans l'entièreté du culte liturgique du Grand Carême? Parce qu'elle énumère d'une manière unique tous les éléments négatifs et positifs de la repentance, et constitue, pour ainsi dire, une "liste de contrôle" pour nos efforts carémiques individuels. Cet effort est d'abord orienté vers notre libération de quelques unes des maladies spirituelles fondamentales qui structurent notre vie et font qu'il nous est virtuellement impossible de ne fut-ce que nous tourner nous-mêmes vers Dieu.

La maladie de base est la paresse. C'est cette étrange paresse et passivité de tout notre être qui nous pousse toujours "vers le bas" plutôt que "vers le haut" – et qui nous convainc sans cesse qu'aucun changement n'est possible et dès lors souhaitable; c'est en fait un cynisme profondément enraciné qui, face à chaque défi spirituel, répond "à quoi bon?" et fait de notre vie un immense gâchis spirituel. Il est la racine de tout péché parce qu'il empoisonne l'énergie spirituelle à sa source même.

La paresse rend timoré. C'est l'état d'abattement, que tous les Pères spirituels ont toujours considéré comme le plus grand danger pour l'âme. Le découragement, c'est l'impossibilité pour l'homme pour voir quoique ce soit de bon ou positif; tout est réduit au négativisme et au pessimisme. C'est une puissance vraiment démoniaque en nous, parce que le Démon est fondamentalement un menteur. Il ment à l'homme à propos de Dieu et à propos du monde; il remplit la vie de ténèbres et de négation. Le découragement est le suicide de l'âme, parce que lorsque l'homme est sous son emprise, il est absolument incapable de voir la lumière et de la désirer.

La soif de domination! Aussi étrange que cela puisse paraître, c'est à la fois la paresse et le découragement qui remplissent notre vie de soif de domination. En viciant toute notre attitude envers la vie, et en la rendant simplement insignifiante et vide, ils nous forcent à chercher une compensation dans une attitude radicalement erronée envers autrui. Si ma vie n'est pas orientée vers Dieu, si elle n'est pas dirigée vers les valeurs éternelles, elle deviendra inévitablement égoïste et égocentrique, et cela signifie que tous les autres êtres deviendront des moyens pour parvenir à ma propre auto-satisfaction. Si Dieu n'est pas le Seigneur et le Maître de ma vie, alors je deviens mon propre seigneur et maître – le centre absolu de mon propre monde, et je commence à tout évaluer en fonction de mes besoins, mes idées, mes désirs et mes jugements. La soif de pouvoir est donc une dépravation de ma relation à autrui et aux choses, une recherche pour me les subordonner. Elle ne s'exprime pas nécessairement par un réel besoin de commander et dominer ce qui est "autre." Cela peut aussi résulter en indifférence, mépris, manque d'intérêt, de considération et de respect. C'est en effet la paresse et le découragement dirigés cette fois vers les autres; cela complète le suicide spirituel par le meurtre spirituel.

Pour finir, les vaines paroles. De toutes les créatures, seul l'homme a été doté du don de la parole. Tous les Pères voient ce cela le "sceau" même de l'Image Divine en l'homme, parce que Dieu Lui-même S'est révélé en tant que Verbe (Jean 1,1). Mais en étant le don suprême, c'est en même temps le signe d'un danger suprême. Étant l'expression même de l'humanité, le moyen de son auto-accomplissement, c'est pour cette même raison le moyen de sa chute et de son auto-destruction, de sa trahison et de son péché. La parole sauve et la parole tue; la parole inspire et la parole empoisonne. La parole est le moyen d'exprimer la Vérité et le moyen d'exprimer le Mensonge démoniaque. Possédant le pouvoir positif ultime, elle possède dès lors une immense puissance négative. En vérité, elle crée positivement ou négativement. Lorsqu'elle est déviée de son origine divine et de son but divin, la parole devient vaine. Elle "renforce" la paresse, le découragement, et la soif de pouvoir, et elle transforme la vie en enfer. Elle devient la puissance même du péché.

Voilà donc les 4 "objets" négatifs de la repentance. Ce sont les obstacles à enlever. Mais Dieu seul peut les enlever. D'où cette première partie de la prière de Carême – ce cri du plus profond de l'impotence humaine. Ensuite, la prière continue avec les buts positifs de la repentance, qui sont aussi au nombre de 4.

