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  LITURGIES
PREMIER,DEUXIEME ET TROISIEME DIMANCHE,10H 30(suivie d'agapes)

Samedi 10 mai 2008
publié dans : Catéchèse
par Père Jean-Pierre

L'Icône de la Pentecôte - explication & catéchèse

 

 
L'Icône porte un message théologique. Le rôle de l'iconographe n'est pas de faire une photo d'un événement, mais de porter, par le dessin, l'enseignement apostolique, de lui donner une présence symbolique visuelle. Elle comporte donc des symboles qui ne sont pas forcément chronologiquement exacts, mais qui approfondissent la réflexion spirituelle sur le sujet qui est représenté, en relation avec le tout et avec l'événement célébré, la Pentecôte. Voici un bref explicatif catéchétique – la signification spirituelle définitive et s'imposant à tous n'existe pas. Chacun aura un regard spirituel différent face à l'Icône, en fonction de son parcours spirituel et du progrès de sa formation.
JM



L'Icône de la Fête de la Pentecôte est appelée "La Descente du Saint Esprit." C'est une Icône riche en nuances de rouge et d'or, caractérisant le grand événement. Le mouvement de l'Icône va du haut vers le bas. En haut de l'Icône on trouve un demi-cercle avec des rayons qui en jaillissent (1). Les rayons pointent vers les Apôtres, et on voit les langues de feu descendre sur chacun d'entre eux, indiquant la descente du Saint Esprit (2).

1. Le demi-cercle de rayons pointant vers chacun des Apôtres (détail).

2. Une langue de feu se pose au sommet de la tête de saint Pierre (détail).

Le bâtiment à l'arrière-plan de l'Icône représente la chambre haute où les disciples du Christ s'étaient rassemblés après l'Ascension. Les Apôtres sont présentés assis en demi-cercle, pour montrer l'unité de l'Église (3). On trouve aussi saint Paul dans le groupe d'Apôtre (4), qui bien que n'étant pas présent le jour de la Pentecôte, devint un Apôtre de l'Église et le plus grand des missionnaires. Les 4 Évangélistes sont représentés – Matthieu, Marc (5), Luc (6) et Jean tenant les livres d'Évangile, pendant que les autres Apôtres tiennent des rouleaux qui représentent l'autorité d'enseigner qui leur a été donnée par le Christ.


3. Les Apôtres dans la chambre haute sont remplis du Saint Esprit.


4. Saint Paul, qui n'était pas présent le jour de la Pentecôte, est repris parmi les Douze (détail).



5. Saint Marc l'Évangéliste, qui ne devait pas être présent avec les Douze ce jour-là, est représenté (détail).



6. Saint Luc l'Évangéliste, qui ne devait pas non plus être présent avec les Douze ce jour-là, est représenté (détail).

Au centre de l'Icône, en dessous des Apôtres, un personnage royal est représenté sur un fond de couleur foncée. C'est un personnage symbolique, Cosmos, représentant les peuples du monde vivant dans les ténèbres et le péché, et vivant dans le culte païen (7). Cependant, le personnage tient entre ses mains un linge contenant des rouleaux qui représentent l'enseignement des Apôtres (8). La tradition de l'Église enseigne que les Apôtres ont porté le message de l'Évangile partout dans le monde.



7. "Cosmos", apparaissant au centre de l'Icône, représentant les peuples du monde (détail).



8. Les rouleaux qui sont portés par "Cosmos" représentent l'enseignement des Apôtres (détail).

Dans l'Icône de la Pentecôte, nous lisons l'accomplissement de la promesse du Saint Esprit, envoyé sur les Apôtres qui enseigneront aux nations et les baptiseront au Nom de la Sainte Trinité. Nous voyons ici que l'Église est rassemblée et soutenue dans l'unité par la présence et l'oeuvre du Saint Esprit, que l'Esprit guide l'Église dans l'effort missionnaire à travers le monde, et que l'Esprit nourrit le Corps du Christ, à savoir l'Église, dans la vérité et l'amour.

"Festival Icons for the Christian Year", John Baggley (Crestwood, NY: St. Vladimir's Seminary Press, 2000), pp. 157-159.
Lundi 7 janvier 2008
publié dans : Catéchèse
par Père Jean-Pierre

De plus grand que Jean parmi les enfants des femmes, il n'y en a pas (Jn 1,19-23)

 

 
groups.google.fr/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/1b6f0bbddf2f0be2Le deuxième jour de la Fête de l'Épiphanie est appelé la "Synaxe de saint Jean, le prophète, précurseur et Baptiste du Seigneur." C'est un jour de célébration liturgique en l'honneur de celui qui a préparé le chemin pour le Messie et L'a baptisé dans les eaux du Jourdain. D'après Jésus Lui-même, il n'existe personne de plus grand que Jean le Baptiste.

"Voici quel fut le témoignage de Jean lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : "Qui es-tu?" Il fit cette déclaration qu'il confirma sans tergiverser : "Je ne suis point le Christ." - "Eh bien! alors, lui demandèrent-ils, es-tu Élie!" Il dit : "Je ne le suis pas." - "Es-tu le Prophète?" Il répondit : "Non." Ils reprirent : "Qui es-tu donc? que nous puissions donner réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même?" Il répondit : "Je suis une voix qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme l'a dit le prophète Isaïe" (Jn 1,19-23).

Et à ses disciples, ceux qui devaient par la suite devenir disciples de Jésus, Jean expliquait de plus :

"Vous m'êtes vous-mêmes témoins que j'ai dit : Je ne suis point le Christ, mais je suis envoyé devant Lui. Celui qui a l'épouse, c'est l'époux; mais l'ami de l'époux, qui se tient à ses côtés et qui l'écoute, est ravi de joie au son de sa voix. C'est là ma joie, qui est complète. À Lui de grandir, à moi de m'effacer" (Jn 3,28-30).

Jésus est l'Époux divin. L'Église est Son épouse. Et Jean le Baptiste est le meilleur homme présent au mariage, "l'ami" qui se réjouit de la joie de l'Époux. Toute sa vie et son service fut pour l'amour du Christ, dont il prépara le chemin. Il lui fut fidèle jusqu'à la mort, même quand il ne reçut pas la réponse qui lui aurait ravi la gloire de son libre et volontaire témoignage rendu à la Vérité, pour laquelle il était né et pour laquelle il est mort.

"Jean, de sa prison, entendit parler des oeuvres du Christ, et Lui dépêcha de ses disciples Lui demander : "Es-Tu Celui Qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre?" Jésus leur répondit : "Allez raconter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : des aveugles recouvrent la vue, des boiteux marchent, des lépreux sont purifiés, des sourds entendent, des morts ressuscitent, l'Évangile est annoncé aux pauvres. Heureux celui pour qui Je ne serai pas une occasion de chute (littéralement "n'est pas scandalisé")!"
Comme ils s'en retournaient, Jésus se mit à dire à la foule, au sujet de Jean : "Qu'êtes-vous allés voir au désert? Un roseau agité par le vent? Qu'êtes-vous donc allés voir? Un homme vêtu d'habits délicats? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les palais royaux. Mais encore, pourquoi êtes-vous allés? Pour voir un prophète? Oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète. C'est celui dont il est écrit : Voici que j'envoie mon messager devant toi te préparer la route (Mal. 3,1). Oui, vous dis-je, parmi les enfants des femmes, il n'en est point paru de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant, le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. Depuis l'époque de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le Royaume des Cieux est malmené, et les violents le saccagent. Car tous les Prophètes et la Loi ont eu la parole jusqu'à Jean. Et, si vous voulez comprendre, c'est lui, cet Élie qui devait revenir. À bon entendeur d'entendre" (Mt 11,2-15).

