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  LITURGIES
PREMIER,DEUXIEME ET TROISIEME DIMANCHE,10H 30(suivie d'agapes)

Mercredi 15 août 2007
publié dans : Liturgie
par Père Jean-Pierre
Dormition de la Mère de Dieu

Tropaire de la Dormition
Dans ton enfantement tu as gardé la virginité; dans ta dormition tu n’abandonnes pas le monde, ô Mère de Dieu! Tu vas vers la Vie, étant Mère de la Vie, et par tes prières tu libères nos âmes de la mort!

Kondakion de la Dormition, ton 2
La Mère de Dieu, qui jamais ne se lasse d’intercéder pour nous et dont la protection ne pouvait cesser d’être notre espérance, ne se laissa vaincre par la mort ni le tombeau, puisqu’elle la Mère de la Vie et qu’elle a rejoint la Source de la Vie, Celui qui demeura dans son sein virginal.

Épître : Philippiens 2, 5-11
Frères, ayez entre vous les mêmes sentiments que ceux qui furent dans le Christ Jésus : Lui, étant Dieu par nature, n’a pas revendiqué son égalité avec Dieu, mais Il s’en est Lui-même dépouillé, Il a pris ma nature d’esclave et Il est devenu semblable aux humains. Puis, revêtu de l’humanité, Il s’humilia Lui-même, et obéit jusqu’à la mort, celle de la Croix. Aussi Dieu l’a-t-Il exalté et lui a-t-Il conféré le Nom qui dépasse tout nom, afin qu’au Nom de Jésus fléchisse tout genou, dans le ciel, sur la terre et aux enfers, et que toute langue se mette à proclamer de Jésus Christ qu’Il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père!

Évangile : Saint Luc 10, 38-42 et 11, 27-28
En ce temps-là, comme ils faisaient route, Jésus entra dans un village et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur appelée Marie qui s’assit aux pieds du Seigneur, et écoutait sa parole. Marthe s’affairait à tout le service ; elle vint et dit : "Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse m’occuper seule du service ? Dis-lui donc de m’aider !" Le Seigneur lui répondit : "Marthe, Marthe ! Tu t’inquiètes et t’agites pour beaucoup de choses, mais il en faut peu : d’une seule, même, suffit. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas retirée". Alors qu’Il disait cela, une femme éleva la voix du milieu de la foule et dit à Jésus : "Heureuse, celle qui t’a porté et nourri !" Mais Il dit : "Heureux, assurément, ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent !"

Catéchèse : la foi orthodoxe en la Mère de Dieu, Toujours-Vierge et Toute-Sainte Marie - sa libre impeccabilité : élue par le Seigneur, elle s’est gardée du péché personnel. L’héritage du péché adamique a été purifié en elle par la venue sanctifiante de l’Esprit et l’habitation du Verbe, avec la synergie de sa volonté humaine. Aussi ne connut-elle pas les souffrances de l’accouchement. Elle souffrit de compassion pour son Fils et son Dieu. Elle consentit à la mort et fut exaltée ("dormition").
- sa virginité triple : avant la conception, pendant et après l’enfantement. Elle ne connut pas l’union sexuelle, et eut le Verbe comme fils unique. Les "frères" de Jésus sont ses cousins, ou des enfants de Joseph le veuf. Sur l’icône, sont les trois étoiles de la virginité glorieuse de la Toujours-Vierge.
- elle est la "Mère de Dieu", foi œcuménique (concile d’Ephèse 431) et incontournable. L’enfant conçu en elle de l’Esprit du Père est la personne divine du Verbe. En elle l’union de la divinité et de l’humanité est immédiate : elle conçoit humainement la divinité ; "théotokos" ("déipare") inclut non seulement la mise au monde, mais surtout la conception. La Vierge Marie est la Génitrice de Dieu.
- elle est la Toute-Sainte (Panaghia), première créature transfigurée et déifiée et, pour cette raison, au-dessus des chérubins et des séraphins. Elle demeure une créature, et ne prend jamais la place de Dieu.
archiprêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard
Vendredi 13 avril 2007
publié dans : Liturgie
par Père Jean-Pierre

"En toi se réjouit toute créature"

« En toi se réjouit toute créature »
Icône de Novgorod, fin XVe siècle

La beauté comme révélation de Dieu
et offrande de l’homme

La liturgie de l’Église orthodoxe est toute entière une icône de la liturgie céleste, une image du siècle à venir. Tout y est utilisé afin de révéler au coeur de l’homme la beauté du Royaume de Dieu. En grec comme en hébreu, le même mot signifie à la fois le beau et le bon. La vérité de Dieu est aussi beauté : une beauté qui appelle au coeur de l’homme. Pour comprendre cela, l’homme doit acquérir cet esprit d’enfance auquel nous invite le Christ, non pas dans la naïveté ou la mièvrerie, mais dans cette faculté irremplaçable d’émerveillement par laquelle Dieu se laisse découvrir au plus profond de nous-mêmes. Seuls les coeurs purs, simples et humbles devant Dieu peuvent saisir cette beauté dans laquelle Dieu nous montre sa Face, dans la splendeur rayonnante de son amour.

L’enseignement de l’hymnographie, la richesse des textes liturgiques, comme l’ensemble de ce que l’on peut appeler l’esthétique liturgique, ne s’adressent pas uniquement à la raison ; ils parlent aussi directement au coeur de l’homme.