L'intégrité ou chasteté! On réduit trop souvent et erronément ce terme à sa connotation sexuelle seule. Mais il faut le comprendre comme la contrepartie positive de la paresse. La traduction exacte et entière du terme grec "sofrosini" (en russe "tselomudryie"), c'est pleine conscience. En tout premier lieu, la paresse c'est la dissipation, la fragmentation de notre vision et énergie, l'incapacité à voir la totalité. Son contraire est précisément la pleine conscience. Si nous voulons signifier habituellement par chasteté la vertu opposée à la dépravation sexuelle, c'est à cause du caractère fragmenté de notre existence, qui n'est nulle part si bien exprimé que dans la convoitise sexuelle – l'aliénation du corps du contrôle et de la lumière de l'esprit. Le Christ restaure la pleine conscience en nous et Il le fait en restaurant en nous la véritable échelle de valeurs, en nous ramenant à Dieu.

Le premier et merveilleux fruit de cette pleine conscience, intégrité ou chasteté, c'est l'humilité. Nous en avons déjà parlé. Elle est avant toute autre chose la victoire de la vérité en nous, l'élimination de tous les mensonges dans lesquels nous vivons habituellement. Seule l'humilité est capable de vérité, de voir et d'accepter les choses telles qu'elles sont, et dès lors de voir Dieu, Sa majesté et bonté et amour en tout. C'est pourquoi on nous explique que Dieu donne la grâce pour être humble et résister à l'orgueil. La chasteté/intégrité et l'humilité sont naturellement suivies par la patience.

L'homme "naturel" ou "déchu" est impatient, car étant aveugle sur son propre cas, il est prompt à juger et à condamner autrui. N'ayant qu'une connaissance fragmentée, incomplète et dénaturée de tout, il mesure toutes choses selon ses goûts et ses idées. Étant indifférent à tout sauf à lui-même, il veut que la vie lui sourie ici et maintenant. Cependant, la patience est vraiment une vertu divine. Dieu est patient non pas parce qu'Il est "indulgent", mais parce qu'Il voit les tréfonds de tout ce qui existe, parce que la réalité intérieure des choses Lui est ouverte, réalité que notre aveuglément ne nous permet pas de voir. Au plus proches nous sommes de Dieu, au plus patient nous devenons, et au plus nous refléterons cet infini respect pour toutes choses qui est la qualité propre de Dieu.

In fine, la couronne et le fruit de toutes les vertus, de toute croissance et effort, c'est l'amour – cet amour qui, comme nous l'avons déjà dit, peut être donné seulement par Dieu, et c'est le don qui est le but de tout effort, préparation et pratique spirituel.

Tout ceci est résumé et concentré dans la demande conclusive de la prière de Carême, lorsque nous y demandons de "voir mes propres erreurs et de ne pas juger mon frère." Car enfin, il y a un seul vrai danger : l'orgueil. Cet orgueil est la source de tout mal, et tout mal est orgueil. Et cependant il ne me suffit pas de voir mes propres erreurs, car même cette apparente vertu peut se transformer en orgueil. Les écrits spirituels sont remplis de mises en garde contre les formes subtiles de fausse piété qui, en réalité, sous couvert d'humilité et d'auto-accusation, peuvent mener à un orgueil vraiment démoniaque. Mais lorsque nous "voyons nos propres erreurs" et "ne jugeons pas notre frère", alors, en d'autres termes, la chasteté, l'humilité, la patience et l'amour ne font plus qu'un en nous, et alors, et alors seulement, l'ennemi suprême – l'orgueil – sera détruit en nous.

