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  LITURGIES
PREMIER,DEUXIEME ET TROISIEME DIMANCHE,10H 30(suivie d'agapes)

Jeudi 15 mai 2008
publié dans : synaxaire
par Père Jean-Pierre
Le 16 mai, nous célébrons la mémoire de notre Vénérable Père THEODORE le SANCTIFIE, disciple de Saint Pachôme

Né dans une famille de notables chrétiens en Haute Egypte, Saint Théodore mena dès son enfance une vie pieuse. A l'âge de douze ans, voyant le festin préparé par sa famille à l'occasion de la fête de la Théophanie, il fut touché de componction et se dit : « Si tu jouis de ces aliments, tu n'obtiendras pas la vie éternelle. » Dès lors il jeûna tous les jours jusqu'au soir et s'abstint de tout aliment recherché. Deux ans plus tard, il fut reçu au Monastère de Latopolis, où il mena la vie anachorétique auprès de quelques vieux moines; puis, ayant entendu Monastère, le jeune Théodore s'efforça d'imiter en tout notre Père Pachôme, qu'il regardait comme la présence visible de Dieu. Il veillait à garder rigoureusement la pureté du cœur, un langage mesuré et agréable et une obéissance inconditionnée jusqu'à la mort. Ses progrès admirables dans les vertus, lui permirent de devenir, malgré son jeune âge, le réconfort et le modèle de nombreux frères. La première année de son séjour, comme il se levait un jour pour prier, sa cellule fut soudain illuminée et deux Anges éblouissants lui apparurent. Effrayé, Théodore sortit précipitamment et grimpa sur le toit; mais les Anges vinrent le rassurer et lui remirent prophétiquement un grand nombre de clés.

Une autre fois, sa mère vint lui rendre visite, mais Théodore refusa de la voir, par crainte de se voir reprocher au jour du Jugement cette transgression du commandement prescrivant à ceux qui veulent obtenir la perfection de renoncer pour toujours à leurs parents, et il dit : « Je n'ai pas de mère et rien en ce monde, car il passe. » Lorsque Saint Pachôme le réprimandait à tort pour l'éprouver, Théodore n'essayait pas de se justifier, mais il s'attribuait la faute et disait : « Il faut que je pleure jusqu'à ce que le Seigneur redresse mon coeur et que je mérite d'obéir à Ses ordres. »

Un jour, un frère ayant été réprimandé par Saint Pachôme, se préparait à quitter le Monastère. Théodore vint alors à lui et feignant d'avoir pris une résolution semblable, il put rendre courage au frère et le sauver de la perdition. Une autre fois, ayant interrogé un moine ancien, et l'ayant trouvé incapable de renoncer à son attachement pour sa famille, il fit semblant de vouloir quitter un tel monastère où l'on faisait si peu de cas de la parole évangélique (Luc 14:26), et il put ainsi le corriger.

Quand il eut trente ans, un dimanche soir, Saint Pachôme, ayant réuni les frères pour sa catéchèse habituelle, céda soudain la parole à Théodore. Obéissant, celui-ci commença à parler selon ce que le Seigneur lui inspirait, et Saint Pachôme se tenait debout avec les autres moines pour l'écouter. Certains anciens s'irritèrent pourtant de cette élévation d'un plus jeune qu'eux et quittèrent l'assemblée. A l'issue de la synaxe, Pachôme déclara qu'ils s'étaient rendus étrangers à la miséricorde de Dieu et que s'ils ne se repentaient pas de ce mouvement d'orgueil, il leur serait difficile d'accéder à la vie étemelle. Après cela, il établit Théodore économe du Monastère de Tabennêsis (vers 336), et fit de lui son adjoint dans l'administration de la Koinonia. Eprouvé dans l'humilité et dépouillé de toute volonté propre, Théodore ne changea rien de son attitude de disciple et progressa en édif'iant les frères, car sa parole était remplie de grâce et sa charité couvrait toutes les faiblesses. Chaque jour, après son travail, il se rendait à Pabau afin d'écouter la catéchèse de Pachôme, puis il revenait à Tabennêsis pour la répéter à ses moines.

Ayant ensuite reçu de Saint Pachôme l'ordre de visiter les Monastères de la Koinonia, il était toujours accueilli par les frères avec grande joie, car Dieu lui avait accordé la charisme de la consolation, et Pachôme disait de lui : « Théodore et moi accomplissons le même service en l'honneur de Dieu, et il a pouvoir de commander en qualité de père et maître. » C'est pourquoi, après quelque temps, il le retira de Tabennêsis pour l'associer à la direction spirituelle de toute la congrégation. C'était lui qui recevait les nouveaux rnoines dans tous les Monastères et qui expulsait les récalcitrants. Lorsqu'il corrigeait un frère, il s'astreignait à accomplir la même pénitence, craignant d'être condamné par Dieu pour ne pas avoir accompli lui-même ce qu'il ordonnait aux autres.

Une fois, Saint Pachôme étant tombé malade, les frères vinrent trouver Théodore pour lui demander de prendre la succession dans le cas où le Père mourrait. Quand Pachôme se fut rétabli, il demanda compte à chacun de ses pensées. Théodore confessa que, sous la pression des frères, il avait acquiescé à leur proposition de lui succéder. Pachôme lui retira alors toute autorité sur les moines et le relégua dans un endroit solitaire, où il versa beaucoup de larmes à cause de son péché d'orgueil. Après des années de pénitence et peu de temps avant de mourir, Pachôme le rétablit dans ses fonctions, déclarant aux frères que cette épreuve avait fait progresser Théodore sept fois plus que ses ascèses antérieures, à cause de l'humble repentir qu'il avait montré.

Après la mort de Saint Pachôme (346), Théodore, qui l'avait enseveli dans un endroit secret, fut envoyé à Alexandrie pour affaires. Il rendit visite à Saint Antoine le Grand, qui témoigna de son admiration pour Pachôme et la vie cénobitique, et 1'envoya à Saint Athanase avec une lettre de recommandation. C'est à Alexandrie qu'il apprit la mort de Pétronios et, de retour en Thébaïde, il se soumit avec humilité et ferveur à Saint Horsièse. Il était devant lui comme une brebis, ayant déraciné de son coeur toute pensée de pouvoir, bien qu'aux yeux de beaucoup il fût le plus digne de succéder à Saint Pachôme. Voyant que de nombreux frères avaient recours à lui, et voulant éviter toute rivalité, il obtint d'être envoyé au Monastère de Pachnoum, pour y diriger la boulangerie.

Lorsque le supérieur du Monastère de Monchôsis (Thmousons), Apollonios, se fut révolté, prétendant rendre son Monastère indépendant, Horsièse se retira et désigna Théodore pour lui succéder à la tête de la Koinonia. Théodore réunit aussitôt les frères et les exhorta, avec force larmes, à maintenir la tradition instituée par Saint Pachôme et à garder l'unité de leur sainte assemblée. Puis il visita avec soin les Monastères, changea tous les supérieurs et distribua de nouvelles charges. Se souvenant pourtant de la pénitence imposée jadis par Pachôme pour sa pensée concernant la succession, il ne s'estimait pas le supérieur des Monastères, mais seulement remplaçant et serviteur d'abba Horsièse; et chaque fois qu'il voulait prendre une décision, il allait d'abord en demander l'autorisation à Horsièse qui s'était retiré à Chenoboskion. Il était au milieu des frères un modèle d'humilité, tant dans l'habillement que dans la parole et dans tout son comportement, malgré sa renommée qui s'était étendue à toute l'Egypte, et les nombreuses guérisons qu'il accomplissait.