Ainsi la liturgie est-elle faite pour englober l’homme, le nourrir, l’illuminer. Le fidèle qui participe à la prière de l’Église ne vient pas pour se concentrer intellectuellement sur un enseignement figé, mais pour s’imprégner de la beauté de la liturgie, se plonger dans son atmosphère, pour s’en nourrir l’âme, le coeur autant que l’esprit. Répétons-le, il faut être dans la liturgie comme un enfant qui goûte aux merveilles du monde, ce qui signifie une attitude paisible, détendue, autant que concentrée. C’est pourquoi les offices souvent fort longs ne sont pas vécus comme une contrainte, mais comme une vie dans la vie, où le temps est suspendu, dans un avant-goût du Royaume, tout en nécessitant une certaine ascèse, dans l’effort de se tenir debout et attentif. Dans la liturgie, la beauté n’est pas seulement une icône de la gloire de Dieu. Ou plutôt, elle ne l’est que parce qu’elle a été consacrée à Dieu. Par " consacrée ", il faut entendre littéralement " offerte à Dieu comme une offrande sacrificielle ".

Au sein de la liturgie, l’homme est appelé à apporter à Dieu tout ce qui fait sa vie, tout ce qui la rend précieuse, en définitive tout ce qui y constitue un don de Dieu et qui lui est rapporté en action de grâces. Or le sens du beau est certainement la marque la plus profonde de l’image divine en l’homme.

En développant la beauté liturgique dans tous ses aspects, l’homme offre à Dieu non seulement les talents que Dieu a mis en lui pour les réaliser, mais aussi cette faculté inestimable de pouvoir s’émerveiller devant la beauté façonnée par l’homme pour en faire une icône du Royaume.

L’église : Lieu sacré

L’édifice de l’église a une architecture répondant au besoins de la célébration selon le rite de l’Église orthodoxe. Ce qui différencie l’église de tout autre lieu, c’est l’autel. C’est sur l’autel que s’opère le mystère de l’Eucharistie, le sommet de toutes les célébrations de l’Église, où le pain et le vin deviennent le Corps et le Sang du Christ. Il est assimilé dans le sacrement au tombeau du Christ où eut lieu la Résurrection de son corps. L’espace entourant l’autel, le sanctuaire, est délimité par une cloison supportant des icônes, l’iconostase. Au centre de cette cloison s’ouvre une porte à double-battants donnant directement sur l’autel. De chaque côté de cette porte, on trouve généralement l’icône du Christ à droite, et celle de la Mère de Dieu à gauche. Seuls les célébrants franchissent cette porte. De même, seuls ceux qui sont appelés au service liturgique entrent dans le sanctuaire. Cette disposition de l’autel dans le sanctuaire et de l’iconostase caractérise toutes les églises orthodoxes, même lorsque le lieu de culte n’est qu’un local aménagé.

À gauche de l’autel, une table de petite taille sert à la préparation des saints dons : la prothèse. Avant le début de la célébration, le calice et la patène (disque sur lequel vient reposer le saint pain pendant la célébration) sont disposés sur la prothèse. Le célébrant remplit le calice de vin et d’eau et découpe dans un petit pain préparé spécialement le morceau qui deviendra le Corps du Christ et le dispose sur la patène. Au moment de l’offertoire, durant la célébration de l’eucharistie, le calice et la patène (disque) sont solennellement portés en procession à partir de la prothèse jusqu’à l’autel. Les célébrants sortent du sanctuaire par une porte latérale, viennent jusqu’au milieu de l’église puis entrent dans le sanctuaire pour les déposer sur l’autel. À droite du sanctuaire se trouve le diaconicon ou sacristie, où sont rangés les ornements et les objets liturgiques.

Hors du sanctuaire, les fidèles et le choeur ou les chantres se tiennent dans la nef. C’est dans la nef que la communion est donnée aux fidèles. C’est là aussi que se déroulent la plupart des sacrements, à l’exception du sacrement de l’ordination, qui a lieu à l’autel, et de l’onction des malades, qui peut se faire au domicile du souffrant ou à l’hôpital.

Le narthex est un vestibule entre la nef et l’extérieur où se tiennent les pénitents. Les moines, qui sont des pénitents avant toute chose, y disent les offices typiquement monastiques. Lors des offices liturgiques solennels, on y prononce une grande prière appelée Litie, destinée à l’intercession pour le monde, afin de le préserver des calamités et des catastrophes naturelles. À l’extérieur, on trouve enfin un péristyle, sorte de préau avec parfois une fontaine. Ces deux parties, le narthex et le péristyle, ne se trouvent que dans les églises bâties. Lorsqu’un simple local est aménagé en vue de la célébration, on se contente généralement du sanctuaire avec son iconostase et de la nef.

Dans une église construite, l’élévation en hauteur se fait toujours en harmonie avec le plan au sol, de manière à ce que les proportions soit agréables à l’homme, pour qu’il puisse s’y sentit chez lui, tout en lui inspirant un sentiment d’élévation de l’esprit. L’harmonie des proportions crée une impression de paix et de bien-être, quelle que soit la taille de l’édifice. Ainsi, l’église Sainte-Sophie de Constantinople, un des plus merveilleux exemples de l’architecture liturgique orthodoxe mais aussi une des plus grandes basiliques de la chrétienté, n’engendre aucune sensation d’écrasement, à l’inverse de bien des cathédrales de style gothique. La coupole hémisphérique de cette basilique enveloppe l’espace intérieur, en reproduisant l’harmonie du cosmos récapitulée dans l’église.