Après chaque demande de la prière, nous nous prosternons. Les prosternations ne sont pas limitées à la Prière de saint Ephrem, mais elles constituent une des marques caractéristiques de tout le culte liturgique du Grand Carême. Cependant, ici leur signification est mieux exprimée que partout ailleurs. Dans le long et difficile effort de guérison spirituelle, l'Église neprotopresbytre Alexander Schmemann donnant un sermon en Liturgie sépare pas l'âme du corps. L'homme tout entier est tombé, séparé loin de Dieu; c'est l'homme tout entier qui doit être restauré, l'homme tout entier qui doit revenir. La catastrophe du péché se situe précisément dans la victoire de la chair – la partie animale, l'irrationnel, la convoitise en nous – sur le spirituel et le Divin. Mais le corps est glorieux, le corps est saint, si saint que Dieu Lui-même "S'est fait chair." Le Salut et la repentance ne sont dès lors pas un mépris pour le corps ou une invitation à le négliger, mais la restauration du corps dans safonction réelle en tant qu'expression et vie de l'esprit, en tant que temple de l'inestimable âme humaine. L'ascèse Chrétienne est un combat, non pas contre mais pour le corps. Pour cette raison, l'homme entier – corps et âme – se repent. Le corps participe à la prière de l'âme de même manière que l'âme prie à travers et dans le corps. La prosternation, signe "psychosomatique" de la repentance et de l'humilité, de l'adoration et de l'obéissance, est donc le rite de Carême par excellence.

[Extrait de "The Great Lent" ("Le Grand Carême"), par feu le protopresbytre Alexander Schmemann, SVS Press]

 

 

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Chers Pères et Frères voici l'ordo que nous proposons au Doyenné pour dimanche prochain.
 
Pouvez-vous ajouter dans la prière pour les malades une Aurélie - la fille de notre diacre Jean et de Françoise Hoegy (Gouhenans)
 
Pour ceux qui habitent la Région parisienne, le dimanche de l'Orthodoxie est organisé ce qui suit:
1) divine liturgie avec les Orthodoxes de tous les diocèses dans la cathédrale Saint-Etienne à Paris
2) après un repas sur place, à 15.00 réunion dans notre paroisse Sainte-Parascève-et-sainte-Geneviève; conférence (P Michel Evdokimov) sur Père Alexandre Men (20ème anniversaire de sa naissance au Ciel)
3) à 18.00, cathédrale des Saints-Archanges, célébration avec le métropolite Joseph du rétablissement de la vénération des saintes icônes.
Dans toutes les régions de France, nous participons autant que nous pouvons à toute manifestation de l'unité inter orthodoxe.
 
Pardonnez-moi et priez pour moi!
prêtre Marc Antoine

 

 


 

Dimanche 21 février 2010, 1er de Carême (l’Orthodoxie et les saintes icônes) Div. lit. selon st Basile t. 4.

 

Tropaire de la Résurrection, t. 4 : Recevant de l’ange la joyeuse nouvelle de la Résurrection de leur Seigneur+ et détournant l’ancestrale condamnation, / les saintes Femmes se firent gloire d’annoncer aux apôtres:// le Christ a triomphé de la mort !/ Il est ressuscité, notre Dieu, pour donner au monde la grâce du Salut.

 

Tropar Învierii, glasul 4 : Propovăduirea Învierii cea luminată înţelegând-o de la înger uceniţele Domnului şi lepădând osândirea cea strămoşească, Apostolilor lăudându-se au zis: Jefuitu-s-a moartea, sculatu-S-a Hristos Dumnezeu, dăruind lumii mare milă.

 

Tropaire du Triode, t. 2 (n. trad.) : Devant ton image très pure nous nous prosternons, ô Dieu de bonté,+ demandant le pardon de nos péchés, ô Christ Dieu !/ Tu as daigné monter librement sur la Croix dans ta chair pour délivrer de la servitude de l’Ennemi ceux que Tu as créés.// C’est pourquoi nous te rendons grâces en nous écriant:/ « Tu as tout rempli de joie, ô notre Sauveur, t’étant rendu présent à ton monde pour le sauver ! »//

 

Troparul Triodului, glasul al 2-lea : Preacuratului Tàu chip ne închinàm, Bunule, cerând iertare gresealelor noastre, Hristoase Dumnezeule ! Cà de voie ai binevoit a Te sui cu trupul pe Cruce, ca sà scapi din robia vràjmasului pe cei pe care i-ai zidit. Pentru aceasta cu multumire strigàm Tie : Toate le-ai umplut de bucurie, Mântuitorul nostru, Cel ce ai venit sà mântuiesti lumea !          Gloire...