Grâce à sa diligence, il parvint à restaurer le bon ordre et à réanimer le zèle des moines. Il s'entretenait avec chacun, les exhortant à résister avec courage à Il assaut des pensées, et corrigeait les négligents avec patience, en priant ardemment pour leur correction. Aux Monastères fondés par Saint Pachôme, il ajouta ceux de Kaïor et Ouï dans la région d'Hermoupolis et un autre près d'Hennonthis, ainsi que deux monastères féminins.

Vers 363, saint Athanase, exilé, vint rendre visite à la Koinonia, dont il admira l'ordre et les règlements, aptes à procurer la paix à tant d'âmes. Théodore lui dit : « Cette faveur de Dieu nous appartient grâce à notre Père Pachôme. Mais quand nous te voyons, c'est comme le Christ que nous te voyons. »

Par la suite Théodore réussit à faire revenir Horsièse à Pabau et le servit en qualité de second, et ils alternaient pour visiter les monastères. Toutefois les préoccupations matérielles ayant considérablement augmenté du fait de l'accroissement du nombre des frères, Théodore se désolait de voir les moines abandonner la rigueur et la simplicité de vie instituées par Saint Pachôme. Il se mortifiait pour qu'ils fassent pénitence et il allait passer de longues nuits de prière sur le tombeau de Saint Pachôme, connu de lui seul.

Après la Pâque 368, Théodore tomba malade. Horsièse supplia le Seigneur de mourir le premier et de laisser Théodore, dont la Koinonia avait un si grand besoin. Mais tel n'était pas la volonté de Dieu et, après avoir confessé qu'il n'avait jamais rien fait sans obéissance, Théodore s'endormit très paisiblement, le 27 avril, Tous les frères poussèrent alors une grande clameur et s'écrièrent : « Nous sommes devenus orphelins, car c'est en effet notre juste Père Pachôme qui est mort aujourd'hui (en sa personne) ! » Après les funérailles, Saint Horsièse alla déposer son corps aux côtés du tombeau secret de Saint Pachôme. Aussitôt qu'il apprit la nouvelle, Saint Athanase écrivit aux frères que Théodore ne cessait d'être parmi eux, puisqu'ils formaient un seul homme avec abba Horsière, et il les ehorta à ne pas pleurer celui qui était désormais parvenu au séjour des bienheureux.

Mercredi 14 mai 2008
publié dans : synaxaire
par Père Jean-Pierre
Le 15 mai, nous célébrons la mémoire de notre Vénérable Père PACHOME le GRAND (1)

Notre bienheureux Père Pachôme naquit de parents païens en Haute Egypte, vers 292, mais dès son enfance il ressentit une vive répulsion à l'égard du culte idolâtre et montra un penchant naturel pour le bien. Enrôlé de force dans l'année lors de la campagne de Maximin-Daïa contre Licinius (312), il fut ému par l'attitude charitable des Chrétiens de Thèbes envers les conscrits que l'on traînait sans ménagement vers leur garnison comme des prisonniers. Aussitôt libéré, il fut baptisé au village de Schenesèt et, la nuit suivante, il vit une rosée descendre du ciel et se répandre sur sa tête, puis elle se condensa dans sa main droite et devint du miel qui s'écoula sur toute la terre. Il commença aussitôt à mener une vie ascétique, en se guidant selon sa conscience, et à servir les habitants du lieu, surtout lors d'une épidémie de peste. Au bout de trois ans, incommodé par la fréquentation des séculiers et mû désormais par un violent amour pour Dieu seul, il devint disciple d'un Saint vieillard, rude et austère, qui vivait en reclus en dehors du village : Saint Palamon (cf. 12 août).

Après l'avoir rudement éprouvé, celui-ci le revêtit de l'Habit monastique et lui enseigna à veiller comme il le faisait lui-même, la moitié de la nuit, et souvent la nuit entière, en récitant des passages de l'Ecriture Sainte, à jeûner tous les jours jusqu'au soir en été, et à ne manger en hiver qu'un jour sur deux ou trois, sans jamais consommer ni huile, ni vin, ni mets cuits. Leur Office liturgique consistait en cinquante groupes de Psaumes conclus par une prière pendant la nuit, et soixante pendant la joumée, sans compter le perpétuel souvenir de Dieu qu'ils entretenaient dans leur esprit et dans leur coeur, selon la recommandation de l'Apôtre (I Thess. 5:17).

Pour subvenir à leurs besoins, et surtout au soin des pauvres, ils tressaient des objets en fil, en poil ou en fibre de palmier, et travaillaient même pendant la nuit, en récitant la parole de Dieu, afin de lutter contre le sommeil. Si, malgré le travail manuel, le sommeil les accablait, ils se levaient et allaient transporter du sable dans des paniers, d'un endroit du désert à l'autre. Un jour de Pâques, Pachôme versa un peu d'huile sur le sel écrasé qui était leur nourriture habituelle. Palamon se frappant le visage, se mit alors à pleurer et dit : « Mon Seigneur est crucifié, et moi je mange de l'huile ! »

Pachôme supportait non seulement de bon gré la rigoureuse discipline du vieillard, mais il s'appliquait surtout à garder son cœur pur par une stricte vigilance sur ses pensées, dépensant toutes les ressources de son esprit à apprendre par coeur les paroles de Dieu afîn de les faire siennes. Il avait coutume de s'éloigner dans le désert pour prier ou de se tenir debout, la nuit entière, dans les tombeaux, en tendant les mains vers le ciel comme s'il était crucifié, et versant tant de sueur que le sol en devenait boueux à ses pieds. Pendant ces prières nocturnes les démons s'acharnaient contre lui et l'attaquaient ouvertement, mais l'homme de Dieu les couvrait de confusion en louant Dieu et en se moquant de leurs vains artifices. Comme leurs attaques se faisaient plus pressantes, il affligea davantage son corps et demanda à Dieu de lui retirer le sommeil jusqu'à ce qu'il remporte définitivement la victoire. Il fut exaucé et acquit dès lors une telle faveur auprès de Dieu, que son corps jouissait déjà en partie de l'incorruptibilité promise aux élus : il pouvait marcher sans danger sur les serpents et les scorpions, et traverser le Nil au milieu des crocodiles.

Au bout de quatre ans de luttes, la vision de la rosée céleste se renouvela, mais il attendit encore trois années avant de s'éloigner seul dans le désert. Lorsqu'il parvint à un lieu nommé Tabennêsis, sur la rive nord-est du Nil, il entendit une voix céleste qui lui ordonnait d'y rester pour y fonder un Monastère. Ayant obtenu l'autorisation de Palamon, juste avant son décès, Pachôme s'y installa et s'adonna seul à de grandes ascèses, jusqu'à ce que son frère aîné, Jean, vînt le rejoindre.

Mettant tout en commun, ils vivaient dans un grand renoncement et distribuaient aux pauvres le fruit de leur travail, en ne gardant que le strict nécessaire pour vivre : deux pains et un peu de sel par jour. A la fin de leur veille quotidienne, ils prenaient un peu de repos, assis, sans s'appuyer le dos au mur. Pendant le jour, ils s'exposaient aux ardeurs du soleil, gardant en esprit la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ et les épreuves des Martyrs.