Cette coupole se retrouve dans la plupart des église orthodoxes, surmontant la nef. Une fresque représentant le Christ Pantocrator, c’est-à-dire " souverain de l’univers " y est peinte. La plupart des murs sont ainsi ornés de fresques peintes selon la même technique picturale que les icônes ; elles représentent les scènes de la vie du Christ et des figures de saints. Le fidèle se trouve ainsi " environné d’une nuée de témoins ". Cette omniprésence de la sainteté et du mystère de l’oeuvre du Christ a l’immense avantage de créer par sa profusion même un climat psychologique particulièrement propice à la prière et à la paix intérieure. En outre, les couleurs utilisées pour ces fresques mariées au jeu des lumières particulièrement étudié dans la construction de l’édifice, contribuent elles aussi à créer l’ambiance inexprimable de la liturgie orthodoxe.

L’icône : Fenêtre sur le Royaume

La vénération des icônes est bien connue du grand public à propos de l’Orthodoxie. Le mystère de l’icône est d’ordre sacramentel : le sacrement de la présence de celui qui est représenté. Une photo d’un être cher nous remémore sa présence. En faisant ainsi mémoire de lui, nous nous sentons proches de lui, au moins sur le plan affectif. L’icône développe cela à la mesure du mystère de l’Église et surtout, elle donne à cette commémoraison une dimension liturgique. Car l’icône n’a pas pour objet de flatter nos sens par sa beauté, mais elle nous permet de prier en présence de ce qui est représenté, soit face au mystère de l’économie divine lorsqu’elle représente une scène comme la Transfiguration ou la Résurrection du Christ, soit dans un face-à-face direct avec le Christ, la Mère de Dieu ou les saints.

Vénérée par les fidèles, encensée par les célébrants, portée en procession, l’icône est intégrée à la liturgie de l’Église. À chaque fête liturgique correspond une icône qui en est l’expression picturale, comme les chants liturgiques en sont l’expression verbale.

En se faisant chair, en habitant parmi les hommes, Dieu est " sorti " de sa transcendance pour s’abaisser (Saint Paul va jusqu’à parler d’" anéantissement " pour traduire cet abaissement – cf. Ph. 2,7) et se rendre ainsi visible et descriptible sous les traits d’un homme, dans la personne même du Fils de Dieu. Et cette face n’est pas anonyme, elle porte un nom, celui de Jésus, le Sauveur et le Seigneur du monde, vrai Dieu et vrai homme (Symbole de foi de Nicée-Constantinople). Avant le fait inouï de l’Incarnation, nulle représentation n’était possible parce que la révélation de Dieu ne s’était pas accomplie avec une telle clarté ni une telle plénitude : la face de Dieu ne s’était pas encore montrée.

Qui a vu le Fils a vu le Père (cf. Jn 14,9), mais aussi l’Esprit qui repose sur lui. En effet, aucune représentation du Père et de l’Esprit ne sont possibles. La seule icône de la Trinité qui soit acceptable pour l’Orthodoxie est une icône symbolique : celle des trois anges accueillis par Abraham sous le chêne de Mambré.

L’icône n’est donc pas le Christ lui-même, mais son image, image par laquelle il se rend mystérieusement présent. L’icône est un moyen, un support de la prière et un soutien de l’amour. La vénération qui lui est portée est une vénération relative, elle ne va pas à l’objet lui-même, mais à celui qui est représenté. Au lieu d’être une réalité matérielle close sur elle-même, comme le serait une idole, elle est une " fenêtre sur le Royaume ", un moyen d’accès à l’invisible.

C’est pourquoi elle répond à des canons et à une esthétique qui lui sont propres. À l’inverse d’un portrait ou d’une photo, l’icône décrit de manière dynamique un état qui n’est pas de ce monde : celui de la nature humaine transfigurée, telle qu’elle est apparue aux disciples lors de la Transfiguration du Christ au le Mont Thabor, mais aussi à tous ceux qui ont vu le Christ ressuscité. Dans les icônes, quelle que soit le moment de la vie de l’existence du Christ ou des saints représentés, la chair est déjà ressuscitée, illuminée de l’intérieur par une lumière qui n’est pas de ce monde. C’est pourquoi les formes, la perspective, les couleurs, le sens de la lumière et l’absence d’ombres dans l’icône lui donnent cet aspect à nul autre pareil, totalement étranger à un art figuratif qui ne cherche qu’à imiter la réalité visible. Ces formes esthétiques sont un parti pris conscient et avoué de la part des iconographes, selon une science picturale très aboutie.

Le chant : Louange de Dieu

Le chant liturgique est complémentaire de l’icône et il tient une très grande place dans la liturgie. L’homme est particulièrement sensible à ce qu’il entend, et la musique exerce sur lui une influence très grande, tant sur son esprit que sur son corps. L’Église, reprenant les usages de l’Ancien Testament (les Psaumes, par exemple, sont avant tout des prières chantées), a toujours utilisé le chant dans ses célébrations. Elle a ainsi créé un univers sonore apte à élever l’esprit de l’homme en le pacifiant, pour l’ouvrir à la contemplation des mystères célébrés.

Le chant liturgique répond à des exigences précises, en tous points comparables à celles qui gouvernent l’iconographie. Il ne vise pas à exprimer des sentiments ou des émotions humaines ; comme l’icône, il a pour but d’ouvrir l’esprit de l’homme à la présence de Dieu, en lui faisant oublier les soucis de ce monde pour s’élever vers son Créateur. L’usage des instruments de musique est proscrite dans l’Église orthodoxe. Seule la voix humaine est apte à louer Dieu. D’autant que les textes des chants priment sur la mélodie, celle-ci n’en est que le support, même si à certains moments de la célébration le chant finit par n’être plus qu’une mélodie pure.