Ce n'est pas clair, ce que Jésus voulait dire quand Il disait que "le moindre dans le Royaume des Cieux" était plus grand que Jean. Peut-être parlait-Il de Lui-même. Ou de la Vierge Marie, et de ces Chrétiens avec elles, qui, par la grâce de Dieu, vécurent pour voir la Résurrection du Christ et entrèrent déjà baptisés dans Son Royaume – au contraire de Jean qui fut décapité avant que le Christ ne fut crucifié, de sorte que, comme l'enseigne l'Église, il a pu devenir le précurseur du Sauveur même dans la mort. Mais quoique cela puisse signifier, une chose reste claire. Le Seigneur a dit que "parmi les enfants des femmes, il n'en est point paru de plus grand que Jean-Baptiste." Et dans l'Évangile selon saint Luc, "Je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en est pas de plus grand que Jean" (Lc 7,28).

Jean le Baptiste est le plus grand. La raison tient en son dévouement radical, violent, à Jésus, qui était l'expression de sa consécration totale, violente, à la vérité et justice de Dieu. La justice pure et sans compromis de Jean est la cause de sa grandeur. Il n'y a rien d'autre. Il n'était pas un des Apôtres. Il n'a pas été témoin de la Résurrection. Il n'a pas accompli de miracle durant sa vie terrestre. Il n'a pas écrit de livre. Il n'était pas ce que certains appelleraient un mystique. Mais c'était un ascète et un prophète. Il a vécu pour Dieu seul. Et il a rendu témoignage aux Commandements du Seigneur jusqu'à son dernier souffle. L'Église le loue pour cela, et en particulier le glorifie non seulement dans sa conception, nativité et décapitation, mais aussi en cette fête en son honneur le lendemain de son Baptême de notre Seigneur.

La mémoire du juste s’accompagne d’éloges,
mais à toi, Précurseur,
suffit le témoignage du Seigneur :
vraiment tu t’es montré en effet de tous les prophètes le plus grand!
Aussi tu fus digne de baptiser dans les eaux Celui qu’ils avaient annoncé.
Sur terre ayant lutté pour le vrai,
jusqu’aux enfers tu annonças, plein de joie,
le Dieu manifesté dans la chair,
Qui du monde enlève le péché
et nous accorde la grâce du Salut. (1)

Le Maître te proclama comme prophète,
Plus grand que tous les autres prophètes
Et plus grand que quiconque né d'une femme.
Car Celui que tous les prophètes et la Loi avaient annoncés,
Tu L'as contemplé dans la chair
Il est vraiment le Christ.
Et étant plus honorés que tous,
Tu L'as baptisé. (2)

Tu es venu, O Baptiste,
En tant que messager né d'un sein stérile.
Et dès ton jeune âge tu partit vivre au désert.
Tu fut le sceau de tous les prophètes,
Car tu fus trouvé digne de baptiser dans le Jourdain
Celui Qu'ils avaient annoncé par des paroles cachées et signes.
Tu entendis la voix du Père témoignant des Cieux pour Son Fils,
Et tu vis l'Esprit sous forme d'une colombe
Descendant avec les paroles du Père sur le Baptisé.
O toi le plus grand de tous les prophètes,
Ne cesse pas d'intercéder pour nous
Qui célébrons ta mémoire avec foi! (3)

(1) Tropaire de la fête de la Synaxe de Jean le Baptiste.
(2) Hymne de Lumière de la fête de la Synaxe de Jean le Baptiste.
(3) Hymne Matinale de la fête de la Synaxe de Jean le Baptiste.

(Extrait de "The Winter Pascha" par le protopresbytre Thomas Hopko, SVS Press, 1984)
Samedi 24 novembre 2007
publié dans : Catéchèse
par Père Jean-Pierre
Le jeûne est un excellent pédagogue. Premièrement, il a tôt fait de faire comprendre à quiconque jeûne que l'homme n'a besoin que de très peu de nourriture et de boisson, et qu'en général nous sommes des gloutons qui mangeons et buvons plus qu'il est nécessaire, c'est-à-dire plus que notre nature ne le requiert. Ensuite, le jeûne révèle ou découvre toutes les infirmités de l'âme, toutes ses faiblesses, ses déficiences, ses péchés et ses passions; exactement comme une mare boueuse, lorsqu'on commence à la nettoyer, laisse apparaître les reptiles et toutes les saletés qu'elle contenait. Ensuite, il nous montre la nécessité de revenir à Dieu de tout notre cœur, de chercher sa miséricorde, son secours et son salut. Enfin, le jeûne révèle toute l'astuce, la ruse et la malice des esprits incorporels, auxquels nous étions soumis sans nous en rendre compte; maintenant que nous sommes illuminés par la lumière de la grâce de Dieu, leur ruse devient évidente, et les voici, dès lors qui nous persécutent méchamment pour avoir abandonné leurs voies. " (…)

Comme un homme s'avilit par la goinfrerie et l'ivrognerie ! Il pervertit sa nature, créée à l'image de Dieu,
 devient semblable aux bêtes et même pire. Oh, malheur à nous pour nos passions, nos habitudes vicieuses ! Elles nous empêchent d'aimer Dieu et notre prochain, d'accomplir les commandements de Dieu ; elles enracinent en nous un égoïsme criminel dont la fin sera la damnation éternelle. C'est ainsi que le buveur ne compte pas son argent quand il s'agit du plaisir de sa chair, de son abrutissement, mais il rechigne à donner quelques kopecks à un pauvre. Le joueur jette au vent des dizaines, des centaines de roubles, et il rechigne à donner les quelques kopecks qui auraient pu sauver son âme. Ceux qui aiment s'habiller avec luxe, qui collectionnent les meubles de style ou les porcelaines précieuses dépensent des sommes fantastiques en vêtements, meubles ou bibelots, et passent près des mendiants avec froideur et dédain. Quant aux fins gourmets, ils ne regardent point à dépenser en banquets des dizaines et des centaines de roubles, mais pour les pauvres, pas même un sou de cuivre !
Le jeûne est encore nécessaire au chrétien parce que, depuis l'incarnation du Fils de Dieu, la nature humaine a été spiritualisée et divinisée; nous nous hâtons maintenant vers le royaume de Dieu qui "n'est pas affaire de nourriture et de boisson, mais justice, paix et joie dans l'Esprit-Saint" (Rom. 14, 17). "Les aliments sont pour le ventre et le ventre pour les aliments ; mais Dieu détruira l'un comme les autres" (1 Cor. 6, 13). Manger et boire, c'est-à-dire chercher les plaisirs charnels, est bon pour les incroyants qui, ne connaissant pas les joies célestes et spirituelles, fondent toute leur vie sur les plaisirs de la chair. C'est pourquoi le Seigneur, dans l'Evangile, condamne si souvent cette passion destructrice. "
(Jean de Cronstadt, Ma vie en Christ, spiritualité orientale N° 27, Abbaye de Bellefontaine 1979)

Mardi 18 septembre 2007
publié dans : Catéchèse
par Père Jean-Pierre

PRÉPARATION À LA DIVINE LITURGIE :

« JE SUIS CHRIST »

par l’Archimandrite Aimilianos

* Enseignement au monastère de Simonos Pétra,
le 16 septembre 1976. Nos sous-titres.

