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HOMELIE
La lecture liturgique et ecclésiale, le troisième dimanche après Pâques, du passage du quatrième évangile nous
relatant la guérison par Jésus du paralytique de Béthesda, se justifie doublement. Père André Borrély |
PATRIARCAT ORTHODOXE DE ROUMANIE
METROPOLE D'EUROPE OCCIDENTALE ET MERIDIONNALE
PAROISSE FRANCOPHONE
SAINT JEAN CASSIEN ET SAINTE GENEVIEVE
PERE YVES DULAC,RECTEUR, 2 RUE BONHEUR,MAGNY LES HAMEAUX,PORT:0684209557
PERE JEAN PIERRE BIGNON ,PORT:0616358959
LIEU DE CULTE:CHAPELLE VIEILLE-CATHOLIQUE,15 RUE DE DOUAI,75009 PARIS
SIEGE DE L'ASSOCIATION CULTUELLE:6 RUE DE LA BELLEFEUILLE,92100,BOULOGNE
LITURGIES
PREMIER,DEUXIEME ET TROISIEME DIMANCHE,10H 30(suivie d'agapes)
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HOMELIE
La lecture liturgique et ecclésiale, le troisième dimanche après Pâques, du passage du quatrième évangile nous
relatant la guérison par Jésus du paralytique de Béthesda, se justifie doublement. Père André Borrély |
Quatrième dimanche après Pâques
Livre des Actes IX, 32-42
Évangile selon saint Jean V, 1-15
Le Christ est ressuscité !
Voici un Évangile dramatique. À la suite d'un miracle accompli par Jésus, s'élève entre Lui et Ses interlocuteurs un mur d'incompréhension et de haine.
Même le miraculé guéri ne paraît manifester de reconnaissance et semble rejoindre le camp des opposants. Saint Jean conclut : « On cherchait à faire mourir Jésus parce qu'Il faisait ces choses le jour du sabbat. »
Pour nous, Chrétiens du vingtième siècle, cela paraît incompréhensible. Jésus a guéri le paralytique en disant : « Lève-toi, prends ton lit et marche. » La Parole de Jésus a sauvé l'homme de trente-huit ans d'infirmité. D'une parole, Jésus a rendu au paralysé « l'être, la vie et le mouvement. »
Les ennemis de Jésus ne voient pas la guérison miraculeuse. Ils oublient qu'Il a guéri l'infirme en disant « lève-toi, » mais Lui reprochent d'avoir ajouté « prends ton lit et marche. »
C'est que cette parole contrevenait aux préceptes du sabbat. Dans le livre de la Genèse, aucun précepte n'entoure le sabbat. Il est seulement dit qu'au septième jour, Dieu se reposa de Ses œuvres, ayant vu que la Création était belle et bonne. C'est la Loi de Moïse qui a voulu que l'homme s'associe au repos de Dieu, pour la louange de l'acte créateur et l'adoration du Seigneur. Le sabbat devait être consacré entièrement à la contemplation de l'œuvre de Dieu et à la bénédiction du Très-Haut.
Aussi le moindre acte créatif pendant le sabbat était ( et reste ) interdit aux hommes, et avant tout celui de porter quelque fardeau que ce soit. Le livre de Jérémie le commente sévèrement, en y introduisant une perspective messianique : « Gardez-vous bien - il y va de votre vie - de transporter un fardeau le jour du sabbat... Si vous n'introduisez pas de fardeau par les portes de Jérusalem le jour du sabbat... Alors les rois qui occupent le trône de David entreront... Et cette cité sera habitée à jamais... Mais si vous n'obéissez pas en sanctifiant le jour du sabbat, en vous abstenant de porter des fardeaux ce jour-là, Je mettrai le feu à vos portes et il dévorera les palais de Jérusalem et ne s'éteindra jamais... » (Jérémie XVII, 19-27).
Il est évident que Jésus savait tout cela parfaitement.