Le chant crée une harmonie de sons s’unissant à l’harmonie des couleurs et des formes au sein de l’édifice liturgique. Mais l’aspect rythmique en est tout aussi important. Le rythme du chant doit se greffer sur celui de la célébration et sur les gestes des célébrants, en soulignant les moments importants ou en créant des temps de transition nécessaires au déroulement de la liturgie. Cet aspect rythmique est très important car il contribue à créer l’atmosphère particulière de la liturgie. Sensible aux sons et aux couleurs, l’homme l’est également aux rythmes. Le rythme liturgique tend avant tout à pacifier les fidèles, en les appelant à rentrer en eux-mêmes pour participer le plus profondément possible à la prière commune.

Ce sens du rythme et de la mélodie se retrouve jusque dans la lecture des textes bibliques, comme les psaumes, l’Épître et l’Évangile. Ces lectures ne sont jamais une déclamation comme le ferait un acteur de théâtre ; il sont lus selon un mode propre, sans jamais laisser place à la moindre émotion. Le lecteur, comme le chantre, le célébrant ou le peintre d’icône, ne cherche pas à exprimer ses propres sentiments. Tout au contraire, il masque sa personnalité pour faire place à l’inspiration de l’Esprit, afin de laisser libre cours à la parole de Dieu elle-même. Celle-ci doit seule entrer dans le coeur des fidèles sans qu’interfère la personnalité du lecteur, de la même manière que celle de l’iconographe doit s’effacer le plus possible lorsqu’il peint.

Jeudi 12 avril 2007
publié dans : Liturgie
par Père Jean-Pierre

Dynamis/Jeudi Radieux : Jonas, ou le prophète rechignant

 

 
classique Icone russe orthodoxe de la Ressurection du ChristIcône de la Résurrection

note du traducteur : il me semble utile de rappeler le fait que ce récit de Jonas "le prophète" est un conte théologique à thème, un récit à "clés", reprennant tous les "classiques" de l'imagerie du judaïsme pour donner un message profond sans avoir l'air de moraliser; les données qui suivent sont donc une attribution théorique, symbolique, et non pas historique. D'ailleurs la remarque suivante de l'auteur ci-dessous, "d
ès lors, le récit dans le Livre de Jonas est une surprise", montre bien qu'il n'est pas dupe.


Jeudi Radieux, 12 avril 2007 – Le Christ est Ressuscité!

Basile le Confesseur, évêque de Parium
4ème Vigile de Pâques :
Jonas 1,1-17
La parole du Seigneur fut adressée à Jonas fils d'Amittaï, en ces termes: "Allons! Rends-toi à Ninive, la grande ville. Élève la voix contre elle, car son iniquité est parvenue jusqu'à moi." Jonas se mit en route, mais pour s'enfuir à Tarsis loin de la face du Seigneur. Il descendit jusqu'à Joppé, où il trouva un navire en partance pour Tarsis. Il paya son passage et s'embarqua pour aller avec eux à Tarsis, loin de la face du Seigneur. Mais le Seigneur déchaîna sur la mer un ouragan et souleva une tempête si terrible que l'embarcation menaçait de se briser. Épouvantés, les marins se mirent à invoquer chacun son dieu; puis ils jetèrent le fret par-dessus bord pour alléger le navire. Jonas, lui, était descendu à fond de cale, s'y était couché et dormait profondément. Vint le capitaine, qui l'apostropha: "Dormeur! que fais-tu là? Debout! invoque ton Dieu. Peut-être pensera-t-il à nous et nous épargnera-t-il la mort." Puis les marins se dirent entre eux: "Venez; tirons au sort pour savoir qui est cause de cette détresse." Ils tirèrent au sort, et le sort tomba sur Jonas. Ils lui dirent alors: "Dis-nous, toi qui nous amènes ce malheur, quelle est ta profession? D'où viens-tu? Quel est ton pays, de quelle race es-tu?" - "Je suis Hébreu, répondit-il. J'adore le Seigneur, le Dieu des cieux, qui a créé la mer et les continents." Ces hommes furent saisis d'une grande crainte. "Pourquoi as-tu fait cela?" lui dirent-ils, car ils venaient de comprendre, aux aveux de Jonas, qu'il s'enfuyait loin de la face du Seigneur. Ils lui dirent: "Que faut-il faire de toi pour que la mer s'apaise autour de nous?" Les vagues, en effet, devenaient de plus en plus menaçantes. "Prenez-moi, répondit-il, et jetez-moi à l'eau; alors la mer se calmera. C'est moi, je le reconnais, qui suis la cause de cette terrible tempête qui vous assaille." Ces hommes s'étaient mis à ramer pour gagner la côte, mais en vain, car la mer se soulevait de plus en plus contre eux. Alors ils invoquèrent le Seigneur: "Seigneur, dirent-ils, ne nous fais pas périr à cause de la vie de cet homme, ne nous rends pas responsables de la vie de cet homme qui ne nous a rien fait de mal. C'est toi, Seigneur, qui auras fait ce que tu as voulu." Sur ce, prenant Jonas, ils le débarquèrent dans les ondes, dont la fureur (aussitôt) s'apaisa. Saisi d'un profond sentiment de crainte vis-à-vis du Seigneur, l'équipage lui offrit un sacrifice accompagné de voeux.