Notre rencontre de ce jour aura pour thème principal la Divine Liturgie. Cela ne veut pas dire que nous n’aborderons pas l’ensemble des offices, puisque la Liturgie en constitue une partie ; elle est le noyau, le cœur du culte. C’est la partie la plus accessible de nos offices. Nous y porterons une attention toute particulière car elle est nourriture, communion, action de grâces, fête commémorative, que nous célébrons unis mystiquement avec le Christ, avec la sainte Trinité. Tout le monde peut trouver sa joie dans la Liturgie, y communier et l’assimiler tout entière, non seulement sous la forme du pain et du vin. Cependant, bien qu’elle nous soit familière, la Divine Liturgie nous semble parfois difficile à comprendre. Nous allons donc tenter d’expliquer quelques-uns de ses éléments.

1. Écouter la parole de Dieu

Que pouvons-nous faire pour vivre réellement la Divine Liturgie ? La condition fondamentale à sa compréhension est le travail préparatoire, qui s’effectue par la lecture préalable de l’Évangile du jour. Maintes fois je suis obligé de me battre pour convaincre les prêtres et les diacres de lire l’Évangile avant la Liturgie. Et si je leur demande s’ils l’ont lu, leur réponse est un « oui », qui signifie : « Je l’ai regardé ; il se trouve à telle page. » Ce n’est pas du tout ce que j’entends lorsque je dis de se préparer avec la lecture de l’Évangile.

Le prêtre et le diacre ont toute possibilité d’ouvrir la sainte Écriture soit après l’Hexapsalme, soit après le « kairos »,1 alors qu’ils sont seuls dans le sanctuaire. Plaçant le Christ devant eux, ils seront à même de recevoir ce que celui-ci veut leur dire : « Voici, le Christ m’appelle » (cf. Mc 10, 49 ; Jn 11, 28) ; il veut me parler. Le Christ et moi sommes en présence l’un de l’autre. Ne considérons jamais l’Évangile comme une simple péricope du jour, qu’il nous faut lire pour la forme. Car, en agissant ainsi, avant même que la Liturgie ait lieu, nous signons son échec. Si l’Évangile ne nous parle pas, la Liturgie nous laissera totalement insensible.

Qu’est-ce que l’Évangile ? C’est la sainte Écriture dans sa totalité, c’est la révélation de Dieu. Dieu s’est manifesté à des hommes revêtus de l’Esprit Saint, lesquels, poussés par l’Esprit, écrivirent ce que Dieu leur révélait, et que les Évangélistes ont transmis à travers les siècles. L’événement que décrit l’Évangéliste, devient pour moi un événement personnel : j’ai maintenant, en le lisant, une révélation ; le texte est une parole révélatrice. La révélation n’est pas ce que je lis, c’est ce que le Christ lui-même me dit quand je lis la parole.

L’Écriture, le Psautier, tous les livres saints accentuent le fait que les idoles n’ont pas d’oreilles, ni de bouche, ni d’yeux (cf. Ps 113, 12-14 ; 134, 15-17 ; Sg 15, 15). Le Christ, lui, possède une bouche, des oreilles et des yeux. Par conséquent, il voit, il entend, il répond à mon attente.

Lire l’Évangile équivaut à placer le Christ devant soi, à lui demander quelque chose de nouveau, une parole pour le jour présent, une parole dont le contenu sera pour moi une révélation personnelle, laquelle remplira mon esprit, ma pensée. Comme vous le concevez, notre esprit doit rester vide et sans distraction, pour être sensible au souffle divin et accueillir le Saint-Esprit. En quelque sorte, l’Évangile du jour deviendra mon propre évangile. C’est très facile. Tout dépend de ma préparation et de ma réceptivité.

Par conséquent, quand je dis : « Je vais lire l’Évangile », cela signifie : Qu’est-ce que j’ai à entendre de Dieu aujourd’hui ? Que va-t-il me dire ? Alors mon cœur se remplit, premièrement, des sentiments qui sont en rapport avec le mystère révélé par la Parole, car l’Évangile rend présent le Dieu qui s’y manifeste. Ou bien j’obtiens que le Christ se révèle maintenant à moi, et me communique, aujourd’hui, un message nouveau, qui deviendra le contenu de mon cœur, de mes sentiments, lequel constituera ma douceur.

Deuxièmement, l’Évangile donne un contenu à mes décisions. Chaque Liturgie est un martyre, une mort, une participation à la vie du Christ. Nous touchons donc les franges du vêtement du Christ. Si une hémorroïsse (Mt. 9, 20-22), un publicain (Lc 5, 27-28) ont pu, en touchant le manteau de notre Seigneur, en recevoir la force, il est impensable que nous, nous ne puissions la recevoir, parce qu’elle signifie pour nous de nouvelles décisions. Ces décisions ne se prennent pas intellectuellement, elles germent dans le cœur, dans les profondeurs de notre conscience. Ce sont elles qui m’amènent à « oser, en toute assurance et sans encourir la condamnation, t’appeler Père ».2 Sans cette assurance, personne ne peut adorer Dieu. J’acquiers de l’assurance équivaut à dire « Je suis pécheur, je suis un être coupable. »

En prenant une nouvelle décision, immédiatement, je sépare mon mauvais moi de celui que je présente à l’instant devant Dieu, c’est-à-dire mon moi renouvelé par la grâce divine, celui qui prie, qui élève les mains ; j’acquiers assurance et familiarité auprès du Christ. Cette décision est ensuite une puissance régénératrice dans ma vie après la Liturgie.

Troisièmement, l’Évangile clarifie le contenu de mon intelligence (diania), dans laquelle circulent désormais toutes ces connaissances révélatrices acquises au cours de ma lecture – car le Royaume des Cieux est avant tout une connaissance. L’Évangile purifie tout ce qui s’est introduit dans mon intelligence pensées : réflexions profondes, offensives et agressions contre mon mauvais moi, mais aussi les joies et les délices que j’éprouverai devant ces révélations. L’Évangile est la parole de ma révélation personnelle ; c’est mon contact aujourd’hui avec le Christ.

La lecture préalable de l’Évangile n’est pas réservée exclusivement aux prêtres. Tous les laïcs peuvent facilement connaître les références de l’Évangile du jour, et posséder une Bible. Ils peuvent se préparer à sa méditation en lisant l’office avant le déroulement de la Liturgie ; c’est une aide efficace. Si nous insistons tant sur l’Évangile, c’est parce que nous parlons tout spécialement de la Divine Liturgie.

Pour ma part, quand je célèbre, j’ai besoin auparavant d’un temps suffisant pour converser avec « mon Évangile ». Puisque je crois fermement que mon Christ est ici – je le crois ; ce n’est pas une réalité intellectuelle, c’est la sensation de tout mon être, de mon âme, de mon corps et de mon esprit –, pourquoi ne pas parler avec lui ? Le contraire serait l’isolation totale de mon moi d’avec Dieu.

Je vis donc Dieu, caché et révélé dans l’Évangile, je jouis réellement de sa présence, je le prends dans ma main. Je le laisse me parler. Je peux vous certifier que jamais Dieu ne m’a laissé pendant la Liturgie, ne serait-ce qu’une fois, sans me révéler un contenu nouveau du texte.

Mon dialogue avec l’Évangile aura lieu dans l’église, quand je célèbre, ou lorsque je suis seul dans ma chapelle.3 C’est tellement facile ! On rencontre le Christ, après on le conduit devant l’autel, puis à gauche pour la proscomidie, ensuite à droite. Il est avec nous quand nous sortons du sanctuaire pour la petite et pour la grande entrée, il nous y accompagne de nouveau lorsque nous y pénétrons ; il nous suit partout ! Si nous ne pouvons vivre aussi facilement la présence du Christ, il nous faut alors examiner notre état spirituel.