 

Kondakion du Triode, t. 8 : Le Verbe de Dieu, que l’univers ne peut contenir+ se laisse circonscrire en s’incarnant de toi, ô Mère de Dieu,/ et restaure l’antique image souillée par le péché en lui ajoutant sa divine beauté.// Confessant le Salut en parole et en action,/ restaurons nous aussi notre ressemblance à Dieu !//

 

Condacul, glasul a 8-lea : Cuvântul Tatàlui cel necuprins, din tine, Nàscàtoare de Dumnezeu, S-a cuprins, întrupându-se ; si chipul cel întinat la chipul dintâi întorcându-l, cu dumnezeiasca podoabà l-a amestecat. Deci, màrturisind mântuirea, îl închipuim cu fapta si cu cuvântul.        Et maintenant…

 

Kondakion de l’Annonciation, t. 8 (usage grec) : Que retentissent nos accents de victoire en ton honneur, invincible Reine, toi qui nous sauves des périls du combat, Mère de Dieu, Vierge souveraine ! Vers toi montent nos louanges, nos chants d’action de grâce. De ton bras puissant dresse autour de nous le plus solide des remparts ; sauve-nous de tout danger ; hâte-toi de sauver les fidèles qui te chantent : Réjouis-toi, Epouse inépousée !

 

Prokimenon, t. 4 : Béni es-Tu, Seigneur, Dieu de nos Pères !/ Ton Nom est loué et exalté dans tous les siècles !// V/ : Car Tu es juste en tout ce que Tu as fait pour nous ; toutes tes œuvres sont vérité.

 

Epître : Hébreux 11, 24-26, 32-40 ; 12, 1-2.

Frères, c’est par la foi que Moïse, « devenu grand », refusa d’être fils d’une fille de Pharaon, aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que de connaître l’éphémère jouissance du péché : tel un bien supérieur aux trésors de l’Egypte lui parut « l’opprobre du Christ », car il avait les yeux fixés sur la récompense.

Que dire encore ? Le temps me manquerait si je voulais exposer en détail ce qui concerne Gédéon, Barak, Samson, Jephté, David, ainsi que Samuel et les prophètes, eux qui, grâce à la foi, soumirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent l’accomplissement des promesses, fermèrent la gueule des lions, éteignirent la violence du feu, échappèrent au tranchant du glaive, tirèrent force de leur faiblesse, montrèrent de la vaillance au combat, repoussèrent les invasions étrangères ; et des femmes ont recouvré, par la résurrection, leurs enfants.

Quant aux autres, ils se sont laissé torturer, refusant leur délivrance afin d’obtenir une meilleure résurrection. D’autres subirent comme épreuve la dérision et les coups de fouet, ainsi que les chaînes et la prison. Ils ont été lapidés, sciés, ils ont péri par le glaive, ils sont allés çà et là, sous des peaux de mouton ou des toisons de chèvres, dénués de tout, persécutés, maltraités, eux dont le monde était indigne, errant dans les déserts, les montagnes, les cavernes et les creux de la terre. Et, bien que leur foi leur ait valu un bon témoignage, tous ceux-là n’ont pas bénéficié de la promesse, car Dieu avait prévu pour nous un sort meilleur, afin qu’ils ne puissent pas sans nous parvenir à la perfection.

 

Alléluia du ton 8 : Moïse et Aaron étaient parmi ses prêtres, et Samuel parmi ceux qui invoquaient son Nom. V/ : Ils invoquaient le Seigneur, et Il les exauçait.

 

Evangile : Jean 1, 43-51 (n.trad.)