Actes d'Apôtres 2,38-43
Évangile : saint Jean 3,1-15

http://ocafs.oca.org/Icons/september/0922.jonah.jpg

Prophète rechignant 1 : Jonas 1,1-16 LXX, en particulier le verset 3: "Jonas se mit en route, mais pour s'enfuir à Tarsis loin de la face du Seigneur. Il descendit jusqu'à Joppé, où il trouva un navire en partance pour Tarsis. Il paya son passage et s'embarqua pour aller avec eux à Tarsis, loin de la face du Seigneur."
Dieu appela le prophète Jonas à parler pour Lui au cours du règne de Jeroboam II, un des plus puissants rois du royaume séparé, au nord, celui d'Israël (793-753 avant Jésus-Christ). L'Écriture rapporte (2 Rois 14,28) qu'en faisant la guerre, Jeroboam reprit Damas et Hamath à Judah pour Israël, un grand territoire en Syrie, faisant anciennement partie du royaume du monarque et prophète David. Cependant, cette restauration par Jeroboam n'était pas un hasard, mais "conforme" à la parole du Seigneur Dieu d'Israël, qu'Il avait adressée par le ministère de Son serviteur Jonas fils d'Amittai, le prophète de Gath-hepher (2 rois 14,25). [c'est l'unique et courte mention d'un prophète de ce nom dans la Bible, et le peu qu'il cite en montre l'incompatibilité avec le récit du livre prophétique; ndt].

Dès lors, le récit dans le Livre de Jonas est une surprise, car il le décrit comme un prophète rechignant. Dieu le dirige, lui ordonnant de se lever et d'aller à Ninive, la grande ville, et d'y prêcher (Jon. 1,2), mais c'est une mission qu'il déteste. Il ne voulait pas voir les Ninivites [ennemis "raciaux" des Israëlites, d'où le conte en question; ndt] se repentir et ainsi échapper au Jugement divin assuré qu'il estimait qu'ils méritaient à cause de leur méchanceté (v. 2). Il échafauda un plan pour échapper "loin de la présence du Seigneur" (v. 3) et d'aller aussi loin que Tarsis, en Espagne (on voit bien le conte théologique, tous les prophètes sachant que Dieu les voit n'importe où!! ndt)

Comme tant le font de nos jours, le prophète Jonas, rechignant, chercha désespérément un moyen pour échapper à Dieu. Oh, qu'elles sont nombreuses les astuces dont nous faisons usage pour tenter d'échapper à l'impact de Dieu sur nos vies! Elles sont nombreuses et variées : les plaisirs de la vie; les idéologies, grandes et pleines de raison; les religions inverties, avec des dieux inventés qui nous assurent d'une vie sans soucis; accumuler les richesses; parvenir au pouvoir; assouvir toute passion. Et cependant, la main de Dieu se pose sur nous, de sorte que le sage reconnaît avec le prophète David : "Où irais-je loin de Ton Esprit? Et où me cacherais-je loin de Ta présence? Si je vais au Ciel, Tu y es; si je vais dans l'Hadès, Tu y es aussi présent" (Ps. 138,6-7 LXX).

Ce pauvre Jonas aurait mieux fait de prêter attention à l'humble aveu du roi David : "Que j'emprunte les ailes de l'aurore, que j'aille habiter de l'autre côté de l'océan, c'est encore Ta main qui me conduit, Ta droite qui me guide" (Ps. 138,8-9 LXX). De même qu'Adam, il semble que chacun d'entre nous, à un moment ou l'autre, cherche à se cacher de Dieu; mais ça ne marche pas, car "rien de ma substance n'était caché pour Toi, lorsque j'étais formé dans le secret" (Ps. 138,14 LXX).

Assurément, le livre prophétique de Jonas est plus un témoignage de la persistance de la volonté de Dieu qu'un récit d'un homme cherchant à échapper au Seigneur et à Sa volonté. Confrontés aux vagues menaçantes et à la détresse des marins innocents qu'il avait pris dans la toile de sa fantaisie personnelle pour échapper à Dieu, Jonas admit librement qu'il était la cause de leur problème. C'est ainsi qu'ils apprirent qu'il fuyait loin de la face du Seigneur, car il le leur avoua (Jon. 1,10).

Notez bien que les marins étaient bien plus préparés à admettre la miséricorde et le pardon de Dieu que ne l'était Jonas! Il avait fuit loin de Dieu en premier lieu parce qu'il ne voulait pas voir la miséricorde et le pardon de Dieu étendu aux Ninivites, comme conséquence de sa prédication. Et de l'autre côté, les braves marins tentèrent de sauver Jonas, en retournant à la terre ferme, mais ils n'y parvinrent pas, car la mer devint démontée et la tempête souffla contre eux (v. 13).

Enfin, observez un peu cet homme qui tente de s'extraire de la toile qu'il a lui-même tissée dans son effort pour fuir Dieu. Bien que Jonas était la cause du problème, cependant, comme prophète, il connaissait la solution : mourir à soi-même. Il dit donc avec franchise aux marins : jetez-moi par dessus bord, et la mer se calmera pour vous, car je sais que c'est pour mon bien que cette grande tempête nous frappe (v. 12). Suivant son conseil, ils le jetèrent à la mer, mais en même temps, ils se tournèrent vers Dieu et se confièrent à Lui : "Seigneur, dirent-ils, ne nous fais pas périr à cause de la vie de cet homme, ne nous rends pas responsables de la vie de cet homme qui ne nous a rien fait de mal" (v. 14).