2. Se concentrer pendant la préparation
à la Divine Liturgie

Autre point fondamental, auquel je voudrais que nous prêtions attention : celui de notre concentration au cours de notre préparation à l’office. Je ne parle pas d’une autocritique : « Qui suis-je ? Qu’ai-je fait ? », car une telle concentration se réduit finalement à une action humaine. Je pense davantage au blâme de soi, comme une plongée dans notre moi pour nous vider de nous-mêmes, comme une offrande de notre être. Il faut que nous disparaissions devant Dieu, pour que Dieu devienne tout.

Quand nous allons à la Liturgie, nous entrons dans le Royaume des Cieux. Cela veut dire que nous entrons en communion directe avec Dieu ; nous participons à Dieu. Mais Dieu est incompréhensible. S’il a quelque chose de compréhensible, c’est son incompréhensibilité4. Cette incompréhensibilité, cet « au-delà de tout », nous pouvons merveilleusement les rendre par le mot « sainteté ». La sainteté de Dieu a aussi un sens moral. Mais elle est avant tout la transcendance absolue de Dieu, c’est l’absolu de la Divinité. « Saint » signifie totalement séparé, absolument seul, radicalement consacré. Dieu est exclusivement consacré à lui-même. Dieu est le seul qui « ne participe à rien et ne soit participé par aucun être dans son essence »5. Bien sûr il en est tout autrement de « l’extension » et de « la projection » de Dieu dans son économie de salut.

Lorsque nous communions à la sainteté de Dieu, c’est comme si nous participions à sa vie, nous approchons, nous touchons le mystère du Dieu au-delà de tout, du Dieu transcendant. Nous vivons désormais comme il vit lui et, alors, nous lui donnons la possibilité de nous combler de ses rayons et de nous faire participer, par économie, à sa sainteté. Quoi qu’il en soit, nous entrons dans un lieu qui nous est totalement étranger. Si l’Incarnation du Verbe est un « mystère étrange », pensez combien plus étrange, plus mystérieux et inaccessible est le mystère de l’Être divin, celui de la sainteté de Dieu.

La sainteté de Dieu est donc un lieu dont nous devons nous approcher. La sainteté de Dieu est absolue, tellement visible, si glorieuse, qu’elle remplit l’univers. Elle se transmet sur-le-champ telle une lumière, tel un resplendissement de la Divinité au triple éclat. Ainsi nous pénétrons, nous aussi, obligatoirement dans cette gloire de la Divinité et, puisque nous vivons la présence du Christ, nous entrons dans sa gloire.

La gloire du Christ n’est pas celle que nous obtenons par une préoccupation éthique, avec une notion de grandeur ou de magnificence, c’est désormais une participation à la vie de Dieu, qu’il nous transmet par son énergie incréée. C’est pourquoi notre participation à la gloire de Dieu est un acte que lui-même accomplit. Nous, nous ne pouvons rien faire, sinon nous tenir avec une connaissance majestueuse devant sa sainteté et recevoir sa gloire. Ainsi nous participons au noyau de sa vie et nous entrons dans l’amour de la Trinité.

Qui suis-je, moi qui entre dans la gloire et la sainteté de Dieu ? Puisque lui est saint, puisqu’il est l’Absolu, cela signifie que moi, je ne suis rien. En dehors de lui, je ne suis que ténèbres, je suis le « non existant ». Si aujourd’hui j’ai un certain rayonnement, c’est uniquement par grâce divine, car personnellement je n’en suis pas digne. Je m’éteindrai dès qu’il cessera de jeter sur moi sa lumière. Puisque Dieu demeure « Celui qui est », moi aussi je dois me tenir devant lui comme je suis, et mon essence est le non-être, c’est mon absence d’existence propre.

Pendant la Liturgie, je dois donc découvrir mon moi réel, savoir qui je suis et en face de qui je me tiens ; je dois découvrir qui est ce Dieu que je cherche à rencontrer. Il faut donc que je découvre mon néant, ma nullité.

Vous comprenez maintenant que cela n’est pas l’effet d’une autocritique, qui consisterait à se dire : «J’ai fait ceci, j’ai fait cela, mon Dieu, pardonne-moi », laquelle peut finalement signifier : « je suis un saint ». La reconnaissance de mon néant advient seulement après la connaissance de Dieu, c’est-à-dire de sa sainteté, de sa grandeur inaccessible. Elle se fait aussi par mon entrée dans la gloire de la Divinité. Lorsque je pénètre dans ces ténèbres de l’ignorance, dans l’obscurité de la connaissance comme inconnaissance de Dieu6 – connaissance de Dieu ténébreuse pour moi qui me trouve dans la pénombre, mais en réalité glorieuse et grandiose –, je peux avoir une faible idée de ma nullité. Plus je me dépossède de moi-même pendant ma préparation à la Liturgie, plus la sensation de mon néant grandit.

Il faut donc que je me vide de tout ce que je crois être, même de ce que Dieu m’a donné : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Co 4, 7). Ce que Dieu m’a donné je l’abandonne à cet instant pour rester écartelé, nu tel que ma mère m’a mis au monde, pour pouvoir me tenir devant ce Dieu redoutable, qui doit se pencher sur moi, me recouvrir et donner une forme à l’embryon que je suis, le modeler à son image. Alors je découvrirai mon être réel et, en même temps, je trouverai assurance devant Dieu.

Pendant la Liturgie, nous prononçons les paroles suivantes : « Accorde-nous de t’offrir les dons et des sacrifices spirituels ».7 Les dons et les sacrifices se rapportent au Christ que nous offrons. Mais, si vous le voulez, offrons-nous d’abord nous-mêmes comme don à Dieu. Offrons aussi des sacrifices ; toutefois le seul sacrifice, le seul holocauste, le parfait sacrifice qui plaise à Dieu, c’est de nous offrir nous-mêmes. Ce que nous donnons ne nous appartient plus, ce « moi » que nous estimons tant a désormais disparu, et il ne reste que ce « rien ».

Pour vivre la Divine Liturgie, le blâme de soi, vécu comme une expérience existentielle, est la condition préalable, mais non comme un cri de colère envers nous-mêmes, duquel rien d’essentiel ne sortirait. Comme le dit Nicolas Cabasilas : « Nous sommes portés à lui confier nos âmes ».8 Abandonnons nos âmes à Dieu pour qu’il en fasse ce qu’il veut. Même l’âme que Dieu nous a donnée, nous la lui rendons ! Nous renonçons à tout ce qui a de l’importance pour nous, à tout ce que nous avons vécu, à ce que nous vivrons ; nous remettons toutes choses à Dieu. Nous pourrons alors lui parler en toute assurance et intimité et « prendre contact avec le brasier des saints mystères ».9 Nous acquérons désormais une pleine intimité avec Dieu, qui se produit par l’enlacement de Dieu, lorsque nous avons rejeté notre moi. Dieu nous prend avec lui, Dieu nous comble. Par conséquent, nous avons la certitude que nous ne célébrons pas en vain la Liturgie ; notre Liturgie sera une Liturgie parfaite et porteuse de fruits.