Un jour un Ange de Dieu apparut à Pachôme pendant sa vigile et lui dit à trois reprises : « Pachôme, la volonté de Dieu est que tu serves la race des hommes, pour les réconcilier avec Lui. » Dès lors des hommes des villages environnants se rassemblèrent autour de lui pour mener ensemble la vie anachorétique : chacun vivait séparément, comme il l'entendait, et foumissait sa part pour les besoins matériels de la communauté. Pachôme se mettait humblement à leur service, préparait la nourriture qu'ils désiraient, recevait les hôtes et servait les frères quand ils étaient souffrants, alors qu'il se contentait pour lui-même de pain et de sel en tout temps. Ces hommes rudes ne lui montraient cependant aucun respect, ils méprisaient son humilité et se moquaient même de lui. L'homme de Dieu prit patience pendant cinq ans, jusqu'au jour où, après en avoir reçu l'ordre de Dieu au cours d'une nuit de prière, il leur imposa une règle de vie commune et chassa avec autorité tous ceux qui ne voulaient pas s'y conformer (2). De nouveaux candidats à la vie monastique s'étant présentés, Pachôme, après les avoir rudement éprouvés, leur imposa de vivre "selon les Ecritures", en mettant tout en commun, dans une parfaite égalité, à l'imitation de la communauté apostolique (cf. Actes 2). Se mettant à leur service comme auparavant, il leur enseignait à porter leur croix pour suivre le Christ et à n'avoir d'autre souci que de repasser dans leur esprit les paroles du Seigneur. On rapporte qu'un Ange, vêtu en moine, lui montra le modèle de leur habit et lui remit une tablette sur laquelle était inscrite la règle de la communauté. Elle prescrivait de donner à manger et à boire à chacun en fonction de sa constitution et de son travail, sans empêcher ceux qui voulaient pratiquer davantage l'ascèse. Ils devaient vivre dans des cellules séparées, regroupées en "maisons"(3) selon leurs affinités ou leurs occupations, et se réunir trois fois par jour pour adresser à Dieu douze groupes de Psaumes et de prières. Comme Pachôme objectait que cela ne faisait pas beaucoup de prières, l'Ange répondit : « Tout ce que je prescris c'est pour être sûr que même les petits pourront observer la règle sans découragement. Quant aux parfaits, ils n'ont pas besoin de loi, puisque dans leur cellule, ils consacrent leur vie entière à la contemplation de Dieu »(4).

Lorsque les frères atteignirent le nombre de cent, Pachôme leur bâtit une église dans le monastère; et, le dimanche, il invitait un Prêtre du village à venir célébrer la Divine Liturgie, car il refusait qu'aucun des moines ne soit ordonné Clerc, de crainte que la vaine gloire et la jalousie ne viennent rompre leur belle harmonie. Peu après sa consécration comme Archevêque d'Alexandrie, Saint Athanase rendit visite au monastère de Tabennêsis (329), mais Pachôme, ayant appris qu'on voulait l'ordonner Prêtre, se cacha jusqu'au départ du prélat.

La communauté, appelée par lui Koinonia' (5), devenant nombreuse, Pachôme désigna des frères affermis dans la vertu pour l'assister : l'un comme administrateur du service matériel, avec un second, d'autres comme responsables des "maisons"; d'autres encore étaient chargés du soin des malades, de la réception des hôtes ou de la vente à l'extérieur des produits fabriqués au monastère. Trois fois par semaine, Saint Pachôme instruisait lui-même l'ensemble de la communauté, en interprétant les Ecritures et, aux deux jours de jeûnes, les chefs des maisons faisaient à leur tour une catéchèse destinée à leurs moines respectifs.

La soeur de Pachôme, Marie, étant elle aussi venue le rejoindre, le Saint lui fit construire un monastère, dans le village, où de nombreuses soeurs se rassemblèrent pour y mener une vie toute semblable à celle des moines, guidées par un vieillard grave et avisé, nommé Pierre.

Le Saint recevait avec circonspection les candidats qui se présentaient et n'acceptait qu'un petit nombre de ceux qui avaient mené auparavant une vie impure ou avaient un caractère revêche, de peur qu'ils n'entraînassent les autres frères dans la perdition. Mais pour ceux d'entre eux qu'il acceptait, il luttait avec eux jour et nuit, afin de les tirer de l'asservissement aux passions. Lorsqu'il trouvait des moines rétifs, il essayait de les corriger et priait instamment pour eux, en ajoutant à ses jeûnes, ses veilles et ses macérations, afin qu'ils se repentissent et apprennent le mystère de la vie monastique et la paix que l'on tire de l'obéissance. Mais s'ils persistaient à contredire, il les renvoyait de la communauté, pour ne pas empêcher les autres frères de croître dans la crainte de Dieu. Une année, il renvoya ainsi jusqu'à cent moines, sur les trois cents que comportait la communauté.

Grâce à son don de clairvoyance, Saint Pachôme devinait les fautes et les pensées perverses des frères, et il savait les guérir avant qu'ils ne commettent le péché. Bien qu'il guérît des malades et délivrât des possédés, tant parmi les frères que parmi les séculiers qui se pressaient au monastère, il s'en remettait en tout à la volonté de Dieu et ne se fâchait jamais quand le Seigneur n'exauçait pas sa prière. Il enseignait que supérieures aux guérisons corporelles sont les guérisons spirituelles des âmes qui, de l'erreur ou de la négligence, parviennent à la connaissance du vrai Dieu et au repentir. Il ne demandait jamais à Dieu de recevoir des visions, car elles peuvent être une voie d'illusion, et disait : « Si tu vois un homme pur et humble, c'est une grande vision. Quoi de plus grand en effet que de voir Dieu invisible dans un homme visible, temple de Dieu. »

Même lorsqu'il était accablé par la maladie, le bienheureux refusait de se faire servir ou de s'accorder un quelconque soulagement. Il n'acceptait qu'un seul remède : le Nom du Seigneur, et enseignait aux malades par son exemple à supporter avec patience et actions de grâces leurs maux, afin de remporter une double couronne : celle de l'ascèse et de la patience dans les épreuves. Dans les maladies des frères, il savait discemer infailliblement celles qui étaient provoquées par les démons ou par un effet de leurs passions, et il leur enseignait à les vaincre par la bonne résolution de l'âme. Mais lorsqu'il s'agissait de véritables faiblesses du corps, il venait alors lui-même servir les malades et n'hésitait pas à donner à certains de la viande en nourriture, en dépit de l'usage monastique.

Le nombre des frères ne cessant de croÎtre, Pachôme alla fonder, à la suite d'une vision, un autre monastère, à Pabau (en copte : Phbôou), un peu en aval du Nil (environ 3 km de Tabennêsis). Il le fit construire très vaste et l'organisa de la même manière que Tabennêsis. Lorsque Pabau fut peuplé, le supérieur d'un monastère appelé Chenoboskion (Senesêt) demanda au Saint de placer sa communauté sous sa juridiction, avec les mêmes règles de vie. Pachôme s'y rendit avec quelques frères qu'il laissa là pour y instruire les moines sur la discipline de la Koinonia. Il fit de même pour le monastère de Monchôsis (Thmousons); puis, à la suite d'une nouvelle vision, il alla fonder un nouveau monastère à Tsè (Tasé). A la requête de l'Evêque de Panopolis (Smin), il en fonda un autre dans cette région, peinant lui-même avec les frères pour la construction des bâtiments. Peu après, un notable, Pétronios, (cf. 23 oct.) offrit le monastère qu'il avait fondé à Thbéou (Tébeu), dans la région de Diospolis. Saint Pachôme mit un certain Apollonios à la tête du monastère, et fit de Pétronios le supérieur d'une autre fondation : Tsmine (Tsménai), proche de Panopolis. Enfîn, après une nouvelle vision, il fonda un très grand monastère à Phnoum (Pichnoum), loin au sud, dans le désert de Snê. Cette vaste congrégation de neuf monastères et deux couvents féminins, comptait trois mille moines durant la vie de Saint Pachôme et jusqu'à sept mille par la suite. Tous y vivaient dans l'harmonie et la fidélité aux lois instituées par l'homme de Dieu. Chez eux il n'y avait aucun souci pour les affaires du monde et ils étaient constamment transportés au ciel, à cause de leur tranquillité (hésychia) et de leur genre de vie semblable à celle des Anges. Le Saint visitait fréquemment les uns et les autres, pour les instruire de la Parole de Dieu, corriger les égarements et encourager les frères à persévérer dans leurs combats. Il résidait habituellement au monastère de Pabau, où il vivait comme un simple moine, membre d'une "maison" et soumis à la discipline commune ; car, inébranlablement affermi sur le roc de l'humilité, il n'avait jamais eu la pensée qu'il était chef ou père des moines, mais seulement leur serviteur. En visite un jour à Tabennêsis, il s'assit pour le travail manuel et se laissa instruire par un enfant-moine qui lui reprochait de ne pas travaille r correctement.