A tout moment de la journée, daigne me révéler Ta sainte Volonté. Enseigne-moi à considérer tout ce qui m'advient durant la journée avec la ferme conviction que Ta volonté gouverne tout.


Mercredi 11 avril 2007
publié dans : Liturgie
par Père Jean-Pierre

Dynamis/Mercredi Radieux: la Pâque du Seigneur (Exode 12)

 

 
icone orthodoxe russe contemporaine de la Resurrection du Christ"Une Pâque sacrée nous est révélée en ce jour.
Pâque nouvelle et sainte, Pâque mystique, Pâque toute vénérable,
Pâque : le Christ libérateur, Pâque irréprochable, Pâque immense, Pâque des croyants,
Pâque qui nous ouvre les portes du paradis,
Pâque qui sanctifie tous les fidèles."
(Stichères de Pâques)

"Pâque, ta sainteté se révèle en ce jour à nos yeux: / Pâque nouvelle et sacrée, / Pâque mystique du Seigneur, / Pâque vénérable, / Pâque du Christ libérateur, / Pâque tout-immaculée, / Pâque à nulle autre pareille, / Pâque des fidèles, / Pâque nous ouvrant les portes du Paradis, / Pâque dont tout fidèle reçoit la sainteté."
autre version des Stichères de Pâques, ton 5


Passage de la Mer Rouge et Moïse sauvé des eaux du Nil
Synagogue de Dura Europos, Syrie, vers 250 après Jésus-Christ
source

Mercredi Radieux, 11 avril 2007 – Christ est Ressuscité!
http://groups.yahoo.com/group/orthodoxdynamis/message/2732
Calinicos, évêque de Rimnicu
3ème Vigile de Pâques:
Exode 12,1-11
"Le Seigneur dit à Moïse et à Aaron en Égypte: Ce mois-ci viendra pour vous en tête des autres: Vous le tiendrez pour le premier mois de l'année. Dites à toute l'assemblée d'Israël: Le 10ème jour de ce mois, qu'on se procure un agneau par famille, un agneau par maison. Si la famille est trop peu nombreuse pour un agneau, on invitera son voisin le plus proche, afin d'être assez nombreux, en tenant compte des appétits. Ce sera une bête sans défaut, un mâle né dans l'année; pour un chevreau vous suivrez la même règle. Vous le garderez jusqu'au quatorzième jour de ce mois; alors toute l'assemblée d'Israël l'immolera au crépuscule. On prendra de son sang, et on en mettra sur les deux montants et sur le linteau de la porte des maisons où on le mangera. Cette nuit-là, on en mangera la chair rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous n'en mangerez rien qui soit cru ou bouilli, mais bien rôti, avec la tête, les pattes et les entrailles. Vous n'en laisserez rien pour le lendemain; et s'il en reste, vous le brûlerez. Voici comment vous le mangerez: les reins ceints, les sandales aux pieds et le bâton à la main. Vous le mangerez à la hâte: c'est la Pâque du Seigneur."

Actes d'Apôtres 2,22-36
Évangile : saint Jean 1,36-51

Pâque : Exode 12,1-11, en particulier le verset 11: "c'est la Pâque du Seigneur."
Dans l'original [conservé en grec, dans la LXX], ce verset est une brève phrase de 3 mots, formée du verbe – "esti", (c')"est" - placé entre "pascha" / (la) "Pâque" et "Kyrio" / (du) Seigneur. Translitéré, cela donne : pascha esti kyrio. Dès lors, bien que "pascha" puisse être traduit par Passage, ce mot est facilement reconnaissable par les Chrétiens Orthodoxes francophones comme signifiant Pâque. "Une Pâque sacrée nous est révélée en ce jour. Pâque nouvelle et sainte, Pâque mystique, Pâque toute vénérable. Pâque : le Christ libérateur."

La péricope du livre de l'Exode pour ce jour rapporte les événements de la source première de ce qui est devenu notre "nouvelle et sainte Pâque" – notre Pâques Chrétienne. Exode 12,1-11 raconte une nuit longtemps avant la naissance du Christ, à l'époque du grand prophète et visionnaire, Moïse, durant laquelle le "destructeur" de Dieu parcouru l'Égypte, livrant à la mort les premiers-nés des Égyptiens mais épargnant les maisons du peuple d'Israël (Ex. 12,23). Suivant la directive du Seigneur, les Israélites avaient pris le sang d'un agneau, et en avaient badigeonné les deux montants et le linteau de la porte des maisons où on le mangea (v. 7). C'est par ce signe que leurs maisons furent marquées et leurs premiers-nés protégés et délivrés par le Seigneur Dieu Lui-même – au contraire des Égyptiens.

Comment alors, partant de cet ancien commencement israélite, en sommes-nous arrivés à parler de notre grande célébration Chrétienne de la Fête de la Résurrection du Seigneur Jésus comme d'une Pâque? La relation évidente se trouve dans l'emprunt du mot hébreux "pesach" pour former le grec "pascha". On peut voir cela dans la version de la Septante du texte de Moïse citée ci-dessus et, cette adoption prépara le chemin pour prolonger l'emprunt vers nos langues modernes, tel que l'anglais et le français. Mais il y a des relations bien plus profondes qu'un simple emprunt linguistique, entre la Pesach juive et la Pâques Chrétienne. La Pâques des Chrétiens, assurément, plonge ses racines dans les événements de la nuit en laquelle le Seigneur Jésus mangea l'ancienne Pâque juive avec Ses disciples, et identifia clairement l'émergence d'une Nouvelle Alliance en Son Sang (Mc. 14,16,24).