3. La prière pour autrui

Un troisième élément peut nous aider à nous préparer pour la Liturgie, ou pendant celle-ci, c’est la prière. Cependant notre prière ne doit pas être associée aux divers problèmes qui se bousculent dans notre cœur, dans notre esprit, ni avec l’objet de nos désirs que nous voulons, à l’instant, présenter à Dieu afin d’obtenir une réponse. Notre prière ne doit pas être l’étalage de ce que nous avons déjà abandonné à Dieu pour le reprendre ensuite. Le plus souvent notre prière est l’expression de notre égoïsme. Elle est rarement spirituelle. Elle est, la plupart du temps, corporelle, malade, car elle est à notre mesure. C’est une prière pleine de présomption, une recherche de notre moi.

Que notre prière ne soit pas ainsi ! Qu’elle soit faite avec plus d’attention. Je pourrai prier pour moi, lorsque j’aurai découvert ce que je suis : un embryon gisant dans les entrailles du péché, vivant dans les entrailles du monde et non dans le Royaume des Cieux. Je dois prier pour mon moi réel, afin que Dieu l’assume, le ressuscite au cours de la résurrection (c’est-à-dire la consécration des oblats), qui aura lieu pendant la Liturgie, pour m’élever ensuite avec lui vers les cieux, pour que je puisse accueillir l’Esprit Saint et vivre dorénavant avec lui.

Je peux prier pour moi, quand je vais à l’office uni à tous les fidèles, aux vivants et aux morts, à la Divinité en sa plénitude, à l’Église entière. Je prierai également pour l’Église, pour les autres personnes qui sont aussi moi-même, puisque je forme avec elles un corps unique, le Corps spirituel du Christ : « Nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ » (Rm 12, 4-5 ; 1 Co 12, 12).

Je prierai pour ce peuple, mais sans entrer dans les détails. Je peux prier tout spécialement pour la communauté à laquelle j’appartiens, dont je suis un membre inséparable, et qui m’a donné le droit de participer à cette assemblée cultuelle. Je peux prier pour telle ou telle personne. Je peux aussi mentionner les problèmes de telle autre, sachant que ses problèmes ne me regardent pas, car ils concernent strictement sa vie personnelle et non celle du Corps du Christ ; je ne dois pas entrer dans les problèmes d’autrui, mais les laisser à Dieu, sinon je chasserai Dieu.

Une telle prière sera pour moi une nouvelle kénose et en même temps une attente du Christ, une disposition à communier à son amour, à sa sainteté et à sa gloire.

Une question se pose : Puisque l’office est commun et ne concerne pas chacun séparément, comment pouvons-nous prier en particulier pour quelqu’un ? Notre office est si long qu’il nous laisse toutes possibilités de le faire. Pendant qu’on lit les cathismes du Psautier ou lorsque l’on chante le Canon, les prêtres lisent les prières préparant à la communion, ou bien ils se vêtent en disant : « Mon âme se réjouira dans le Seigneur, car il m’a couvert d’un vêtement de salut ».10 Il n’y a donc pas de problèmes. L’Église elle-même nous concède ce droit. Une chose est l’assemblée qui prie avec les paroles de l’office, autre chose, moi qui, en tant que prêtre, me présente devant Dieu.

N’oublions pas que pendant la Liturgie, nous intercédons pour de nombreuses personnes. Il est bon que chaque prêtre et chaque diacre ait ses diptyques, dans lesquels seront inscrits le plus grand nombre possible de noms. Et vous devez trouver un moyen de les lire tous. Les lirez-vous dans votre cellule ou pendant que vous vous préparez ? Les lirez-vous pendant l’office ? C’est votre droit. Dans la tradition russe, tout prêtre s’apprêtant à entrer dans l’église, revêt son étole, prend un petit plateau et une prosphore et il fait mémoire des noms inscrits dans ses diptyques. Ensuite, ces plateaux sont rassemblés et les noms sont versés ensemble sur un autre plateau. C’est une très belle tradition. Je ne dis pas qu’il nous faille agir de même, cependant le prêtre peut et doit commémorer de nombreuses personnes, parce que le peuple l’attend de nous, parce qu’il le veut. Et le vouloir des hommes est une obligation pour nous. Plus les prêtres sont des hommes simples, plus ils commémorent de personnes. Les plus instruits n’ont pas cette habitude.

4. Vider l’esprit

Nous arrivons au quatrième élément de notre préparation. Nous l’avons déjà effleuré et je ne voudrais pas le développer à présent, car c’est un sujet des plus difficiles de la vie spirituelle : nous devons essayer d’habituer notre intellect (noûs)11 à rester vide et sans concepts. L’homme a d’étonnantes ressources en lui ; son cerveau à la possibilité de faire de nombreuses choses à la fois. Vous pouvez, par exemple, penser à votre higoumène qui ne vous a pas répondu, vous souvenir de votre mère qui est malade, et en même temps suivre l’office. Mais quand notre intellect s’éparpille ou se remplit de toutes sortes de pensées, il ne peut contenir autre chose.

L’intellect est absolu, il est passionné. Quand il s’attache à quelque chose, il ne peut s’en séparer. L’intellect veut quelque chose d’entier. Mais Dieu veut aussi notre intellect tout entier ; il ne supporte pas qu’il soit partagé. L’union avec Dieu est de l’ordre de l’intellect et, dès lors que la Divine Liturgie est une action de grâces commémorative, il est naturel que l’union s’accomplisse dans notre intellect. Notre intellect doit donc être entièrement libre pour être envahi par le Christ au cours de l’Eucharistie. Et cet envahissement sera d’autant plus grand que nous nous efforcerons de vider notre intellect de toute idée et de toute conception. Alors, vivant la plénitude de la présence du Christ, nous sommes remplis de joie.

Nous nous plaignons, en général, de ne pouvoir prier ou de ne rien comprendre de ce qui se passe pendant la Liturgie, ou bien que nous ne recevons rien d’elle. Comment peut-on prier ? Que peut-on comprendre ? Que recevoir quand notre intellect est surpeuplé ? De même que vous laissez votre filet vide s’enfoncer dans la mer pour attraper du poisson, laissez votre intellect, vide, attraper le Christ.

Vous devez aussi contrôler vos paroles, vos pensées, votre intelligence (diania), de façon à les canaliser ; elles n’ont pas le droit d’aller là où bon leur semble ; elles n’ont pas le droit de souiller l’intellect, ni de remplir l’âme.

Par conséquent, l’intelligence doit être vide, « notamment dans une prière intense »12 ; elle ne doit pas s’éparpiller. Nous ne parlons pas de la prière intérieure,13 mais de l’office. Notre intelligence (diania) doit avoir son propre contenu, elle doit être indépendante de l’intellect (noûs). Toutefois elle ne doit pas comprimer celui-ci. Tout comme l’araignée lance un fil que le vent accroche où il veut pour qu’elle puisse tisser sa toile, ainsi notre intelligence doit rester souple, mais contrôlée, afin que n’y entre aucun problème, aucune anxiété, aucune contrariété. Car si je me réjouis, ce sera parce que j’ai résolu mon problème. Si je suis triste, je le serai parce qu’une peine m’oppresse. Si je suis gai, je le serai parce qu’on m’a écouté, parce qu’on a fait attention à moi, parce qu’on m’aime, mais non à cause de la présence de Dieu.