Dès lors sauver miraculeusement un paralysé et surtout contrevenir au sabbat étaient deux actes délibérés par lesquels Jésus manifestait Sa totale indépendance vis-à-vis des traditions, des prescriptions orales ou écrites et leur opposait Sa transcendance et Ses pouvoirs divins. Jésus ose proclamer « Mon Père agit jusqu'à présent, moi aussi J'agis. » C'est que depuis Adam, le tohu-bohu originel continue de troubler le monde et Dieu travaille à reprendre son œuvre. Pour cela Il a envoyé le Verbe, Sa Parole, Son Fils bien-aimé parachever cette œuvre, c'est-à-dire la parfaire jusqu'à la fin, par ce qui sera le Saint et grand Sabbat, du jour de la Crucifixion à celui de la Résurrection. Aussi, dit saint Jean, on cherchait encore plus à faire mourir Jésus, « non seulement parce qu'Il violait le sabbat, mais parce qu'Il appelait Dieu son Père, se faisant lui-même égal à Dieu. »
Ainsi l'homme privilégie la lettre contre l'esprit, la règle contre la grâce, le précepte contre l'amour. Il est tellement tentant et facile d'imposer des règles. Jésus en préviendra Ses disciples : « Viendra l'heure où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. Et ils agiront ainsi parce qu'ils n'ont connu ni le Père ni moi. »
Les adversaires de Jésus étaient enfermés dans leurs certitudes. Ils sont fils d'Abraham, héritiers de la Promesse, dépositaires de la Loi. Leur élection les garantit contre l'erreur. Peu importe qu'ils ne reconnaissent pas les miracles de Jésus. Peu importe qu'ils n'écoutent pas Sa parole. Ils sont justifiés par leur statut de fils de Dieu et du peuple messianique. C'est pourquoi ils sont sourds et aveugles. Ils ne peuvent comprendre le sens ni de Ses actes, ni de Sa Parole. Ils ne voient ni n'entendent que ce qui les confirme dans leurs propres convictions.
Entre Jésus et Ses adversaires, il n'y aura pas de compromis possible. Et la Croix se dressera au Golgotha. Mais en ce jour-là la Rédemption sera acquise pour tous les hommes. Le relèvement du paralytique un jour de sabbat deviendra l'annonce et la figure de la restauration de notre nature et de toute la création.
Ce sera le jour du Grand Sabbat du Samedi saint. Avant de mourir, Jésus dira : « Ils m'ont haï sans raison » ; puis sur la Croix : « Ils ne savent pas ce qu'ils font. » Ayant accompli notre salut commun, il Lui reviendra de chercher aux enfers nos ancêtres depuis Adam, pour leur apporter la lumière de la Résurrection et Sa parole de Vérité.
Le prophète Syméon l'avait annoncé. Toute la vie terrestre de Jésus se sera déroulée sous le signe de la contradiction. Il aura été pour ses contemporains une pierre de scandale. Reste à savoir s'Il ne l'est pas toujours pour nous. Combien serions-nous plus à l'aise d'accomplir quelque précepte plutôt que de suivre la loi d'amour du Seigneur. « Toute la Loi est accomplie dans une seule parole, dit saint Paul, tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Et il ajoute : « Aurais-je la connaissance des langues des anges et des hommes, le don de prophétie, la science de tous les mystères et même une foi à transporter les montagnes, donnerais-je tous mes biens aux pauvres, livrerais-je même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert de rien. »
Les contemporains de Jésus avaient leur logique et pensaient rendre un culte à Dieu. Mais nous, nous n'avons aucune excuse. Il nous faut cesser de rester prisonniers de nous-mêmes, de notre propre justice qui est trop souvent une insulte à notre foi, une insulte à l'amour du Christ pour tous les hommes. Il nous faut avec le Christ travailler au combat de l'amour et de la grâce contre les pierres taillées de notre foi, de nos Églises même, et contre l'insensibilité de nos cœurs. Il y va du salut du monde et de la venue du Royaume.
Troisième dimanche après Pâques
Actes 6, 1-7
Évangile selon saint Marc XV, 43 -16,8
Le Christ est ressuscité,
En vérité Il est ressuscité !