Pour cette raison, l'Épître aux Hébreux décrit le Seigneur Jésus comme étant "le médiateur de la Nouvelle Alliance, et du sang de l'aspersion, qui parle avec plus d'éloquence que le sang d'Abel" (Héb. 12,24). Tous les Apôtres qui ont touché et rencontré le Seigneur après Sa Résurrection, ayant été témoins et de Sa Crucifixion et de Son triomphe sur la mort, ont perçu le Sang que le Seigneur avait versé comme étant l'accomplissement de la promesse prophétique de Jérémie : "Voici que viennent des jours - oracle du Seigneur - où Je ferai avec les maisons d'Israël et de Juda une Alliance Nouvelle. Elle sera différente de celle que J'ai conclue avec leurs pères, au jour où Je les ai pris par la main pour les faire sortir d'Égypte, pacte qu'ils ont violé quoique Je fusse leur époux" (Jér. 31,31-32; Héb. 8,8-9).

"Le Christ, notre Pâque, a été immolé. Célébrons donc la fête" (1 Co 5,7-8). La Pâque de l'ancien Israël a mené à la Pâques que nous avons reçue du Christ notre Seigneur! De même qu'avec la Pâque, notre Pâques est le commencement de chaque année Chrétienne, lorsque le cycle des lectures de la Sainte Écriture recommence (cfr. Ex. 12,2). Le Précurseur identifia le Seigneur Jésus comme étant l'Agneau de Dieu Qui enlève les péchés du monde (Jn 1,29), Qui était "sans tâche" comme sacrifice Pascal (cfr. Ex. 12,5). De plus, "aucun de Ses os n'a été brisés" (Jn 19,36; Ex. 12,10).

Moïse donna instruction aux enfants d'Israël de manger la Pâque en état de préparation pour leur départ d'Égypte (Ex. 12,11). De la même manière, nous qui célébrons le Christ, la Pâques vivante et ressuscitée, nous avons besoin d'être prêts en suivant ce que nous dit le saint Apôtre Paul: "cherchez les biens d'en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu; attachez-vous aux biens d'en haut, non à ceux de la terre" (Col. 3,1-2).

Nous Te louons pour Ta glorieuse Résurrection, car Tu es le véritable Agneau Pascal offert pour nous, et par Ta mort, Tu as détruit la mort et nous a restaurés à la vie éternelle.

Dimanche 8 avril 2007
publié dans : Liturgie
par Père Jean-Pierre

Dimanche 15 avril 2007 : 2ème dimanche après Pâques

Dimanche de Thomas

Matines : 1er Evangile

Epître : Ac 5, 12-20 ; Evangile Jn 20, 19-31

Thomas Didyme, le seul qui ait osé, en sa foi incrédule * pour notre bien, en son incrédulité qui portait la foi * enlève des confins du monde l'ignorance ténébreuse * et il tresse sa propre couronne, en disant * Tu es le Seigneur Dieu des Pères exalté au-dessus de tout * Notre Dieu, Tu es béni.
Thomas dans la crainte touchant de sa main ton côté qui porte la vie * Christ, sentit en tremblant la double énergie de tes deux natures * unies en Toi, Sauveur, sans se confondre. Et il dit dans la foi * Tu es le Seigneur Dieu des Pères exalté au-dessus de tout * Notre Dieu, Tu es béni.
Thomas Didyme mit sa main dans le côté qu'on ne peut tenir * mais quand il le toucha, ne fut pas brûlé * Il sentit les blessures et sa foi fut confirmée * Il dit à Celui qui fut percé pour nous * Quand bien Tu as souffert, Tu es mon Seigneur et mon Dieu.
Textes liturgiques orthodoxes

Texte à méditer

L'épisode de Thomas nous suggère aussi cette pensée. Pouvons-nous, aujourd'hui, toucher de nos mains la chair meurtrie du Sauveur ? Nous, à qui les extases et les visions ne sont pas accordées, pouvons-nous nous assurer que nous n'adorons pas un fantôme, mais un vivant ? Oui, et cette possibilité est donnée à tout homme. Jésus vit d'une manière invisible et réelle dans les créatures de chair qui nous entourent. Les plaies du crucifiement, nous pouvons les constater, les adorer aujourd'hui dans les malades, les pauvres, dans tous les hommes et les femmes qui souffrent, tous ceux en qui se prolonge l'agonie de Jésus, membres du Corps mystique qui participent à la Passion de leur Tête divine. Jésus nous dit: « Si tu doutes que j'aie été crucifié pour toi et que je sois ressuscité, penche-toi vers mes membres souffrants. Touche-moi en étendant vers eux une main secourable. En te donnant à eux, tu me trouveras. Fais pour eux quelque chose qui te coûte. Immole-toi pour eux selon qu'il te sera possible. Et voici que tu me découvriras en eux. Je te répondrai par une grâce Spéciale. Tu me sentiras vivant et présent. Tu éprouveras la réalité, la force de ma Résurrection». Il ne nous est pas donné de voir d'une manière constante la Sainte Face, mais, comme une vision évanescente, le visage du Christ m'apparaîtra derrière le visage de mon frère et, à travers la compassion, je rejoindrai la Passion. Je toucherai mon frère souffrant, et je dirai : «Mon Seigneur et mon Dieu !»