Notre volonté doit être orientée vers le Dieu présent et se révélant à travers l’Évangile, pour être remplie par ce qui devient pour chacun de nous, aujourd’hui, un évangile personnel, qui sera le contenu de notre cœur, comme je vous l’ai dit au début de notre entretien. Il formera le contenu de nos décisions, de nos paroles, de notre intelligence. Nous possédons notre propre parole révélatrice. Notre intelligence rationnelle – et non notre intellect –, comme le fil de l’araignée, va s’accrocher à notre nullité, à notre péché, à notre inattention, à la gloire de Dieu, à sa sainteté, aux saints de l’Église, et ainsi Dieu est maintes fois pris au filet. L’indépendance de l’intelligence n’empêche pas l’intellect de s’unir à Dieu.14

Cette mobilité de l’intelligence est tout à fait naturelle dans la vie humaine. Elle se produit chaque jour en nous, dans ses manifestations diverses, et nous ne le faisons pas dans notre vie spirituelle, d’où la tragédie de notre vie. Néanmoins, le contrôle de l’intellect et de l’intelligence est nécessaire au débutant. Si vous allez pour la première fois dans un monastère, par exemple, il faut qu’on vous conduise jusqu’à votre chambre, ensuite vous vous y dirigez tout seul, même en discutant. Il en est ainsi pour l’intellect et l’intelligence : ils apprennent à cheminer tout seuls. L’intellect et l’intelligence doivent se vider, ou bien l’intelligence doit se diriger librement là où se trouve l’intellect.

5. « Je suis Christ »

Nous arrivons ainsi au cinquième et dernier élément .de notre préparation. Il s’agit d’une perception, d’une compréhension, d’une connaissance, d’une certitude jusque dans la moindre parcelle de mon âme et de ma conscience, que je suis Christ, ainsi que le disent de nombreux textes patristiques.15 Je suis Christ, parce que je suis entré en communion avec le Christ, je suis incorporé à lui, comme ce qui entre dans le feu devient feu. Je suis Christ, parce que je suis son temple (cf. 1 Co 3, 16 ; 2 Co 6, 16), parce que j’appartiens à l’assemblée ecclésiale. Je suis Christ, parce que je suis prêtre donc figure du Christ et non son représentant. Je suis Christ, parce que je suis baptisé, parce que je suis disciple, et disciple signifie Christ ; chrétien signifie « chrismé », qui a été oint par Celui qui est l’onction. Nos lectures, nos conversations, nos réunions, nos veilles, nos métanies et le souffle du Saint Esprit dans nos cœurs peuvent nous aider à devenir Christs. Il est tellement facile de comprendre que je suis Christ !

J’ai donc devant moi le Christ révélé et, à cause de cela, il se manifeste personnellement à moi, qui suis une nullité, qui ne suis rien. Et malgré tout, ce « rien » est devenu Christ. Savez-vous de quelle magnificence se remplira votre âme, si vous le comprenez ? Savez-vous que votre attitude, votre regard, votre cœur changeront immédiatement ? Que votre attention aux offices et plus encore à la Liturgie, sera plénitude si vous comprenez le « je suis Christ » ?

Le Christ est tout entier dans le pain, mais il est aussi tout entier dans le pain de chaque église. Je suis Christ ne signifie donc pas que mon voisin n’est pas Christ. Chacun de nous peut dire : « Je suis Christ ». Si je vis le « je suis Christ », je suis immédiatement rempli d’une allégresse sans fin, de la joie du Saint Esprit qui est la plénitude de la joie du Christ, la conséquence de sa présence. Là où est le Christ, là sont la joie et l’allégresse.

Le sentiment d’être Christ m’amène à toucher le Christ. Une chose est la perception d’être Christ, une autre est le sentiment de la révélation du Christ en moi, laquelle est un accroissement de la vision de Dieu, de sa compréhension. Le Christ et moi luttons, dansons, jouons, nous enlaçons. Au cours de la Divine Liturgie, le Christ révèle son Père à « celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Lc 10, 22), et en eux l’Esprit Saint se manifeste.

6. Présence à la Liturgie avant la Liturgie

Hier soir, un des Pères est venu dans ma cellule et nous nous sommes entendus pour célébrer la Liturgie pendant la nuit. Je peux vous certifier qu’à partir de cet instant, je suis entré dans l’atmosphère de la Divine Liturgie, de laquelle je ne suis absolument pas sorti, que je sois éveillé ou pendant mon sommeil. Après ce moine, j’ai reçu deux autres moines. J’ai félicité l’un et j’ai blâmé le second, sans que mon intellect n’ait cessé d’être présent à la Liturgie que j’allais célébrer. À aucun moment mon intelligence n’a délaissé la Liturgie – puisque je sentais que j’y étais déjà entré – et ma conscience n’a cessé de sentir la responsabilité de sa présence devant Dieu.

Jusqu’à deux heures trente environ, j’ai écrit. Vers quatre heures trente, je me suis allongé et j’ai réussi à m’endormir. À six heures trente, quelqu’un a frappé à ma porte pour me réveiller. Certes, il m’a réveillé, mais je continuais, dans mon sommeil, à vivre cette expérience. Je lui ai répondu, mais lui, à ce qu’il paraît, douta que j’aie compris, et il attendait de voir si j’allais ou non me rendre à l’église. Cependant, j’y étais déjà car l’atmosphère de la Liturgie dans laquelle j’étais entré depuis la veille ne s’était nullement dissipée. C’est pourquoi, sans comprendre comment, je suis allé à l’église et je me suis préparé à célébrer. J’ai eu besoin d’une heure environ pour effectuer cette préparation avant de commencer la Divine Liturgie. Après la consécration des saints Dons, le cataclysme de la joie, de l’allégresse – qui n’est pas toujours le même, car il dépend de nous et de l’économie dont Dieu fait preuve à notre égard –, était tel qu’alors seulement j’ai compris que je célébrais, qu’à cet instant j’étais devenu Christ.

Ceci peut être – et doit être – un fait quotidien. Ainsi notre journée sera la continuité de la Liturgie et une préparation pour la Liturgie suivante. Saisissez-vous quel privilège unique est le nôtre, pour nous qui célébrons les Divins Mystères chaque jour ? Seulement, il faut que nous vivions ce que dit Nicolas Cabasilas : « Dieu nous donne en dot toutes les choses saintes ».16 Qu’est-ce qu’une dot ? Un don gratuit ! Ce sont « des grâces qui viennent d’elles-mêmes ». Ceux qui se crispent dans la prière, ceux qui s’exténuent dans le combat ascétique pour voir Dieu ou pour acquérir la grâce de la concentration, par exemple, n’obtiendront jamais rien. Tout ce que vous gagnez, tout ce qui vous comble, provient des projections de la sainteté de Dieu, de sa gloire, des énergies divines incréées.

Chaque semaine vous préparez le pain que les ascètes viendront solliciter ; s’ils ne viennent pas, ils n’auront rien. Ainsi Dieu, chaque jour et pour chacun de nous, prépare ses Grâces. Et il nous suffit d’élever les yeux de notre cœur, de notre intellect, de notre esprit pour les recevoir. Mais si nous ne le faisons pas... Pourquoi nous priverions-nous de cette grâce quotidienne ?

Une préparation à la Divine Liturgie telle que nous venons de la décrire, nous rend réellement, et sans artifice, participants de Dieu.

Extrait de : Archimandrite Aimilianos,
Catéchèse et discours 4 : Le Culte divin,
Attente et vision de Dieu
, Éditions Ormylia,
Chalcidique, Grèce, 2004.