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
C'est aujourd'hui le seul jour de l'année où l'Église propose la lecture conjointe de l'ensevelissement du Christ et de sa Résurrection. C'est le ministère des femmes qui unit ces deux moments, ces deux étapes du mystère du Christ mort et ressuscité. En ce troisième dimanche depuis la Pâque, l'Église célèbre la mémoire des saintes femmes porteuses de myrrhe, venues pour embaumer le Christ. Elle adjoint à cette mémoire le nom de Joseph d'Arimathie et celui de Nicodème, le pharisien qui vint une nuit interroger Jésus, comme le rapporte l'évangile de saint Jean.
Arrêtons-nous sur ce service des femmes Myrrhophores. On peut y distinguer trois étapes.
Premièrement, ce sont des femmes qui servirent Jésus pendant tout le temps de Son ministère public, comme le rapportent les Évangiles. Elles l'accompagnaient, Lui et Ses disciples, mettant à Son
service tous leurs biens. Pendant le ministère en Galilée, pendant les traversées de la Samarie et les séjours à Jérusalem pour la Pâque, elles étaient présentes, ces femmes, celles dont nous
connaissons le nom et celles dont nous ne connaissons pas le nom. Elles étaient là, avec Marie, la mère de Jésus, près du groupe que formait Jésus avec Ses disciples. Il faut comprendre combien
la fidélité et l'amour - et par conséquent le service - de ces femmes se sont enracinés, développés au cours de cette période d'intimité, de présence de Jésus, pendant laquelle elles se sont
profondément et pour toujours attachées à Lui.
Ensuite, la condamnation de Jésus, Sa passion et Sa crucifixion ont signifié pour elles l'effondrement de l'espérance du royaume, l'effondrement de la joie et de la douceur qui les pénétraient
lors de l'entrée triomphale à Jérusalem. Elles ont partagé alors l'angoisse des disciples, cette angoisse silencieuse croissant à mesure que le temps du dénouement approchait. Néanmoins, le
danger d'être parmi Ses fidèles ne les a pas fait fuir. Elles sont demeurées auprès de Lui pendant Son procès, elles l'ont suivi jusqu'à la croix et sont restées présentes lors de Sa mise à mort.
Elles demeurent, regardant la Croix à quelque distance et assistant à la mort de Jésus. Elles sont donc présentes à la descente de croix et participent à l'ensevelissement du Seigneur, avec
Joseph et Nicodème. Elles déposent au tombeau, avec Jésus, tout leur amour, toute leur douleur, toute leur désolation, en un mot tout leur cœur. Et lorsqu'elles s'en retournent chez elles pour
respecter le Sabbat, le lendemain du vendredi, - et c'était un Grand Sabbat que ce jour-là, disent les évangélistes - leurs cœurs demeurent dans le tombeau, leurs cœurs brûlants d'amour et de
larmes.
C'est pourquoi, dès que cela est possible, c'est-à-dire dès le premier jour de la semaine, tôt le matin, elles repartent au tombeau avec des aromates qu'elles ont acheté pour parfaire l'embaumement de Jésus qu'elles n'avaient pas eu le temps de terminer le vendredi soir. Les voici devant le tombeau.
D'après les évangélistes Marc et Luc, le tombeau est déjà vide et la pierre a été roulée. D'après Matthieu, un ange vient et fait basculer la pierre. Cette différence est de peu d'importance et le témoignage de Marc est sans doute le plus archaïque. Il présente l'ange accueillant les femmes à l'intérieur du tombeau et prononçant cette parole que l'on retrouve chez tous les évangélistes, et dans la bouche même de Jésus : « Ne craignez point. »
En effet, les femmes sont là, figées de crainte. Qui les libèrera de leur crainte, qui les rendra à la vie ? Les paroles de l'ange n'y suffiront point. « Vous cherchez Jésus le
Nazaréen, le crucifié. Il n'est point ici, voici le lieu où on l'avait mis. » Car les femmes restent dans la crainte, s'en retournent en silence et « ne dirent rien à personne, car,
ajoute Marc, elles avaient peur. »
Nous voici nous aussi devant le mystère du tombeau du Christ. Le tombeau où Jésus a été déposé avec notre cœur, nous le retrouvons aujourd'hui, désormais lumineux. Comme les femmes, nous avons
déposé au tombeau nos tristesses, nos doutes, nos douleurs, nos épreuves, nos chutes aussi, nos infidélités comme nos espérances. Notre cœur est parfois sombre comme un tombeau dont une grosse
pierre barre l'entrée. Il nous faut alors supplier le Seigneur pour qu'un ange vienne faire basculer la pierre. Lorsque cette pierre est retirée, nous découvrons notre cœur plein de lumière, un
cœur semblable au tombeau du Christ. Car le tombeau du Christ est désormais un tombeau source de vie, un tombeau source de lumière, un « tombeau vivifiant », comme le chante l'Église Là
se trouvent notre foi et notre espérance : tous les instruments de la passion et de la mort du Christ, le fouet, les injures, les crachats, la lance, la croix, tous ces instruments
d'humiliation et de souffrance deviennent porteurs de vie, de force, de joie et d'espérance.