En ce temps-là, le lendemain (du jour où Jésus avait nommé Simon Pierre), Il voulut se rendre en Galilée : Il trouve Philippe. Jésus lui dit : « Suis-moi ! » Philippe était de Bethsaïde, de la ville d’André et de Pierre. Philippe trouve Nathanaël et lui dit : « Celui dont ont écrit Moïse, dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l’avons trouvé : Jésus, le fils de Joseph, celui de Nazareth. Et Nathanaël lui dit : « De Nazareth peut-il être quoi que ce soit de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois ! » Jésus vit Nathanaël venir vers lui et Il dit de lui : « Voici vraiment un Israélite : en lui il n’est pas de ruse. » Nathanaël lui dit : « D’où me connais-Tu ? » Jésus lui dit en réponse: « Avant que Philippe ne t’appelât, quand tu étais sous le figuier, Je t’ai vu. » Nathanaël lui répondit : « Rabbi, Tu es en vérité le Fils de Dieu, Tu es le roi d’Israël ! » Jésus lui dit en réponse: « Parce que Je t’ai dit que Je t’ai vu sous le figuier, tu as la Foi ? Tu verras bien plus que cela ! » Et Il lui dit : «Amen ! Amen ! Je vous le dis, désormais vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’Homme!»

 

In vremea aceea, a doua zi Iisus voia sà plece în Galilea si a gàsit pe Filip. Si i-a zis : Urmeazà-Mi ! Iar Filip era din Betsaida, din cetatea lui Andrei si a lui Petru. Filip a gàsit pe Natanael si i-a zis : Am aflat pe Acela despre Care au scris Moise în Lege si proorocii, pe Iisus, fiul lui Iosif din Nazaret. Si i-a zis Natanael : Din Nazaret poate fi ceva bun ? Filip i-a zis : Vino si vezi ! Iisus a vezut pe Natanael venând càtre El si a zis despre el : Iatà, cu adevàrat, israelit în care nu este viclesug. Natanael I-a zis : De unde mà cunosti ? A ràspuns Iisus si i-a zis : Mai înainte de a te chema Filip, te-am  vàzut când erai sub smochin. Ràspunsu-I-a Natanael : Rabi, Tu esti Fiul lui Dumnezeu, Tu esti regele lui Israel ! Ràspuns-a Iisus si i-a zis : Pentru cà ti-am spus cà te-am vàzut sub smochin, crezi ? Mai mari decât acestea vei vedea. Si i-a zis : Adevàrat, adevàrat zic vouà, de acum veti vedea cerul deschizându-se si pe îngerii lui Dumnezeu suindu-se si coborându-se peste Fiul Omului !

 

Mégal. : En toi se réjouit toute la création, ô Pleine de grâce, l’assemblée angélique et la race humaine ! Temple sanctifié, Paradis spirituel, Louange virginale ! De toi Dieu s’est incarné et devint petit enfant, Lui, notre Dieu avant les siècles ! Il fit de tes entrailles son trône et rendit ton sein plus vaste que les cieux. En toi se réjouit toute la création : Gloire à toi !

 

Koinonikon : du dimanche (« Louez… ») et des justes : « Exultez, les justes, dans le Seigneur !/ Aux hommes droits convient la louange : Alléluia !» en ton occurrent.

 

Catéchèse/homélie : mots soulignés dans les textes.

Orthodoxie : « confession de la vraie foi », des Apôtres, des Pères et des sept conciles oecuméniques. Concept universel, englobant l’Orient et l’Occident dans un même témoignage de vérité et de vie. Le dimanche de l’Orthodoxie manifeste, humblement, l’unité intégrale du christianisme, ou catholicité.

Résurrection : le dimanche, y compris en Carême, est la célébration de la Pâque. Le Carême est donc communion à la Pâque et à la réalité de la Résurrection. Notre conversion tend à rejoindre cette réalité actuelle.

Image : en grec « icône », n’est ni une représentation ni le produit anthropomorphique de l’imagination. Elle n’est pas seulement culturelle : elle est théologique. Elle atteste l’incarnation du Fils de Dieu, et la présence réelle de la Mère de Dieu et des saints. Elle montre le monde actuel et futur où la matière et la chair sont transfigurées.

Voir : vue, et vision – de la personne, en profondeur et dans la transparence du visible. Dieu voit tout : être homme, c’est vivre sous son regard aimant. Invisible, Il se donne à voir : Jésus Christ est Dieu visible à la vue et à la vision. Etre homme, c’est être appelé à voir Dieu . L’Icône exprime le regard de Dieu sur la créature, et la vue-vision proposée à elle dans la Foi.