L'économe du grand monastère de Pabau était chargé de superviser l'administration matérielle de la Koinonia : il recueillait les objets fabriqués dans les monastères et les desservait dans tous leurs besoins. Deux fois l'an, les frères se réunissaient à Pabau, pour célébrer la fête de Pâques tous ensemble et, au mois d'août, après la récolte, les intendants remettaient leurs comptes, et l'on procédait à la nomination de nouveaux responsables. Lorsque Pachôme n'avait pas le loisir de se rendre dans un monastère, il envoyait son disciple le plus cher, Théodore (cf. 16 mai), ou adressait une lettre à l'économe, écrite dans un langage secret, que lui seul pouvait comprendre. Il avait toujours le visage grave et triste, car Dieu lui avait accordé de contempler en vision les tourments éternels réservés aux pécheurs et aux moines indignes de leur profession, et c'est pourquoi, chaque fois qu'il prenait la parole, il avertissait ses disciples sur le Jugement à venir. Un jour, un moine négligent vint à mourir. Le Saint ordonna avec autorité de ne chanter ni office de funérailles ni d'offrir de sacrifice en sa mémoire, et il fit brûler ses vêtements, laissant tous les frères dans l'effroi pour leur correction.

Pendant une famine, l'homme de Dieu resta à jeun et dit : « Moi non plus je ne mangerai pas aussi longtemps que mes frères auront faim et ne trouveront pas de pain à manger », appliquant ainsi la parole de l'Apôtre : « Si un membre soutffre, tous les membres souffrent avec lui » (I Cor. 12:26).

La réputation de Saint Pachôme s'étant répandue dans toute l'Egypte, il advint que certains mirent en doute son charisme de clairvoyance et ses révélations. Convoqué à Latopolis (en 345) devant une assemblée d'Evêques qui le questionnèrent à ce sujet, Pachôme répondit que le Seigneur ne lui accordait pas constamment une telle grâce du discernement et de la clairvoyance des coeurs, mais seulement quand Il le voulait, pour l'édification de la Koinonia et le salut des âmes, et dans la mesure de sa propre soumission à la volonté de Dieu. Il fut innocenté et, rendant grâce à Dieu, déclara, à propos de cette épreuve et du nouvel exil de Saint Athanase : « Il nous faut soutenir toutes sortes d'épreuves, car cela ne nuit pas. »

Vers Pâques 346, une épidémie de peste se déclara dans la Koinonia et extermina plus de cent frères parmi les plus éminents. Le Saint fut atteint à son tour, mais refusa tout traitement particulier. Bien que son corps fût affaibli à l'extrême, ses yeux étaient flamboyants. Il passa les premiers jours de la Grande Semaine à prier le Seigneur pour que l'unité de la Koinonia ne soit pas rompue après sa mort. Puis, réunissant les frères, il les prit à témoin que, durant toute sa vie, il ne leur avait rien caché et avait vécu comme l'un d'entre eux, se conduisant envers tous comme un serviteur et comme une nourrice qui réchauffe ses enfants. Il ajouta que les règles et traditions qu'il avait instituées pour eux sous l'inspiration du Seigneur, étaient la seule voie pour obtenir le repos de l'âme et le salut éternel. Vers la Pentecôte, il désigna Pétronios, qui avait été lui aussi atteint par la maladie, comme successeur, puis ordonna aux frères de cesser leurs larmes, car l'ordre lui était venu du Seigneur d'aller rejoindre le séjour des Pères. Il ordonna avec grande sévérité à Théodore d'aller ensevelir son corps dans un endroit secret, afin qu'on ne lui offrît pas de culte, et l'exhorta à prendre soin des frères négligents. Il remit son âme apostolique à Dieu le 9 mai 346, à l'âge de soixante ans. A ce moment l'endroit fut agité d'un tremblement de terre, un parfum céleste se dégagea, et plusieurs anciens virent des troupes d'Anges escorter l'âme du Saint jusqu'au lieu de son repos.

Lorsque Saint Antoine le Grand apprit le décès de Saint Pachôme, dans son désert lointain, il le loua comme un nouvel Apôtre et fit les plus grands éloges de la vie cénobitique dont il avait été le fondateur. Répliquant à ceux qui lui disaient qu'il avait atteint une plus grande gloire dans la vie érémitique, il répondit que c'était par nécessité qu'il avait embrassé la vie solitaire, car il n'y avait pas alors de cénobion, et il ajouta : « Dans le Royaume des cieux, nous nous verrons l'un et l'autre, nous verrons tous les Pères et surtout notre Maître et notre Dieu Jésus-Christ. »

Après le décès de Saint Pachôme, Pétronios gouvema la Koinonia seulement quelques jours, avant de remettre lui aussi son âme à Dieu. Abba Horsièse (cf. 15 juin) fut alors désigné pour veiller au respect des traditions et assurer, à l'exemple de Pachôme, le ministère de la parole. Mais, à la suite de la révolte d'Apollonios, supérieur du monastère de Monchôsis, Horsièse démissionna et désigna Théodore comme supérieur à sa place. Après la disparition des premiers disciples de Saint Pachôme, les monastères de la Koinonia se développèrent grandement, tant en nombre qu'en biens matériels, mais cet éclat fut de courte durée et, après avoir été victimes de la décadence, ils furent ensuite emportés par les invasions des barbares. Les institutions, les règles écrites et surtout l'esprit du cénobitisme, dont Pachôme avait été le fondateur, furent néanmoins légués à l'Eglise comme la voie parfaite d'imitation de la communauté apostolique et comme une échelle dressée vers le Royaume des cieux (6).

1). Nous utilisons pour cette notice la Première Vie grecque, traduite par A. J. Festugière, Les Moines d'Orient IV/2, Paris, 1965, et les Vies coptes traduites par A. Veilleux in "Spiritualité orientale n° 38", Abbaye de Bellefontaine, 1984.
2). Cet épisode n'est rapporté que par une des Vies coptes.
3). Chaque maison comprenait de vingt à quarante moines.
4). Cet épisode de la Règle révélée par l'Ange n'apparaÎt que dans Pallade, Histoire Lausiaque, 34.
5). C'est-à-dire "Communion", terme qui évoque clairement que la communauté monastique est une image de l'Eglise en sa plénitude, en tant qu'assemblée eucharistique.
6). De manière paradoxale, les institutions pachômiennes ont laissé moins d'impact en Orient qu'en Occident, où elles furent diffusées grâce aux traductions de St. Jérôme et aux oeuvres de St. Cassien, qui avaient l'un et l'autre visité des monastères pachômiens du Delta du Nil.

Lundi 12 mai 2008
publié dans : synaxaire
par Père Jean-Pierre
Le 13 mai, nous célébrons la mémoire de la Sainte Martyre GLYCERIE et de Saint LAODICIOS le geôlier

La première année du règne d'Antonin le Pieux (138) vivait à Trajanopolis une jeune chrétienne, fille d'un officier romain de haut rang, qui se consacrait à confirmer les Chrétiens du lieu dans la foi. Le jour d'une fête païienne, elle marqua sur son front le signe de la Croix, et s'avança vers le gouvemeur Sabin présent dans le temple, en se confessant ouvertement servante du Christ. Comme Sabin lui ordonnait de sacrifîer aux dieux, elle se dirigea vers les idoles et abattit la statue de Zeus par l'invocation du Sauveur, puis elle la mit en pièces. Les païens se précipitèrent avec rage sur elle et essayèrent de la lapider, sans que les pierres ne puissent l'atteindre. On la pendit alors par les cheveux et on lui déchira la chair avec des ongles de fer, puis elle fut jetée en prison et laissée sans vivres ni boisson pendant de nombreux jours. Mais un Ange du Seigneur lui apporta de la nourriture et la fortifia dans l'espérance des biens futurs. Aussi, quand le gouvemeur la convoqua de nouveau, c'est avec stupéfaction qu'il vit la Sainte apparaître devant lui en bonne santé et rayonnante de confiance en Dieu.