C'est pourquoi nous accompagnons ces femmes dans leur troisième et ultime service. Car leur ultime service n'est pas celui du tombeau où elles ont déposé le Seigneur, leur ultime service, c'est d'annoncer la Résurrection. Car ce sont elles, ce sont ces femmes qui sont appelées les premières à annoncer la Résurrection. Elles qui L'avaient servi humblement pendant Sa vie, qui avaient offert leur temps, leur fortune, en restant au dernier rang. Ce sont ces mêmes femmes, si rarement mentionnées, qui sont les premiers témoins de la Résurrection et les premières à porter la Bonne Nouvelle aux apôtres.
Ne devrions-nous pas, nous aussi, nous mettre à l'écoute de tous ceux et de toutes celles qui, dans l'église, accomplissent d'humbles services envers le Christ ? C'est peut-être dans leurs cœurs que résonne en premier le lumineux message de la résurrection, le message de résurrection qu'ils nous transmettent. Car ce ne sont pas seulement les prêtres qui, du haut de l'ambon, disent au peuple de Dieu : « Le Christ est ressuscité !» Chacun d'entre nous, quelle que soit sa place dans l'Église a besoin de s'entendre dire cette parole :
Le Christ est ressuscité
Quatrième dimanche du Grand Carême - Dimanche de saint Jean Climaque
Hébreux VI, 13-20 ;
Évangile selon saint Marc IX, 17 - 31
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Nous sommes encore en marche vers la Semaine Sainte de Pâques et en ce quatrième dimanche du Grand Carême, l'Église vénère la mémoire d'un grand spirituel, d'un grand moine et ascète, docteur de l'Église, saint Jean Climaque. L'adjectif « climaque » signifie « de l'échelle », car son œuvre la plus connue s'intitule L'Échelle. Il y décrit les trente degrés vers la perfection vers l'amour, vers le Seigneur. Ainsi en va-t-il de notre vie. L'Échelle est une image de notre ascension, de notre devenir spirituel. Ce devenir commence à notre naissance spirituelle, c'est-à-dire au baptême et ne se termine qu'à notre mort. Se termine-t-il vraiment à notre mort, n'y a-t-il pas un devenir encore plus haut, après notre mort ? « Nous montons, disait saint Grégoire de Nysse, de commencements en commencements, en des commencements qui n'ont pas de fin. »
L'Évangile d'aujourd'hui parle de ce chemin d'ascension qui est le chemin de la foi.
Nous avons entendu la parole du père éploré, souffrant de la souffrance de son enfant possédé des démons. Lorsque Jésus lui déclare : « Tout est possible à celui qui croit », il répond par un cri, agenouillé devant le Seigneur : « Seigneur, je crois, viens en aide à mon incroyance ! ». Il semblerait qu'il y ait une contradiction interne. D'un côté le cri du fond de son être et de l'autre la conscience de son indignité, de sa précarité, de son état de chair et de matière devant Dieu. Tous, nous sommes ainsi écartelés et marchons entre l'absence de foi, l'incroyance, le peu de foi et une foi solide et stable, affermie dans le Seigneur. La liturgie de saint Jean Chrysostome dit : « Tu nous as amenés du néant à l'être et tu n'as pas cessé d'agir que tu nous aies élevés au ciel et nous aies fait don de ton Royaume à venir. » Le chemin de foi est un chemin qui va du néant à l'être, de l'état d'enfance à l'état d'adulte, des ténèbres à la lumière, du péché à la sainteté, de la mort à la vie.