 

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Le maître de ce choeur des douze glorieux Martyrs qui, d'origines et de qualités différentes, étaient une image de l'Eglise en sa diversité, était l'illustre Pamphile.(ci-contre) Originaire de Béryte (Beyrouth), en Syrie, il avait été l'élève de Piérius, le successeur d'Origène à la tête de l'école catéchétique d'Alexandrie, et il devint l'un des plus fervents admirateurs et propagateurs de l'enseignement de ce grand maître. Ayant renoncé à sa fortune pour la distribuer aux pauvres et fuyant toute gloire mondaine, il s'était consacré tout entier à la pratique de la vertu et à la méditation de la parole de Dieu. D'Alexandrie il alla s'installer à Césarée de Palestine où, après avoir été ordonné Prêtre, il devint le directeur de l'école théologique fondée par Origène. Avant même le déclenchement de la persécution, il vivait comme un Martyr, en mortifiant tous les plaisirs de la chair par l'ascèse, et il se consacrait avec un zèle infatigable à la copie et à l'interprétation de l'Ecriture Sainte, en utilisant la méthode allégorique de son maître.

En 307, au moment où la grande persécution de Maximin-Daïa faisait rage dans tout l'Orient, il fut arrêté et conduit devant le gouverneur de Palestine, le cruel Urbain, qui, après l'avoir éprouvé dans les connaissances philosophiques, lui donna l'ordre de sacrifier aux idoles. Le Saint Prêtre supporta les tourments avec la constance d'un être incorporel et fut jeté en prison, en compagnie du Diacre Valens, vieillard de noble apparence, qui pouvait citer de mémoire de longs ************passages de l'Ecriture Sainte, et du vaillant Paul qui avait enduré sans broncher l'application des fers rouges.

Ils restèrent ainsi pendant deux années en prison, jusqu'au jour où cinq Chrétiens originaires d'Egypte, qui avaient escorté des Confesseurs du Christ déportés dans les mines de Cilicie, se présentèrent aux portes de la ville sur le chemin du retour vers leur patrie. Interrogés par les gardes, ils ne cachèrent rien de la vérité et se déclarèrent Chrétiens. On les arrêta aussitôt comme des malfaiteurs et on les conduisit devant le gouverneur de Césarée, Firmilien. Après les avoir éprouvés par diverses tortures, le juge passa à l'interrogatoire et leur demanda de décliner leur identité. Au lieu de donner leurs noms païens, ils s'attribuèrent les noms de grands Prophètes de l'Ancien Testament : Elie, Jérémie, Isaïe, Samuel et Daniel. Quand il leur demanda quelle était leur patrie, l'un d'eux répondit : « Jérusalem! » en faisant allusion à la Jérusalem d'en haut, la Ville du Dieu vivant, qui est la patrie céleste de tous les Chrétiens. Le juge, gardant l'esprit rivé aux choses de cette terre, pensa que les Chrétiens s'étaient concentrés dans une ville ennemie des Romains1. Il fit flageller le Saint Martyr pendant un long moment, puis, constatant qu'il restait inébranlable, il donna l'ordre de le décapiter avec ses quatre compagnons.

Emporté par sa colère, il fit amener aussi Pamphile et ses compagnons, qui avaient déjà fait preuve de leur inébranlable fermeté au milieu des supplices, et il leur demanda de se soumettre. Comme les Saints Martyrs persistaient dans leur confession de foi, il les condamna au même châtiment.

Alors qu'on les emmenait pour être exécutés, Porphyre, jeune serviteur de dix-huit ans et fils spirituel de Pamphile, sortit de la foule et réclama à haute voix les corps des Martyrs pour les ensevelir. Le juge, plus féroce qu'une bête sauvage, repoussa cette demande et après avoir fait saisir Porphyre, il le livra à ses bourreaux, en leur donnant l'ordre de lui déchirer la chair jusqu'aux profondeurs des entrailles. Après avoir eu le corps longuement broyé dans les tourments, sans voix et presque sans vie, Porphyre fut condamné à être brûlé à petit feu. Il marcha vers la mort tel un athlète victorieux, le visage rayonnant de la grâce divine et les yeux fixés vers le ciel, en donnant calmement à ses amis ses dernières instructions. Quand il fut placé sur le bûcher, il attira à lui les flammes avec avidité, en respirant profondément, et ne laissa échapper qu'une seule parole pour appeler Jésus, le Fils de Dieu, à son secours.