Devant quitter la cité pour se rendre à Héraclée de Thrace, Sabin se fit accompagner par Glycérie. Elle fut reçue avec déférence par l'Evêque Domitius et par les Chrétiens, qui avaient été informés de son valeureux combat. Après une nouvelle séance au tribunal, elle fut condamnée à être brûlée vive, mais une rosée céleste éteignit la fournaise dans laquelle elle avait été jetée. Le juge lui fit alors arracher le cuir chevelu, puis on la conduisit en prison dans l'attente de nouveaux supplices. Cette fois encore un Ange vint à son secours. Devant de tels signes divins, le geôlier Laodicios se convertit et fut aussitôt condamné à la décapitation.`

Finalement la Sainte fut livrée aux bêtes sauvages. Une lionne s'élança, furieuse, sur elle, mais elle s'arrêta soudain dans son élan et vint lécher tendrement ses pieds. Une autre lionne bondit à son tour et d'un léger coup de dent, sans lui provoquer la moindre blessure, permit à Sainte Glycérie de rejoindre dans la joie son Epoux céleste.

Le juge périt peu après misérablement, tandis que l'Evêque allait ensevelir le corps de la valeureuse athlète du Christ non loin de la cité. On édifia ensuite en ce lieu une vaste et magnifique église, où Sainte Glycérie était vénérée par tous les habitants de la cité dont elle était devenue la Sainte patronne (1). Par la suite son corps fut transféré à Lemnos. Cependant, de son crâne, resté à Héraclée, continuait de jaillir un Saint Baume qui, telle une source d'eau vive, procurait la guérison à de nombreux pèlerins.

1). Cf. notices de St Parthénios de Lampsaque au 7 fév. et de Ste Elisabeth d'Héraclée le 24 avril.

Dimanche 11 mai 2008
publié dans : synaxaire
par Père Jean-Pierre
Le 12 Mai, nous célébrons la mémoire de notre Saint Père EPIPHANE, Evêque de SALAMINE, à Chypre (1)

Notre Père Saint Epiphane naquit vers l'an 315 (ou 308) dans une modeste famille juive du village de Bésandouch, près d'Eleuthéropolis en Palestine. A la mort de son père, il fut adopté par un docteur de la Loi, Tryphon, qui projetait de lui donner sa fille en mariage. Animé depuis son enfance d'un grand zèle pour l'étude, Epiphane étudia à ses côtés l'Ecriture Sainte et les institutions juives, et acquit la connaissance de cinq langues : le grec, le latin, l'hébreu, le syriaque et le copte, chose fort rare à l'époque.

A la mort de Tryphon, il hérita de toute sa fortune. Un jour, alors qu'il était en train de visiter ses terres et passait à cheval à côté d'un moine chrétien, nommé Lucien, ce dernier, rencontrant un pauvre et n'ayant pas d'argent, se dépouilla de son vêtement pour le lui donner, et aussitôt une robe d'une blancheur resplendissante descendit du ciel pour le couvrir. Ce signe vint confirmer l'admiration qu'Epiphane entretenait pour les Chrétiens depuis que, dans son enfance, il avait été sauvé miraculeusement par l'un d'eux de sa monture emballée. Tombant alors aux pieds de Lucien, il le supplia de le baptiser et de l'accepter dans l'ordre angélique. Baptisé, avec sa soeur, par l'Evêque de la cité, il distribua tous ses biens et devint disciple de Saint Hilarion (cf 21 oct.), dont il suivit avec exactitude, pendant tout le reste de sa vie, la stricte discipline ascétique. Les mystères et les figures de l'Ancien Testament prenant tout leur sens dans la lumière du Christ, il s'adonna avec encore plus d'ardeur à l'étude et, avide de connaître le mode de vie des moines d'Egypte, il entreprit un long voyage dans cette terre d'élection de la vie ascétique. Il s'informa aussi sur les doctrines professées par diverses sectes et hérésies qui y pullulaient, rassemblant ainsi les éléments de son traité monumental contre toutes les hérésies, qu'il rédigera au soir de sa vie. Ayant échappé de peu aux entreprises des Manichéens, il rentra en Palestine, après quatre années, et fonda un Monastère près de son village natal, qu'il dirigea en toute sagesse pendant trente ans. On raconte que, par sa prière, il fit jaillir de l'eau de la terre desséchée et que les cellules des Moines furent construites par des Sarrasins qui avaient été témoins de ses miracles. Par l'invocation du Nom du Christ et grâce à son don de clairvoyance, Epiphane chassait les démons qui tourmentaient les villageois et certains de ses moines. Il délivra aussi la contrée d'un lion redoutable mangeur d'hommes et il répandait largement les aumônes; mais c'était surtout par son charisme d'enseignement et d'interprétation des Ecritures qu'il brillait comme un astre sur toute l'Eglise.

Ayant réalisé le danger que représentait pour l'Eglise la sagesse hellénique, source des multiples hérésies, il s'employa pendant toute sa vie à lutter pour la défense de la vraie foi. On raconte qu'un philosophe célèbre vint d'Edesse au Monastère de Saint Epiphane pour discuter des Saintes Ecritures. Ils débattirent longtemps sur les mystères de la création, Epiphane tenant en main la Sainte Bible et le philosophe les écrits d'Hésiode, et bien que la lumière de la vérité fût éclatante, ce demier restait obstiné. Mais lorsqu'il vit Epiphane guérir un possédé par l'invocation du Nom du Christ, renonçant à la vaine sagesse, il demanda à être baptisé. Il fut ensuite ordonné Prêtre et devint le successeur du Saint à la tête du Monastère.

Ayant quitté son Monastère pour échapper aux honneurs des hommes et parvenu à Chypre, où il eut la grande joie de retrouver Saint Hilarion, Epiphane accepta, sur la pression de ce demier, d'être consacré Evêque de Constantia (Salamine), en 376. Il voyait dans cette élévation non pas une occasion de vaine gloire, mais plutôt un moyen d'échapper aux entreprises des hérétiques semi-ariens fort influents en Palestine. Pendant trente-six ans, il montra un zèle exemplaire dans le gouvernement de son diocèse et la confirmation de la Foi Orthodoxe, tant à Chypre que dans le reste du monde. De nombreux miracles vinrent confirmer de manière éclatante ses vertus pastorales et son amour paternel pour ses ouailles. Sa générosité et ses interventions en faveur de ceux qui étaient victimes de l'injustice lui attirèrent toutefois la haine d'une partie de son clergé, menée par le Diacre Carin, qui l'accusa de dilapider l'argent de l'Eglise. Malgré toutes les entreprises de ce dernier pour diffamer le Saint, Epiphane lui montrait toujours la même bienveillance, et Carin fut finalement châtié par Dieu et périt misérablement.

On raconte que, lorsque le Saint célébrait la Divine Liturgie, il voyait visiblement le Saint-Esprit descendre sur les Dons pour les sanctifier. Un jour, il fut privé de cette vision, à cause de l'indignité de l'un de ses concélébrants; après l'avoir écarté, Saint Epiphane supplia Dieu avec larmes et ne continua la célébration qu'à la suite d'une nouvelle manifestation de la gloire divine. Très attentif à l'intégrité morale de son Clergé, le Saint prélat voulait que ses clercs fussent par leurs vertus un digne ornement pour l'Epouse du Christ; aussi avait-il transformé son palais épiscopal en Monastère, où il menait la vie commune avec plus de soixante-dix Clercs.