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Lundi 10 septembre 2007
publié dans : Catéchèse
par Père Jean-Pierre

L'Élévation de la Croix - p. Alexander Schmemann

 

 
Le 14 septembre, dès siècles durant, lorsque la Fête de l'Élévation de la Croix était célébrée dans les cathédrales, l'évêque prenait sa place au centre de l'église et, entouré d'un grand nombre de ses clercs, élevait majestueusement la croix bien haut, au-dessus de la foule, et bénissait les fidèles aux 4 coins de l'église, pendant que le choeur laissait éclater sa réponse, comme un tonnerre : "Seigneur, prend pitié"! [Kyrie eleison!] C'était la célébration de l'empire Chrétien, un empire né sous le signe de la Croix en ce jour où l'empereur Constantin-le-Grand eu la vision de la Croix haut dans le ciel et entendit les paroles "Par ce signe tu vaincras!" ["In hoc signo vinces!"]. C'est la fête du triomphe du Christianisme sur les royaumes, cultures et civilisations, la fête de ce monde Chrétien qui est en ruine à présent, continuant à s'effondrer sous nos propres yeux.
Oui, cet ancien et solennel rite sera à nouveau célébré cette année. Le choeur chantera encore avec joie que "la Croix est la puissance des rois, la Croix est la beauté de l'univers." Mais aujourd'hui, la tumultueuse grande ville entourant l'église ne participe pas à ce triomphe caché, et en est complètement déconnectée. Ses millions d'habitants mèneront leur vie habituelle, avec ses hauts et ses bas, ses intérêts, ses joies et ses peines, sans la moindre référence à quoique ce soit de ce qui sera en train de se dérouler dans le bâtiment de l'église. Pourquoi donc alors continuons-nous à répéter les paroles parlant de triomphe universel, et chantons et rechantons sans cesse que la Croix est invincible? Hélas, nous devons admettre que beaucoup, beaucoup trop de Chrétiens sont incapables de répondre à cette question. Ils sont habitués à voir l'église en exil et en marge de la vie, exilée de la culture, de la vie, des écoles et de tout et de partout. Nombre de Chrétiens sont satisfaits et ne s'en font pas lorsque les autorités civiles leur permettent, avec condescendance, "d'observer leurs rites" pour autant qu'ils se tiennent calmes et obéissants, et qu'ils n'interfèrent en rien dans la construction d'un monde où il n'y aurait ni le Christ, ni la foi, ni la prière. Ces Chrétiens fatigués ont presqu'oublié que le Christ a dit, la nuit où Il s'en alla vers la Croix : "Vous aurez à souffrir dans le monde. Mais courage! J'ai vaincu le monde" (Jean 16,33).
A moi, il me semble que nous continuons de célébrer l'Élévation de la Croix et répéter les anciennes paroles de victoire non pas simplement pour commémorer une vieille bataille qui a été gagnée, ou pour nous rappeler un passé qui n'existe plus, mais afin de réfléchir plus profondément sur la signification du mot "victoire" pour la Foi Chrétienne. Il se pourrait bien que ce ne soit que maintenant, alors que nous sommes privés de tout pouvoir et gloire externe, de tout soutien de gouvernement, de richesse indicible, et de tous les symboles apparents de victoire, que nous sommes capables de comprendre que tout cela n'était, peut-être, pas l'authentique victoire. Certes oui, la croix élevée au-dessus des foules, en ces temps-là, était couverte d'or et d'argent et ornée de pierres précieuses. Cependant, ni l'or ni l'argent ni les pierres précieuses ne peuvent effacer la signification originelle de la Croix en tant qu'instrument d'humiliation, de torture et d'exécution, instrument sur lequel un homme fut cloué, un homme rejeté de tous, épuisé de douleur et de soif. Avons-nous le courage de nous demander à nous-mêmes : si tous ces royaumes Chrétiens et cultures Chrétiennes sont morts, si la victoire a été remplacée par la défaite, n'est-ce pas parce que nous, Chrétiens, étions devenus aveugles sur la signification ultime et véritable du plus important symbole du Christianisme? Nous avions décidé que l'or et l'argent seraient autorisés à éclipser cette signification. Et nous avons de même décidé que Dieu désire nos cultes du passé.

Honorer la Croix, l'élever, chanter la victoire du Christ : est-ce que cela ne signifie pas, par dessus tout, croire dans le Crucifié et croire que la Croix est un signe d'une renversante défaite? Car seulement parce qu'il s'agit d'une défaite, et dans la mesure où elle est acceptée comme défaite, la Croix devient victoire et triomphe. Non, le Christ n'est pas venu dans le monde pour remporter des victoires visibles, externes. Il S'est vu offrir un royaume, mais l'a refusé. Et au moment même où on Le trahissait et livrait à la mort, Il dit : "Crois-tu que Je ne puisse invoquer Mon Père, Qui M'enverrait à l'instant plus de 12 légions d'Anges?" (Matthieu 26,53)
Et pourtant, jamais le Christ n'a été plus roi que lorsqu'Il marcha vers le Golgotha, portant Sa propre croix sur Ses épaules pendant que la foule remplie de haine et de moqueries L'entourait. Sa royauté et puissance n'ont jamais été aussi évidentes que lorsque Pilate L'amena devant la foule, vêtu de pourpre, Le condamna à la mort d'un criminel, une couronne d'épines sur Sa tête, et que Pilate dit à la foule enragée : "Voici votre roi". Il n'y a que là que l'on puisse voir l'entièreté du mystère du Christianisme, car la victoire du Christianisme réside dans la joyeuse foi que c'est ici, à travers cet homme rejeté, crucifié et condamné, que l'amour de Dieu a commencé à illuminer le monde et qu'un Royaume s'est ouvert, que nul n'aura jamais le pouvoir de refermer. Chacun d'entre nous, cependant, doit accepter le Christ et Le recevoir de tout son coeur, de toute son âme et de toute son espérance. Sinon, les victoires extérieures sont toutes sans intérêt. Peut-être avions-nous besoin de cette défaite extérieure du monde Chrétien. Peut-être avions-nous besoin de la pauvreté et du rejet, pour purger notre foi de son orgueil terrestre et de sa confiance dans la puissance et victoire externe, afin de purifier notre vision de la Croix du Christ, élevée, exaltée et triomphante. "La Croix est la beauté de l'univers." Car quelles que soient les ténèbres dans lesquelles les peuples se trouvent, et aussi grand puisse être le triomphe externe du mal en ce monde, le coeur sait toujours et entend les paroles : "Courage, J'ai vaincu le monde."

[Extrait de, "Celebration of Faith" Sermons, Vol. 2, "The Church Year" par le Protopresbytre Alexander Schmemann, 1994]

en France :
http://www.amazon.fr/-Church-Year/







Le 14 septembre, nous fêtons l'universelle Exaltation de la précieuse et vivifiante Croix1

Alors qu'il s'apprêtait à marcher sur Rome pour s'opposer à son rival, Maxence, qui possédait des forces bien supérieures, Constantin le Grand vit une nuit le signe de la vivifiante Croix lui apparaître sous forme lumineuse dans le ciel, entouré de l'inscription: «Par ce signe, tu vaincras». Il fit alors orner ses étendards du signe de la Croix et remporta une brillante victoire, qui lui permit de prendre le pouvoir sur tout le monde romain et d'assurer le triomphe du Christianisme.