Séleucus, un des confesseurs qui avaient renoncé à servir dans l'armée pour prendre soin des Chrétiens opprimés, alla annoncer à Pamphile la consommation du Martyre de Porphyre. Comme il embrassait l'un des détenus, les soldats s'emparèrent de lui et le conduisirent devant le gouverneur qui, sans plus tarder, le condamna à mort. Quelques instants plus tard, Théodule, un vénérable et pieux vieillard, qui avait été honoré de la première charge dans la domesticité du gouverneur, manifesta sa foi et son attachement aux Saints Martyrs de la même manière que Séleucus. Il fut conduit devant son maître qui, au comble de la colère, le livra au supplice de la croix, et l'honora ainsi d'une mort semblable à celle du Sauveur.

Sur ces entrefaites, Julien, homme pieux originaire de Cappadoce et rempli du zèle de l'Esprit Saint, arrivant de voyage, se précipita vers le lieu où gisaient les dépouilles des Saints Martyrs et, transporté de joie, il les serra dans ses bras et les embrassa les uns après les autres. Il fut aussitôt arrêté et traduit devant Firmilien qui le condamna à mourir lui aussi, lentement, par le feu. C'est avec une joie surnaturelle, en rendant grâce à Dieu à haute voix, qu'il rejoignit le choeur des Saints Martyrs.

Après l'exécution de Pamphile, le chef de cette glorieuse cohorte, le gouverneur impie ordonna que son corps et ceux de ses compgnons fussent laissés sur place, en pâture pour les animaux carnassiers. Mais, par la Providence de Dieu, aucune bête n'approcha de leurs saintes dépouilles et les Chrétiens purent leur faire de dignes funérailles2.

1. Car Jérusalem s'appelait alors Aelia.
2. Nous avons suivi ici fidèlement le récit du disciple de Pamphile, Eusèbe de Césarée : Les Martyrs de Palestine XI (SC 55, 153-167).


Le maître de ce choeur des douze glorieux Martyrs qui, d'origines et de qualités différentes, étaient une image de l'Eglise en sa diversité, était l'illustre Pamphile.(ci-contre) Originaire de Béryte (Beyrouth), en Syrie, il avait été l'élève de Piérius, le successeur d'Origène à la tête de l'école catéchétique d'Alexandrie, et il devint l'un des plus fervents admirateurs et propagateurs de l'enseignement de ce grand maître. Ayant renoncé à sa fortune pour la distribuer aux pauvres et fuyant toute gloire mondaine, il s'était consacré tout entier à la pratique de la vertu et à la méditation de la parole de Dieu. D'Alexandrie il alla s'installer à Césarée de Palestine où, après avoir été ordonné Prêtre, il devint le directeur de l'école théologique fondée par Origène. Avant même le déclenchement de la persécution, il vivait comme un Martyr, en mortifiant tous les plaisirs de la chair par l'ascèse, et il se consacrait avec un zèle infatigable à la copie et à l'interprétation de l'Ecriture Sainte, en utilisant la méthode allégorique de son maître.

En 307, au moment où la grande persécution de Maximin-Daïa faisait rage dans tout l'Orient, il fut arrêté et conduit devant le gouverneur de Palestine, le cruel Urbain, qui, après l'avoir éprouvé dans les connaissances philosophiques, lui donna l'ordre de sacrifier aux idoles. Le Saint Prêtre supporta les tourments avec la constance d'un être incorporel et fut jeté en prison, en compagnie du Diacre Valens, vieillard de noble apparence, qui pouvait citer de mémoire de longs ************passages de l'Ecriture Sainte, et du vaillant Paul qui avait enduré sans broncher l'application des fers rouges.