La foi comporte ainsi des degrés divers, des étapes dans une croissance continuelle, mais parfois aussi des chutes. Nous nous laissons abattre, par l'adversité, par l'ennemi et le péché. Notre foi défaille, comme celle de Simon Pierre marchant sur les eaux. Il a suffi qu'il regarde sous ses pieds pour avoir peur. Notre foi est comme la sienne, et souvent nous sommes pris de peur. Pourtant cette foi nous est donnée, elle est inscrite en nous, communiquée par l'Esprit Saint et le baptême, croissant en nous par l'effusion de l'Esprit dans la Pentecôte nouvelle qu'est chaque communion eucharistique.
De foi en foi, de petitesse en petitesse, d'implénitude en plénitude, nous grandissons.
La foi, dans la Bible, est toujours une foi vivante. Comme le dit saint Jacques, une foi véritable est une foi active. La Bible ne connaît pas de différence entre « être croyant » et « être pratiquant ».
Une foi qui ne mène pas à l'amour, à l'engagement est une foi morte, stérile, démoniaque ou tout simplement sommeillante. Il ne nous appartient pas de porter un jugement sur le degré de la foi des êtres qui nous semblent endormis spirituellement, qui semblent vivre loin de Dieu et qui pourtant affirment : « oui, j'ai la foi ». Nous devons les respecter, respecter en eux la moindre étincelle de lumière, de foi et de vie. Mais nous devons surtout les aider à rallumer cette étincelle qui couve sous les cendres pour qu'elle devienne un feu puissant et ardent.
La foi, dans la Bible, c'est la fidélité. Nous pouvons dire que Dieu Lui-même est fidèle à Son amour, à Sa création première. Il ne supporte pas de voir l'humanité s'en aller à la destruction. Dieu est fidèle et c'est dans Sa fidélité qu'Il nous atteint, nous qui sommes encore pécheurs. Il nous saisit et nous élève vers Lui. Ayant été créés à Son image, et appelés à vivre selon Sa ressemblance, à devenir saints comme Dieu est saint, nous devons grandir dans cette même fidélité. Le Seigneur Lui-même a manifesté cette double fidélité, fidélité de Dieu envers l'homme, fidélité de l'homme envers Dieu. Dans sa fidélité de Dieu envers l'homme, Il nous a révélé l'amour du Père, un amour fou, comme le disent les Pères de l'Église, un amour insensé, qui ne cadre avec aucun raisonnement, aucune logique naturelle. Car, si l'homme est pécheur, il semblerait que Dieu dût s'en détourner et l'écraser de Sa colère. Non, « la colère de Dieu n'est pas pour toujours », dit le psaume. « Cache-toi, dit Yahvé au prophète, entre dans ta chambre et ferme la porte. Attends un instant que passe le temps de ma colère ! ». La colère de Dieu est pour un instant, mais Sa miséricorde est infinie. Cette miséricorde divine est le fondement même de Sa fidélité. Car la fidélité de Dieu est une fidélité à Son amour, qui est infini.
D'un autre côté le Seigneur récapitule dans Son humanité toute l'humanité, et particulièrement tous les justes, les fidèles, les saints de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance. Dans Son « oui » au Père, dans Son obéissance, « que Ta volonté soit faite et non la mienne », Il affirme Sa fidélité et Son amour envers le Père. En Christ, la volonté divine et la volonté humaine se joignent. La fidélité de Dieu et la fidélité de l'homme ne font plus qu'un désormais. Le Christ nous ouvre ainsi le chemin. Dans l'Esprit, Il nous donne la puissance de la foi. Et la foi qui dormait en nous s'éveille, elle devient une foi forte, stable, adulte, une foi qui peut faire des miracles. Le Seigneur l'a dit : « Si vous aviez la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : » déplace-toi et jette-toi dans la mer « et elle le ferait, et rien ne vous serait impossible ».
