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  LITURGIES
PREMIER,DEUXIEME ET TROISIEME DIMANCHE,10H 30(suivie d'agapes)

Jeudi 11 octobre 2007
publié dans : Liturgique
par Père Jean-Pierre
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DE LA DIVINE LITURGIE

Annoncer la Bonne Nouvelle est aujourd'hui, comme hier et comme demain, l'une des principales responsabilités de l'Eglise dans le monde depuis que le Seigneur, après sa Résurrection en a chargé ses disciples. C'est là un mystère qui engage profondément l'expérience de toute vie chrétienne et qui la rattache à l'existence humaine dans le monde créé où vivent les hommes.

Cette Bonne Nouvelle, qui n'est pas une simple nouvelle agréable mais la vie, c'est-à-dire la conviction que Dieu a envoyé son Fils pour notre salut, nous allons essayer maintenant de mieux la cerner par une méditation sur la célébration de l'Eucharistie, puisque mieux que tout autre acte la divine Liturgie (le sacrifice de la messe) témoigne la présence du Dieu personnel en communion dans l'Eglise qui est son Corps avec les hommes.

Par conséquent, la première fonction de la divine Liturgie est de reconnaître que notre être, image du Dieu Vivant, est appelé « à mettre en lumière pour tous l'économie du mystère tenu caché depuis toujours en Dieu, en Celui qui a créé toutes choses » (Ep 5, 9). Saint Maxime le Confesseur explique que lors de la célébration eucharistique, le monde entier se révèle comme une église : la nef, dit-il, est l'univers sensible ; les anges constituent le chœur et l'esprit de l'homme le Saint des Saints : « Ainsi l'homme, à ce moment-là, devient la jointure entre le divin et le terrestre » et de « lui se diffuse la grâce sur toute la création » puisque « son âme, sous la conduite du Verbe, offre l'univers à Dieu comme sur un autel ».

« En toutes choses, faites eucharistie », lisons-nous dans la première épître de Paul aux Thessaloniciens (5, 18) : à l'Eucharistie comme sacrement répond en effet l'Eucharistie spiritualité, qui entraîne la métamorphose de tout l'être de l'homme et de tout l'être par l'homme. Ici, l'Esprit Saint est impassiblement réparti et se communie en entier, et le pain eucharistique bénit tous ceux qui y participent. Alors, l'inouï se fait entendre et l'ineffable se fait dire ineffablement, et il y a place pour que l'homme vive : les boiteux, les aveugles, les invalides sont invités au repas mystique, à la Vie véritable, là même où le monde à venir devient l'intérieur de la Parole biblique ; les petits enfants, les malades, les avilis, les déchus et ceux qui ne sont pas des êtres sont invités aussi au festin du Royaume.

Comprenons-nous bien, chers amis, la divine Liturgie est célébrée pour que les affamés soient rassasiés, pour que les assoiffés soient désaltérés, pour que ceux qui souffrent et qui pleurent soient consolés. Oui, notre messe est vraiment taillée à la mesure de l'homme ; et elle fait fi de tous ces spécialistes que notre théologie ne concerne pas, parce que lors de la célébration de l'Eucharistie, la Parole de Dieu et la parole de l'homme se rencontrent en une offrande réciproque : l'une révèle, invite, se communique; l'autre supplie, adore, se donne.
« En toutes choses, faites eucharistie », a si bien dit l'Apôtre !
« Nous tous qui dans ce mystère représentons les Chérubins... »

Cette hymne qui nous introduit dans la liturgie des fidèles ne supprime-t-elle pas d'emblée l'opposition entre le temps de l'éternité, de la réalité céleste et le temps de la réalité terrestre ? Ne nous place-t-elle pas dans l'affirmation de l'unité du passé, du présent et du futur qui permet l'acceptation complète et la sanctification de chaque instant de notre existence tout comme de l'histoire humaine tout entière ? Tant il est vrai que dans pareille situation, il convient de définir toute vie liturgique comme un témoignage d'espérance par lequel les hommes ne s'opposent plus et ne se tourmentent plus vraiment, puisque c'est le tout qui appartient enfin à tous et non plus une partie seulement. Si à notre époque beaucoup ont perdu le sens même de Dieu, si pour eux, la notion de la divinité est totalement « hors du jeu », n'est-ce pas qu'ils n'ont pas compris que toute célébration liturgique est à la fois éminemment sociale et ecclésiale ? Du coup, la prière, la foi, l'amour, la charité cessent d'être « miens » et deviennent « nôtres » et la relation entière de l'homme avec Dieu devient relation de Dieu avec son peuple.