Ils restèrent ainsi pendant deux années en prison, jusqu'au jour où cinq Chrétiens originaires d'Egypte, qui avaient escorté des Confesseurs du Christ déportés dans les mines de Cilicie, se présentèrent aux portes de la ville sur le chemin du retour vers leur patrie. Interrogés par les gardes, ils ne cachèrent rien de la vérité et se déclarèrent Chrétiens. On les arrêta aussitôt comme des malfaiteurs et on les conduisit devant le gouverneur de Césarée, Firmilien. Après les avoir éprouvés par diverses tortures, le juge passa à l'interrogatoire et leur demanda de décliner leur identité. Au lieu de donner leurs noms païens, ils s'attribuèrent les noms de grands Prophètes de l'Ancien Testament : Elie, Jérémie, Isaïe, Samuel et Daniel. Quand il leur demanda quelle était leur patrie, l'un d'eux répondit : « Jérusalem! » en faisant allusion à la Jérusalem d'en haut, la Ville du Dieu vivant, qui est la patrie céleste de tous les Chrétiens. Le juge, gardant l'esprit rivé aux choses de cette terre, pensa que les Chrétiens s'étaient concentrés dans une ville ennemie des Romains1. Il fit flageller le Saint Martyr pendant un long moment, puis, constatant qu'il restait inébranlable, il donna l'ordre de le décapiter avec ses quatre compagnons.

Emporté par sa colère, il fit amener aussi Pamphile et ses compagnons, qui avaient déjà fait preuve de leur inébranlable fermeté au milieu des supplices, et il leur demanda de se soumettre. Comme les Saints Martyrs persistaient dans leur confession de foi, il les condamna au même châtiment.

Alors qu'on les emmenait pour être exécutés, Porphyre, jeune serviteur de dix-huit ans et fils spirituel de Pamphile, sortit de la foule et réclama à haute voix les corps des Martyrs pour les ensevelir. Le juge, plus féroce qu'une bête sauvage, repoussa cette demande et après avoir fait saisir Porphyre, il le livra à ses bourreaux, en leur donnant l'ordre de lui déchirer la chair jusqu'aux profondeurs des entrailles. Après avoir eu le corps longuement broyé dans les tourments, sans voix et presque sans vie, Porphyre fut condamné à être brûlé à petit feu. Il marcha vers la mort tel un athlète victorieux, le visage rayonnant de la grâce divine et les yeux fixés vers le ciel, en donnant calmement à ses amis ses dernières instructions. Quand il fut placé sur le bûcher, il attira à lui les flammes avec avidité, en respirant profondément, et ne laissa échapper qu'une seule parole pour appeler Jésus, le Fils de Dieu, à son secours.

Séleucus, un des confesseurs qui avaient renoncé à servir dans l'armée pour prendre soin des Chrétiens opprimés, alla annoncer à Pamphile la consommation du Martyre de Porphyre. Comme il embrassait l'un des détenus, les soldats s'emparèrent de lui et le conduisirent devant le gouverneur qui, sans plus tarder, le condamna à mort. Quelques instants plus tard, Théodule, un vénérable et pieux vieillard, qui avait été honoré de la première charge dans la domesticité du gouverneur, manifesta sa foi et son attachement aux Saints Martyrs de la même manière que Séleucus. Il fut conduit devant son maître qui, au comble de la colère, le livra au supplice de la croix, et l'honora ainsi d'une mort semblable à celle du Sauveur.

Sur ces entrefaites, Julien, homme pieux originaire de Cappadoce et rempli du zèle de l'Esprit Saint, arrivant de voyage, se précipita vers le lieu où gisaient les dépouilles des Saints Martyrs et, transporté de joie, il les serra dans ses bras et les embrassa les uns après les autres. Il fut aussitôt arrêté et traduit devant Firmilien qui le condamna à mourir lui aussi, lentement, par le feu. C'est avec une joie surnaturelle, en rendant grâce à Dieu à haute voix, qu'il rejoignit le choeur des Saints Martyrs.

Après l'exécution de Pamphile, le chef de cette glorieuse cohorte, le gouverneur impie ordonna que son corps et ceux de ses compgnons fussent laissés sur place, en pâture pour les animaux carnassiers. Mais, par la Providence de Dieu, aucune bête n'approcha de leurs saintes dépouilles et les Chrétiens purent leur faire de dignes funérailles2.

1. Car Jérusalem s'appelait alors Aelia.
2. Nous avons suivi ici fidèlement le récit du disciple de Pamphile, Eusèbe de Césarée : Les Martyrs de Palestine XI (SC 55, 153-167).

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