La vingtième année de, son règne, Constantin envoya sa mère Hélène à Jérusalem pour y vénérer les Saints-Lieux, y retrouver l'emplacement du Saint Sépulcre et de la Croix, que des travaux d'agrandissement de la ville, effectués sous Hadrien, avaient cachés sous les décombres. Grâce aux renseignements transmis par la tradition orale, Sainte Hélène retrouva le précieux trophée avec les deux croix sur lesquelles avaient été suspendus les deux larrons et les trois clous qui avaient servi à attacher le corps vivifiant du Sauveur. Mais la reine se trouva embarrassée de ne pouvoir discerner quelle était la Croix du Christ. La guérison d'une femme mourante à l'approche du Saint bois permit au Patriarche de Jérusalem, Macaire, de la reconnaître, car les deux autres croix n'opérèrent aucun miracle. La reine et toute sa cour vénérèrent alors et embrassèrent pieusement la Sainte Croix. Le peuple, qui était rassemblé nombreux sur les lieux, désirait lui aussi bénéficier de cette grâce, ou au moins voir de loin l'instrument de notre rédemption, tant son amour pour le Christ était ardent. Le Patriarche monta alors sur l'ambon et, prenant la Croix à deux mains, il l'éleva bien haut à la vue de tous, pendant que la foule s'écriait: «Kyrie eleison». C'est depuis ce jour que les saints Pères instituèrent de commémorer chaque année l'Exaltation de la Précieuse Croix dans toutes les Eglises, non seulement en commémoration de cet événement, mais aussi pour manifester que cet instrument de honte est devenu notre fierté et notre joie. En rappelant le geste du Patriarche et élevant la Croix dans les quatre directions de l'espace au chant du Kyrie eleison, les Chrétiens montrent aujourd'hui qu'en montant sur la Croix le Christ a voulu réconcilier en Lui toutes choses, unir toutes les extrémités de la création, la hauteur et la profondeur, dans son corps, afin de nous permettre d'avoir accès auprès du Père.

1. Jour de jeûne, même si la fête tombe un dimanche. On fait dans ce cas seulement dispense de vin et d'huile.

Vendredi 14 septembre 2007 : Exaltation de la vénérable Croix

Jour de jeûne rigoureux

Epître : 1 Co 1, 18-24 ; Evangile : Jn 19, 6-11, 13-20, 25-28, 30-35

Textes liturgiques

Quand Tu étais élevé en croix, Maître, Tu as relevé toute la nature tombée par Adam. Salut, précieuse Croix, guide des aveugles, médecin des malades, résurrection de tous les morts, qui nous as tous relevés lorsque nous étions tombés dans la pourriture. C'est par toi qu'il a été mis fin à la corruption et qu'a fleuri l'immortalité ; par toi que, mortels, nous avons été divinisés, et le diable complètement terrassé.

Dans le paradis autrefois, le bois m'avait dépouillé, puisque c'est en donnant à goûter son fruit que l'ennemi introduisit la mort ; le bois de la Croix qui apportait aux hommes le vêtement de vie fut enfoncé en terre et le monde entier fut rempli d'une joie sans bornes En la voyant élevée, peuples, adressons nous d'une seule voix à Dieu avec foi : Pleine de gloire est ta maison.

La prière des Eglises de rite byzantin

Le Synaxaire

Le 14 de ce mois, nous fêtons l'universelle Exaltation de la précieuse et vivifiante Croix.
Alors qu'il s'apprêtait à marcher sur Rome pour s'opposer à son rival, Maxence, qui avait des forces bien supérieures, Constantin le Grand vit une nuit le signe de la vivifiante Croix lui apparaître sous forme lumineuse dans le ciel, entouré de l'inscription: " Par ce signe, tu vaincras". Il fit alors orner ses étendards du signe de la Croix et remporta une brillante victoire, qui lui permit de prendre le pouvoir sur tout le monde romain et d'assurer le triomphe du Christianisme. La vingtième année de son règne, Constantin envoya sa mère Hélène à Jérusalem pour y vénérer les Saints-Lieux, y retrouver l'emplacement du Saint Sépulcre et de la Croix, que des travaux d'agrandissement de la ville, effectués sous Hadrien, avaient cachés sous les décombres. Grâce aux renseignements transmis par la tradition orale, Sainte Hélène retrouva le précieux trophée avec les deux croix sur lesquelles avaient été suspendus les deux larrons et les trois clous qui avaient servi à attacher le corps vivifiant du Sauveur. Mais la reine se trouva embarrassée de ne pouvoir discerner quelle était la Croix du Christ. La guérison d'une femme mourante à l'approche du saint bois permit au patriarche de Jérusalem, Macaire, de la reconnaître, car les deux autres croix n'opérèrent aucun miracle. La reine et toute sa cour vénérèrent alors et embrassèrent pieusement la Sainte Croix. Le peuple, qui était rassemblé nombreux sur les lieux, désirait lui aussi bénéficier de cette grâce, ou au moins voir de loin l'instrument de notre rédemption, tant son amour pour le Christ était ardent. Le patriarche monta alors sur l'ambon et, prenant la Croix à deux mains, il l'éleva bien haut à la vue de tous, pendant que la foule s'écriait: " Kyrie eleison ".

C'est depuis ce jour que les saints Pères instituèrent de commémorer chaque année l'Exaltation de la Précieuse Croix dans toutes les églises, non seulement en commémoration de cet événement, mais aussi pour manifester que cet instrument de honte est devenu notre fierté et notre joie. En rappelant le geste du patriarche et élevant la Croix dans les quatre directions de l'espace au chant du Kyrie eleison, les chrétiens montrent aujourd'hui qu'en montant sur la Croix le Christ a voulu réconcilier en Lui toutes choses, unir toutes les extrémités de la création, la hauteur et la profondeur, dans son corps, afin de nous permettre d'avoir accès auprès du Père.

 

 

Paroles à méditer

Où pourrait-on trouver un père qui accepterait de mourir sur une croix pour les crimes de ses enfants ? Habituellement, un père est attristé et plaint son fils qui doit être châtié à cause de ses crimes ; mais, bien qu'il ait pitié de son fils, il lui dira tout de même: " Tu n'as pas bien agi ; il est juste que tu sois puni pour tes mauvaises actions. "
Le Seigneur, Lui, ne nous dira jamais cela. A nous aussi, comme à l'apôtre Pierre, Il dira : " M'aimes-tu ? " De même, au Paradis, Il demandera à tout le monde: "M'aimez-vous ?" Et tous répondront : "Oui, Seigneur, nous T'aimons. Tu nous as sauvés par tes souffrances sur la Croix, et maintenant Tu nous as donné le Royaume des Cieux."

Starets SILOUANE

 

 


"Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais celui qui perd sa vie à cause de moi et de l'Evangile la sauvera." Ici se trouve la conclusion pratique de la fête. Ce n'est pas seulement à quelques disciples choisis que Jésus adresse ces paroles, mais à nous tous : " Appelant la foule, en même temps que ses disciples, il leur dit... " Notre Seigneur établit une gradation instructive, si nous savons la méditer, entre ces trois actes : renoncer à soi-même, prendre sa croix, suivre le Christ. Chacun doit prendre sa croix ; non point une croix qu'il aurait arbitrairement choisie, mais la croix, c'est-à-dire la part de souffrance et d'épreuve, que Dieu lui a assignée d'une manière spéciale et qui est l'un des aspects de la croix de Jésus lui même. Dans la fête de l'exaltation de la croix, exaltons et intronisons dans notre cœur la croix de Jésus, en appliquant à la Passion de Notre Seigneur et même à nos pauvres efforts (qui sont notre participation à la Passion) cette parole par laquelle le mystère de la Croix reçoit son interprétation la plus haute et la plus complète : " Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie... "
Un moine de L'EGLISE D'ORIENT
L'An de grâce du Seigneur

 

 

 

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