Nous devons comprendre que la foi en Jésus, la foi que l'Esprit Saint répand en nos cœurs avec son amour, est une foi qui fait des miracles. Le plus grand miracle, la plus haute montagne que Dieu puisse déplacer, c'est l'ouverture du cœur humain, c'est transformer notre cœur de pierre en un cœur de chair, un cœur vivant. La conversion de l'homme est le plus grand mystère de la résurrection.
C'est pourquoi nous devons nous convertir avec le père de cet enfant possédé, nous devons, nous aussi, crier au Seigneur : « Seigneur, je crois de toutes mes forces, mais viens en aide à mon manque de foi. Fais grandir en moi ce peu de foi pour qu'elle devienne forte, stable, lumineuse et débordante d'amour ».
Troisième dimanche de carême
Hébreux IV, 14-5, 6
Évangile selon saint Marc VIII, 34 - IX, 1
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
En ce dimanche de la Croix, nous nous tenons devant le symbole suprême et le signe tangible de l'amour infini de Dieu. La Croix porte en elle à la fois l'amour infini et la haine infinie ou, plutôt, une haine qui malgré sa démesure n'atteint pas à la mesure de l'amour de Dieu. L'amour de Dieu, lui, est infini totalement.
Le Seigneur dit cette parole : « Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi - Il indiquait par cela de quelle mort il devait mourir » (Jean XII, 32). En effet, dans les bras étendus de Jésus crucifié on contemple le mouvement de prière de Celui qui était totalement prière et entièrement tourné vers le Père et le mouvement d'amour de Celui qui tend les bras, pour attirer à Lui tous les hommes. Nous sommes tous objets et sujets de cet amour infini de Dieu qui pour chacun de nous a donné non pas seulement quelques gouttes de son sang comme le disait Pascal, mais Son être tout entier, Son sang et Son corps tout entier pour chacun de nous.
Jésus nous porte dans Son cœur et dans Sa prière, tout particulièrement avant Sa Passion et dans Son intercession céleste. La Croix est le signe de cet amour infini de Dieu, d'un amour qui par définition est toujours don de soi-même. Nous disons que le Père engendre le Fils dans le mystère indicible de la Sainte Trinité : ce sont des mots humains pour exprimer une relation d'unité totale, de transparence entière. Le Père engendre, c'est-à-dire qu'Il donne la vie, éternellement, dans un éternel présent, à Son Fils ; Il s'ouvre, se livre, se donne, se vide pour ainsi dire totalement en Lui. L'amour trinitaire est aussi, en ce sens, don de soi-même, et on peut dire oubli de soi-même dans l'autre. Et l'Esprit Saint apparaît comme le fruit de cet amour, comme son lieu et comme le lien d'amour du Père et du Fils.
Lorsque Dieu crée le monde et l'homme, Il le crée dans un débordement infini d'amour. Ce sont de nouveau des mots humains, pour dire qu'il n'y a pas d'autre motivation, d'autre raison d'être, d'autre but pour la création de l'homme et des anges, que de faire sortir du néant des êtres qui puissent infiniment et éternellement aimer Dieu et être l'objet de Son amour.
Lorsque l'homme tombe et chavire dans la désobéissance, cet amour de Dieu est blessé, blessé mais non détruit. Alors ce flot d'amour qui rencontre la résistance et le refus entre dans la souffrance. Les Pères n'hésitent pas de parler de cette souffrance du Père qui se voit rejeté par ses propres enfants. C'est là que se trouve le premier fondement de la Croix. Parce que Dieu ne désire pas que le mal et que le malin aient le dernier mot, de nouveau Il fait le même geste de don total de soi : Il envoie Son Fils unique. Rappelez-vous la Parabole des vignerons homicides dans laquelle le fils bien-aimé est envoyé comme dernier recours : « Je vais leur envoyer mon Fils, mon bien-aimé, peut-être auront-ils respect de lui » (Luc XX, 13).
Et là, c'est une révélation pour nous : lorsque le Père envoie Son Fils, Il le fait avec l'espérance que peut-être les hommes Le respecteront.
Mais Jésus connaît le chemin qu'il doit suivre, car de toute éternité, Jésus entend la Parole du Père et il lui répond.