En 382, laissant le gouvernement de son diocèse à Saint Philon de Carpathos (cf. 24 janv.), Epiphane se rendit à Rome, en compagnie de Saint Jérôme (cf. 15 juin) et de Paulin d'Antioche, dans le but de résoudre en faveur de ce dernier le schisme d'Antioche. Ils résidèrent dans la demeure de Sainte Paule (cf. 26 janv.), et le biographe du Saint rapporte qu'il fit là d'éclatants miracles et guérit la soeur des coempereurs Arcade et Honorius. De retour à Chypre, lors d'une terrible famine, il distribua à la population le blé qu'il avait acheté aux accapareurs, avec de l'or reçu à la suite d'une vision.

Dans son zèle pour extirper de la théologie chrétienne toute trace d'hellénisme, Saint Epiphane concentra particulièrement ses efforts contre les doctrines d'Origène, alors très en faveur chez les moines de Palestine. En 393, prenant la parole à Jérusalem à l'occasion de la fête de la Dédicace de la basilique de la Résurrection, il proclama qu'Origène était le père de l'arianisme et de toutes les hérésies. Le soir même, le Patriarche Jean, auquel Epiphane reprochait sa sympathie à 1'égard des origénistes, répliqua en attaquant les "anthropomorphistes", c'est-à-dire les adversaires de l'exégèse allégorique de l'Ecriture, prônée par le grand docteur alexandrin. La querelle s'envenima et prit une large ampleur, surtout lorsque Saint Jérôme se rangea aux côtés d'Epiphane contre le Patriarche Jean et son ancien ami, Rufin d'Aquilée. S'éloignant de la cité tourmentée, Epiphane se rendit quelque temps dans son Monastère d'Eleuthéropolis, puis retourna dans son diocèse, sans pour autant abandonner un combat, que son caractère ardent et sa simplicité portaient à des prises de position extrémistes.

Le flambeau de la lutte anti-origéniste passa alors à l'Archevêque d'Alexandrie Théophile (401) qui, précédemment disciple d'Origène, en était devenu un ennemi féroce et implacable, en vue d'assouvir sa rancune contre quatre frères de noble origine (appelés les Frères "Longs", à cause de leur haute taille) qui, préférant l'hésychia aux dignités ecclésiastiques, avaient quitté son clergé sans l'autorisation de Théophile, pour devenir moines à Nitrie. Poursuivis par l'Archevêque, ils se réfugièrent à Constantinople, dans l'espoir d'obtenir gain de cause auprès de Saint Jean Chrysostome. Utilisant cette occasion pour accuser Saint Chrysostome, qu'il jalousait, d'être le protecteur de l'hérésie origéniste, Théophile s'adressa à Epiphane. Mal informé de la situation et des motifs réels de Théophile, le vieil Evêque, pensant partir à la défense de l'Orthodoxie, se rendit à Constantinople, après avoir condamné l'origénisme dans un Synode des Evêques de Chypre. Accueilli avec révérence par Saint Chrysostome, Epiphane refusa ces marques d'honneur; il alla demeurer dans une maison privée et procéda à l'ordination d'un Diacre dans un Monastère. Saint Chrysostome lui fit savoir qu'il était très affligé d'apprendre que son frère dans l'épiscopat avait agi ainsi contre les Saints Canons (2) et agitait sans raison le peuple contre son pasteur. Saint Epiphane décida alors de prendre le chemin du retour, afin de ne pas être davantage cause de discorde, et il quitta la capitale peu avant le sinistre Synode du Chêne qui déposa de manière inique Saint Jean Chrysostome (403). Il remit son âme à Dieu pendant la traversée (12 mai 403), après avoir exhorté ses disciples à préserver la pureté de la foi et à se garder de l'attrait des richesses et de la calomnie. A l'arrivée du navire à Salamine, une foule immense, tenant des cierges en main, accueillit son pasteur et l'accompagna avec larmes jusqu'à l'église, où pendant sept jours une grande partie de la population de Chypre vint le vénérer.

Le culte de Saint Epiphane se répandit rapidement et son tombeau reste un des lieux de pèlerinage les plus vénérés de l'île, dont il est le Saint Patron, avec Saint Barnabé.

1). Nous avons tenté ici d'introduire certains épisodes de sa biographie traditionnelle, dans le cadre des événements attestés par les historiens ecclésiastiques.
2). Le Canon35 des Saints Apôtres interdit aux Evêques d'agir en dehors de leur diocèse sans l'accord de l'Evêque du lieu.

Samedi 10 mai 2008
publié dans : synaxaire
par Père Jean-Pierre
Le 11 mai, nous célébrons la mémoire de nos Saints Pères CYRILLE.-CONSTANTIN et METHODE, Egaux-aux-Apôtres et Illuminateurs des Slaves

Ces nouveaux Apôtres naquirent dans une famille noble de Thessalonique, ville qui, se trouvant au carrefour des peuples, avait subi, en ce IXe siècle, de fortes influences slaves. Dès leur enfance les deux frères avaient été en contact avec les populations slaves installées dans la région, apprenant leur dialecte et s'accoutumant à leurs moeurs. Méthode, l'aîné, né en 815, était d'un caractère calme et doux. Il acquit de solides connaissances juridiques et montra rapidement de bonnes aptitudes dans l'administration, de sorte qu'on lui confia le gouvemement d'une province où résidaient des Slaves (1). Toutefois, au bout de plusieurs années, il réalisa qu'il ne convient pas de perdre son temps en se souciant de choses "qui n'ont pas de valeur éternelle", et démissionna. Fuyant le monde comme le passereau échappe au filet de l'oiseleur, il gagna le prestigieux centre monastique du Mont Olympe de Bithynie, où il devint un moine exemplaire, tant par son obéissance et son amour de la prière, que pour son application à l'étude des Lettres sacrées.

Constantin, né, lui, en 827, avait été doté par Dieu d'une intelligence et d'une mémoire exceptionnelles, et dès son plus jeune âge il rêvait de prendre pour épouse, non pas une belle princesse, mais la Sagesse de Dieu, tel un nouveau Salomon. A l'âge de quatorze ans, il avait appris par cœur les poèmes de Saint Grégoire le Théologien, et c'est avec larmes qu'il suppliait les professeurs de lui enseigner la Grammaire, afin d'en pénétrer le sens. La renommée des talents du jeune garçon parvint jusqu'au tout-puissant Logothète Théoctiste (cf. 20 nov.), qui le fit venir à Constantinople et le prit sous sa protection. Constantin compléta rapidement ses connaissances générales et fut initié aux sciences supérieures par les meilleurs maîtres du temps : Léon le Mathématicien et Saint Photios (cf. 6 fév.), dont il devint le disciple bien-aimé. Auprès de Photios, il apprit quelle est la vraie sagesse, c'est-à-dire : « La connaissance des choses divines et humaines, qui enseigne à l'homme à se conduire en tout à l'image et à la ressemblance de son Créateur. » Il reçut le surnom de "Philosophe" et, devenu familier des plus hauts milieux de la Cour, Théoctiste projetait pour lui une brillante carrière politique, qu'il voulait inaugurer par un mariage avec l'une de ses nièces. Le Philosophe le remercia de sa proposition, mais il répondit que pour lui rien d'autre ne comptait que l'acquisition de la "science" et de recouvrer la gloire perdue par notre premier père. Il dut néanmoins accepter d'être ordonner Diacre et reçut la dignité de chartophylax (2) du Patriarche Ignace. Il renonça toutefois rapidement à cette charge pour se retirer dans un Monastère du Bosphore (le Kleidion), où il rencontra lePatriarche iconoclaste déchu, Jean VII Grammaticos, et engagea avec lui une ardente controverse pour la défense de l'Orthodoxie.