Un moine de l'Eglise d'orient
L'an de grâce du Seigneur

Kondakion, t. 8

De sa main fureteuse l'Apôtre Thomas * explora ton côté vivifiant, Christ notre Dieu, * et toutes portes étant fermées lorsque tu vins au milieu des Disciples, il te cria : * Tu es en vérité mon Seigneur et mon Dieu.

 

Ikos

La main du Disciple, comment n'a-t-elle pas fondu, * lorsqu'elle approcha le côté brûlant du Seigneur ? * Qui lui a donné l'audace d'y toucher? * Assurément, celui qui fut touché ! * S'il n'avait donné la force à cette pauvre main, * comment aurait-elle pu toucher les plaies qui firent trembler le ciel et la terre ? * Et Thomas reçut la grâce de toucher le Christ et de lui crier : * Tu es en vérité mon Seigneur et mon Dieu.

L'INCREDULITE DE THOMAS
(Jean 20,19-31)

Le dimanche qui suit le dimanche de Pâques, l'Eglise orthodoxe médite l'incrédulité de l'apôtre Thomas. Cette incrédulité est à rapprocher du triple reniement de Pierre après l'arrestation de Jésus. Thomas ne fut pas moins croyant que les autres disciples. Car le Vendredi Saint au soir, tous perdirent la foi. Ils eurent alors l'impression irrésistible de s'être laissé emporter par un rêve. Au choc brutal de la terrible réalité, ils se sentirent retomber sur terre d'un seul coup, avec le sentiment d'avoir vécu en songe une incroyable aventure, de s'être laissé entraîner hors du réel.
C'étaient pourtant des gens de bon sens. Un Messie qui meurt, rejeté par les officiels du Judaïsme, crucifié aux portes de la ville comme un vulgaire séditieux de bas étage, comment pourrait-il être le Messie d'Israël ? A l'instar du reniement de Pierre, l'incrédulité de Thomas n'est pas qu'une faiblesse, c'est l'effet bien compréhensible d'un doute profondément humain. Ni Pierre le Jeudi Saint, ni Thomas absent le dimanche de Pâques ne pouvaient admettre de compromettre leur vie pour une illusion, certes, les disciples n'oubliaient pas l'attrait qu'ils avaient éprouvé auprès de ce Maître incomparable, de ce merveilleux ami, de ce Rabbi prestigieux, de cet extraordinaire thaumaturge, et son souvenir était encore tout brûlant dans leur cour. Mais une chose était désormais bien certaine : Jésus n'était pas, ne pouvait pas être le Messie d'Israël puisqu'il était mort. Ce qu'ils avaient éprouvé auprès de Jésus durant trois ans, c'était la Présence, confuse mais tellement saisissante, du Tout-Autre lui-même. Et voilà qu'en quelques heures, il ne leur restait plus que l'absence la plus définitive, pensaient-ils, et la plus atroce après cette exécution sommaire et ignominieuse. Leur cour avait été trop profondément saisi par la présence de Jésus, pour ne pas être maintenant submergé par la douleur de son absence désormais aussi totale qu'imprévue. L'incrédulité de Thomas ne le distingue en rien des autres disciples. Simplement, le fait anecdotique de n'avoir pas été avec les autres le jour de Pâques, prolongea chez lui de quelques jours l'état d'amère désillusion, de déchirement profond et d'abattement désabusé que les dix autres apôtres (et les saintes femmes, Nicodème et Joseph d'Arimathie) vécurent très certainement jusqu'au matin de Pâques. Et alors, la première réaction des disciples fut d'accueillir le témoignage des myrophores comme «des radotages» et de «ne les croire point» (Lc 24,1 1 et Mc 16,1 1).
Allons plus loin: même après avoir mis les doigts dans les plaies du Ressuscité, même après l'avoir reconnu comme «(son) Seigneur et (son) Dieu» (Jn 20,28), Thomas, ni plus ni moins que les autres apôtres ne comprend la logique qui va de cette mort absurde, puisqu'elle nie la messianité de Jésus, à cette résurrection qui la démontre : peut-être bien qu'il était le Messie puisque le voilà ressuscité, mais alors pourquoi est-il mort ?
La raison de la passion et de la mort de Jésus ne fut pas seulement de détruire l'illusion messianique trop humaine et sans cesse renaissante, mais de révéler aux hommes qu'il ne pouvait leur montrer pleinement et authentiquement sa divinité que par sa résurrection. La foi chrétienne étant la foi que Jésus est le Fils Unique-Engendré de Dieu, seul Dieu lui-même peut en témoigner. Or, il nous l'a dit par la bouche de son Fils Jésus qui l'a prétendu. Et il n'avait pas de moyen plus sûr et plus humain de l'attester qu'en le faisant mourir pour le ressusciter. Jésus de Nazareth est mort avant tout afin que l'on soit bien convaincu qu'il est le Fils Unique de Dieu, grâce à l'événement de sa résurrection.
Mais, pour comprendre cela, tous les disciples sans exception (et pas seulement l'incrédule Thomas) avaient besoin que vînt le Saint-Esprit. Avant la Pentecôte, ils ne pouvaient comprendre, n'ayant par encore la Source de la compréhension. Cette Source, ce sera le Saint-Esprit. La fête de Pâques ne se comprend pleinement et ne s'achève qu'avec la fête de la Pentecôte.

Père André Borrély

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