Il lui répond dans l'obéissance, comme le dit le Psaume 39 : « Tu m'as formé un corps. Tu n'as agréé ni holocauste, ni sacrifice. Alors j'ai dit : voici je viens. Au rouleau du livre il m'est prescrit de faire ta volonté » (Ps 39,7-9) ; « je viens dans le monde, Père, pour faire ta volonté. »
Toute la vie du Seigneur a été un accomplissement incessant, toujours renouvelé et jamais défaillant, de la volonté du Père : « Je ne suis pas venu faire ma volonté mais la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jn 6, 38) et encore : « Père, si c'est possible, que ce calice s'éloigne de moi, mais que ta volonté se fasse et non pas la mienne » (Lc 22, 42). C'est la prière incessante du Fils en face de la révolte de la chair, de la révolte humaine devant la souffrance et la mort, qu'Il a prises sur Lui et qui Le font ployer et verser des gouttes de sang. Je disais bien que la Croix est symbole de l'amour infini de Dieu. Mais il fallait justement que cet amour se heurte à la résistance, au mal et à la haine pour que cette haine soit pour ainsi dire dévitalisée au cœur d'elle-même. C'est pour cela que la Croix est aussi le signe de la haine suprême de ceux qui rejettent le Christ et Le crucifient. Et nous autres, dans la mesure de notre propre péché et de nos infidélités quotidiennes, nous sommes les fauteurs, il faut le dire, de cette crucifixion du Seigneur, du Fils de Dieu devenu Fils de l'Homme par amour infini. Nous y participons et nous ne devons pas penser que nous sommes meilleurs que les autres. Par conséquent nous devons porter profondément en nous le sentiment que nous partageons avec les contemporains du Christ la responsabilité de L'avoir crucifié ou de L'avoir abandonné. Le Seigneur a été finalement seul à porter Sa croix, accompagné par Sa sainte Mère et l'apôtre Jean. Allant jusqu'au bout de cette obéissance filiale exprimée sur la croix par les mots : « Tout est terminé » (Jn 10, 30) et « Père je remets mon esprit entre tes mains » (Lc 23, 46), allant jusqu'au bout de cette obéissance, il dévitalise la haine, et la Croix, désormais, trouve par la mort et l'amour du Christ une puissance nouvelle de vie et de grâce.
Cette croix devient vivifiante, cette croix devient lumineuse, cette croix devient déjà le symbole de la Résurrection, — de même que le tombeau vide est déjà le lieu de la Résurrection.
C'est pourquoi nous la vénérons non seulement comme un signe, mais comme le lieu de la Présence du Christ crucifié et ressuscité, comme le lieu de la grâce de l'Esprit Saint, comme le lieu dans lequel les énergies mêmes de Dieu se manifestent pour que nous y communiions. C'est pourquoi nous embrassons la croix, icône du Christ mort et ressuscité. C'est pourquoi nous gravons de toutes nos forces le signe de la croix sur notre corps et nous bénissons nos proches par ce même signe de la Croix. Le prêtre n'est pas le seul à pouvoir bénir avec le signe de la Croix : chacun de nous peut bénir son proche, intérieurement ou extérieurement, maternellement et paternellement. Le signe de la Croix que nous posons sur nous-mêmes et sur nos proches est une très grande grâce que Dieu nous donne, car il est porteur de la puissance divine contre les démons et contre les tentations. Voilà pourquoi il ne doit pas être tracé machinalement comme cela souvent se fait ; il doit être fait avec attention, avec vénération, avec la pleine conscience d'accomplir un geste fondamental qui nous fait participer à la mort et à la Résurrection du Christ.
Puisse alors cette Croix que nous vénérons aujourd'hui, au milieu du grand carême, nous conduire comme un phare qui indique le chemin de l'oubli de soi-même, le chemin qui aboutit au mystère de la Sainte Passion du Christ. Puisse la Croix nous aider à participer du plus profond de notre cœur à cette Passion, aux souffrances du Christ, pour être introduis par le Seigneur, à travers notre purification et notre pardon, dans l'espace nouveau de la grâce de la Résurrection inauguré ici et maintenant.
Amen.
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