Au bout de six mois, il fut rappelé à la capitale et dut accepter, sous la pression de Théoctiste, le poste de professeur de Philosophie. En 851, alors qu"il était à peine âgé de vingt-quatre ans, l'empereur Michel III l'envoya en mission diplomatique auprès du calife AlMoutaoukil (847-861). Les discussions avec les Arabes tournèrent rapidement de la politique à la théologie, et c'est avec l'assurance des anciens Martyrs que Constantin fit une apologie de la Sainte Trinité devant leurs sages, et qu'il leur montra la supériorité des moeurs chrétiennes. Echappant de peu à une tentative d'empoisonnement, il put rentrer sain et sauf à Byzance. Lorsque le césar Bardas fit assassiner son protecteur Théoctiste pour prendre le pouvoir (855), Constantin, abandonnant de nouveau les soucis du monde pour chercher la sagesse dans le silence et la prière, partit rejoindre son frère Méthode au Mont Olympe, où ils s'adonnèrent ensemble à l'étude.

En 860, l'empereur, après avoir consulté le Patriarche Photios, fit sortir Constantin de sa retraite pour l'envoyer en mission chez le khan des Khazars (3), lequel avait demandé qu'on lui envoyât un homme lettré, afin de discuter de religion avec les Juifs et les Arabes qui tentaient de convertir son peuple. Accompagné de son frère et d'une suite imposante, le Philosophe apprit l'hébreu en cours de route et reçut miraculeusement la connaissance du dialecte samaritain. A la cour des Khazars, ils eurent de longues discussions théologiques avec les Juifs, et Constantin confondit les docteurs de la Loi en leur montrant la supériorité de l'Evangile, obtenant ainsi la conversion de nombreux dignitaires ainsi que la libération des captifs chrétiens. Après avoir signé un traité d'alliance avec le khan, les deux frères prirent le chemin du retour, convertissant en chemin des peuplades païennes de Chersonnèse Taurique, et ils rapportèrent avec eux les Reliques de Saint Clément de Rome (cf. 24 nov.), qu'ils avaient découvertes par miracle à Cherson.

Aussitôt après avoir remis son rapport à l'empereur, Constantin se retira dans l'hésychia et la prière à proximité de l'église des Saints Apôtres. Méthode, quant à lui, ayant refusé l'ordination épiscopale qu'on lui proposait, dut toutefois accepter la charged'Higoumène du monastère de Polychronion, où vivaient alors soixante-dix moines.

Ce retour à leur chère quiétude dura bien peu de temps, car, en 863, une ambassade envoyée par le prince de Moravie (4). Ratislav, arrivait à Constantinople pour demander à l'empereur un Evêque et un maître capable de leur enseigner, dans leur langue, la foi chrétienne qu'ils avaient déjà reçue en partie de missionnaires francs venus de Bavière. Mais ceux-ci prêchaient en latin et célébraient une liturgie incompréhensible, de sorte que les conversions avaient été peu nombreuses et le peuple avait de plus gardé ses coutumes idolâtres. Michel III leur répondit : « Il ne m'appartient pas de régenter votre foi », et il refusa de leur donner un Evêque, car il ne prétendait pas usurper cette région à la juridiction du Pape de Rome; mais il promit de leur envoyer des hommes capables de les instruire sur la doctrine du Salut dans leur langue, sans chercher à leur imposer la langue grecque.

Constantin le Philosophe était le seul homme qui possédait toutes les qualités requises pour cette mission, non seulement par sa sagesse mais aussi à cause de sa connaissance du dialecte bulgare et des principales langues du temps : le grec, le latin, l'hébreu, l'arabe (plutôt la langue turco-khazare), le syriaque et le samaritain. Le Philosophe accepta cette mission comme un ordre venu de Dieu, mais il demanda un temps de préparation, et se toumant, comme il en avait coutume, vers la prière, il sollicita de Dieu la révélation d'une écriture capable de rendre convenablement les sons de la langue slave. De même que l'ancienne Loi avait été révélée à Moïse au Sinaï, à la suite d'une théophanie, sur des plaques de pierre gravées de la main de Dieu (Ex. 31:18), de même Constantin, ce nouveau Moïse, reçut la révélation d'un nouvel alphabet, avec lequel il put écrire aussitôt la traduction slave des premiers versets de l'Evangile selon Saint Jean. C'est cette écriture qui, après étude et corrections, devint l'instrument grâce auquel les peuples slaves, jusque-là barbares et grossiers, purent être placés par les Saints Missionnaires au rang des peuples civilisés "qui louent Dieu dans leur propre langue"(5). Assisté par Méthode et par d'autres disciples d'origines slaves (6), Saint Constantin traduisit alors avec empressement les péricopes de l'Evangile pour toute l'année, la Divine Liturgie, le Livre d'Heures et le Psautier, et c'est ainsi, munis des instruments essentiels à leur oeuvre apostolique, que les missionnaires byzantins partirent pour la Moravie (863).

Ils furent reçus avec de grands honneurs à la cour de Ratislav qui leur confia un groupe de disciples pour qu'ils leur enseignent la nouvelle écriture. L'usage de la langue slave dans la célébration du Culte Divin et dans la prédication, la fidélité de leur enseignement à la Tradition Apostolique et le rayonnement de la Sainteté des deux frères assurèrent un rapide succès à la mission et, en moins de trois ans (863-866), ils avaient rassemblé plus de cent disciples, qui diffusaient à leur tour la Bonne Nouvelle dans tout le royaume. Mais cette réussite suscita la jalousie et les oppositions des missionnaires francs qui, voyant leur influence rapidement occultée par celle des Byzantins, les accusaient de célébrer la Liturgie en slave, alors qu'il n'est permis, disaient-ils, de célébrer seulement en grec, en latin ou en hébreu.

Une fois les premiers fondements de leur entreprise jetés, les deux frères décidèrent de retourner à Constantinople pour y faire ordonner leurs principaux disciples. Mais, la route ayant été coupée à cause de la détérioration des relations entre Byzance et la Bulgarie, ils décidèrent de se rendre à Venise pour emprunter la voie maritime. Alors que les missionnaires attendaient là l'affrètement d'un navire, le clergé local reprit à leur égard les mêmes accusations que les missionnaires francs. L'affaire fut déférée au Pape Nicolas 1er, qui les convoqua à Rome. Lorsqu'ils y arrivèrent apportant avec eux en offrande la Relique de Saint Clément, le peuple leur réserva un accueil enthousiaste. Le Pape Adrien II, qui venait d'être élu après la mort soudaine de Nicolas, approuva l'oeuvre des deux Apôtres et il déposa solennellement leur traduction slave des Livres Sacrés sur l'Autel de Sainte-Marie-Majeure, condamnant comme hérétiques leurs accusateurs, les "Triglossites". Puis il ordonna lui-même Méthode, Prêtre, fit élever au Sacerdoce trois de leurs disciples, et les jours suivants, tous purent célébrer en slave dans plusieurs églises de la ville.

Pendant ce séjour à Rome, Constantin, épuisé par les voyages et les labeurs de la mission, tomba gravement malade et, le 14 février 869, après avoir reçu l'Habit monastique sous le nom de Cyrille, il remit son âme apostolique au Seigneur, en priant pour la confirmation des peuples slaves dans la Foi Orthodoxe. Il fut enseveli avec de grands honneurs dans la basilique Saint-Clément et des miracles s'accomplirent ensuite sur son tombeau (7).

Le prince de Pannonie (8), Kocel, admirant I'œuvre des missionnaires byzantins en Moravie et désirant lui aussi soustraire son peuple à l'influence des missionnaires bavarois venus de Passau, leur avait proposé, lors de leur passage dans son pays sur la route de Venise, de leur confier la formation de cinquante disciples. Peu après la mort de Saint Cyrille, il envoya des messagers à Rome, demandant qu'on lui dépêchât Méthode. Le Pape Adrien accéda à cette requête. Après une première mission couronnée de succès, Méthode retourna à Rome pour y être sacré par le Pape Evêque de Sirmium, siège fondé jadis par l'Apôtre Saint Andronique (9), avec juridiction non seulement sur la Pannonie, mais sur tous les peuples slaves d'Europe centrale, dont il était chargé de superviser la conversion (870). Au milieu des peines et des labeurs, sans se lasser, le Saint continua son oeuvre d'évangélisation, en ayant comme principal instrument de prédication la Divine Liturgie traduite, qui procurait aux néophytes l'aliment nécessaire à leur croissance spirituelle. Il ordonna des Prêtres et des Diacres, et, grâce à son expérience de l'administration, il donna à cette nouvelle Eglise les fondements canoniques de son organisation. Mais lorsqu'il parvint en Moravie (873), la situation avait bien changé. Svatoplouk s'était emparé du pouvoir, après avoir fait aveugler Ratislav, et il avait de nouveau livré le pays à l'influence germanique. A peine arrivé, Méthode fut arrêté et dut comparaître devant un synode, en Bavière, qui, après un simulacre de jugement, le fit enfermer en Souabe, dans une tour, où il eut à souffrir cruellement des rigueurs du climat.

Ce n'est qu'au bout de deux ans et demi que le Pape Jean VIII fut informé de la situation et put faire remettre le Saint en liberté. Dès son retour en Moravie, Méthode reprit son activité avec un zèle accru, sans tenir compte de l'interdiction qui lui avait été faite de célébrer la Liturgie en slave. Il n'hésitait pas à reprocher avec sévérité à Svatoplouk sa conduite déréglée et s'opposa sans compromis à la doctrine erronée du Filioque (cf. 6 fév.), que le clergé franc tentait d'imposer dans ces pays de mission. Les Francs firent appel à Rome, mais après une apologie de son activité devant le Pape (879), Méthode rentra triomphant, avec la confirmation de tous ses droits, à la confusion de son ennemi juré, Wiching, Evêque suffragant de Neira. Ce demier n'en cessa pas pour autant ses intrigues, et il accusa cette fois le Saint de rebellion contre l'empereur. Cette nouvelle épreuve fut pour Méthode l'occasion d'entreprendre un voyage à Constantinople, afin d'informer l'empereur Basile Ier et le Patriarche Photios des résultats de la mission et de les assurer de son inébranlable fidélité (881). Il fut reçu avec de grands égards à la Cour, et le souverain comme le Patriarche approuvèrent pleinement la mission et l'oeuvre de traduction des nouveaux -Apôtres.

Réconforté par ce soutien de la Grande-Eglise, Méthode retourna en Momvie avec ses disciples, et c'est dans la paix et le calme, sans être désormais troublés par le clergé franc, qu'ils poursuivirent ***leurs traductions des Livres Ecclésiastiques. Méthode acheva en six mois la traduction complète de la Bible, ainsi que celle de textes patristiques et canoniques : tout ce qui était nécessaire à l'Eglise slave pour assimiler l'héritage du christianisme byzantin. Une fois cette œuvre menée à son terme, il rassembla ses disciples et célébra une Liturgie solennelle, en l'honneur de Saint Dimitrios. Puis il désigna son successeur, Saint Gorazd (cf. 27 juil.) qui, originaire de Moravie, avait acquis une parfaite connaissance du grec; et après avoir béni les souverains et son peuple, il remit en paix son âme à Dieu, le 6 avril 885. Ses funérailles furent célébrées en grec, latin et slave, en présence d'une foule innombrable qui l'accompagnait avec des cierges, en pleurant le maître et le bon pasteur, celui qui s'était fait tout pour tous, afin de les conduire tous au salut (cf. 1 Cor. 9:22).

La disparition de l'Apôtre des slaves fut l'occasion pour Wiching et les siens de reprendre leur conspiration contre les missionnaires byzantins. Il devança Gorazd à Rome et parvint à convaincre le Pape Etienne V de l'hétérodoxie de Méthode, et c'est muni d'une lettre lui donnant pleins pouvoirs qu'il rentra en Moravie. Avec l'appui de Svatoplouk, qui se souciait bien peu des questions théologiques, le félon mena une persécution sans merci contre les disciples de Méthode : Gorazd, Clément et plus de deux cents autres Saints Confesseurs. Certains furent frappés et traînés dans les ronces, les plus jeunes furent vendus comme esclaves à des marchands vénitiens, d'autres furent exilés aux extrémités du royaume. Gorazd trouva refuge en Pologne, d'autres en Bohème, alors que Clément, Nahum, Sabas, Angélaire et Laurent purent atteindre la Bulgarie, où ils furent accueillis comme des anges de Dieu par le tsar Boris (10).

Leurs persécuteurs trouvèrent, quant à eux, un juste châtiment à leur conduite, car, en 907, la Moravie fut envahie et ravagée par les Hongrois, et elle passa dès lors définitivement sous la domination latine. L'oeuvre des deux frères Egaux-aux-Apôtres, Cyrille et Méthode, ne laissa en cette terre aucune trace, mais, par l'intermédiaire de l'Eglise bulgare, elle devint la semence d'une riche tradition byzantino-slave, qui trouva son apogée dans la Russie de Kiev, à la suite de la conversion de Saint Vladimir (cf. 15 juil.).

1). Il s'agit peut-être du thème de l'Opsikion (Bithynie), où avait été transférées d'importantes populations slaves, peu à peu assimilées. C'est ce qui expliquerait sa retraite au Mont Olympe, et les éventuels travaux préparatoires à I'oeuvre de traductions des livres ecclésiastiques.
2). C'est-à-dire directeur de la chancellerie patriarcale.
3). Peuplade d'origine turque alors cantonnée au nord de la mer Caspienne, qui avait en fait déjà adhéré au judaïsme. Il semble que cette mission fut plutôt organisée par les Byzantins, pour s'assurer l'alliance des Khazars, à la suite de l'attaque des Russes contre Constantinople (860).
4). Cette région, située en Tchécoslovaquie actuelle, avait été occupée pendant les siècles précédents par des tribus slaves venues du nord. Après la mort de Charlemagne (814) et le démembrement de son empire, celles-ci s'organisèrent en un royaume à la puissance grandissante, la Grande Moravie (846-856), qui incluait la Bohème et la Slovaquie. Après avoir accepté l'influence germanique, Ratislav s'efforça de s'émanciper de l'hégémonie franque, malgré les résistances armées de Louis le Germanique, et il se touma vers Byzance, en vue d'une alliance non militaire mais culturelle et religieuse.
5). Lettre de Michel III à Ratislav. Cet alphabet, dit glagolithique, subira par la suite des modifications en Bulgarie, pour des raisons pratiques, par le disciple de St. Cyrille, Constantin Evêque de Pliska, qui lui donnera le nom d'écriture cyrillique.
6). Dont probablement St. Clément (cf. 27 juil.).
7). Les seules Reliques de St. Cyrille, qui ont été sauvegardées, ont été offertes en 1976 par le Pape Paul VI, à la ville de Thessalonique et reposent dans la nouvelle église consacrée aux deux Saints.
8). Comprise entre l'ouest de la Hongrie actuelle, l'est de l'Autriche et le nord de la Yougoslavie.
9). Cette cité avait été entièrement détruite en 582 par les Avars.
10). Sur la suite de cette mission en Bulgarie des "Cinq d'Ochrid", cf. la notice de St. Clément (27 juil.).

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