Partant, ce témoignage d'espérance que porte en elle notre Liturgie eucharistique découle de ce que :
- en premier lieu, elle possède sa propre vision du monde, qui non seulement peut, mais doit être transposée dans la vie actuelle ;
- de ce qu'en second lieu, elle recèle une conception de l'homme qui pourrait se révéler particulièrement nécessaire aujourd'hui ;
- de ce qu'elle donne une interprétation de l'histoire et de ses problèmes, de la vie morale et de ses possibilités qui est tout particulièrement nécessaire aujourd'hui ;
- de ce qu'enfin elle donne une interprétation de l'histoire et de ses problèmes, de la vie morale et de ses possibilités qui mérite d'être tout particulièrement soulignée à notre époque.

Ceci, parce que la divine Liturgie sauvegarde à tout moment la nature unifiée de l'homme, par opposition à l'angoisse d'un bon nombre de nos contemporains, fortement tributaires des transformations scientifiques et philosophiques récentes, et qui font désormais très difficilement la distinction entre le naturel et le surnaturel, séparant ainsi volontiers leur âme du corps et leur esprit de la matière. Mais que se passe-t-il quand. à la fin de la messe, nous sommes invités à nous retirer en paix ? Est-ce que notre participation au mystère eucharistique conduit vraiment à la transfiguration et au renouvellement de la Création et de l'homme en Christ ?

C'est en cela que réside la seule et vraie (pour nous) question.

Voyons les choses comme elles se présentent dans la réalité : il ne suffit pas de parler au monde pour le changer. Le monde au contraire a besoin d'une expérience de la Croix, d'une victoire héroïque de l'ascèse qui l'introduira dans la vraie dimension du Royaume à venir afin que soient déifiés, sanctifiés et l'espace et le temps. Et dans une telle vision, il ne peut y avoir de place pour un Evangile dit « simplement social ».

Alors, pourquoi, oui pourquoi notre incapacité à rencontrer l'homme d'aujourd'hui ? Sans aucun doute à cause de notre mauvaise présentation du témoignage, qui asphyxie l'homme du XXème siècle par des constructions normalisantes au lieu de lui affirmer son intégrité et qui bien souvent nous enferme tous dans une sorte d'autodéfense de formes mortes.

Reconnaissons-le humblement : nous avons fait de notre présence dans le monde « une somme de chrétiens sans unité ni communauté ».

Malgré le lyrisme de tant de nos contemporains humanitaires, écrit un éminent représentant de notre Eglise en France, nous savons bien qu'il y a de la mort et qu'il y a de l'enfer dans l'homme, qu'il y a de la mort et qu'il y a de l'enfer entre les hommes.

La seule nouvelle qui soit pour toute existence humaine bonne nouvelle, c'est le message des apôtres devenu celui de l'Eglise « CHRIST EST RESSUSCITE ! » Qu'on le reconnaisse ou non, aucune forme de la vie et de la culture n'échappe en effet à l'universalité de l'Incarnation.

C'est pourquoi le mystère de l'Eucharistie nous exhorte à toujours œuvrer non pas dans le sens d'adapter l'Eglise à la mentalité du monde, mais l'Eglise avec le monde d'aujourd'hui à la Vérité divine.

Les Pères de l’Eglise, ne l’oublions pas, n’ont pas uniquement gardé la foi tout en accomplissant l’intégration dans leur théologie des réalités créées de leur époque, pour les élever au-dessus du niveau du temps ; ils ont aussi durement travaillé afin que l’Eglise transforme et sauve le monde.

Frères chrétiens, pour conclure, demandons à dieu qu’il nous donne « de réunir tout ce qui est sur la terre et dans les cieux sous un seul chef, le Christ » (Ep 1, 10) afin que seul le Seigneur « soit tout à tous » (1 Co 15, 28) ; car c’est par là et par là seulement que passera notre solidarité avec le monde et notre démonstration qu’existentiellement l’Eglise est bien le monde transfiguré.


Métropolite Stephanos de Tallinn et de toute l’Estonie

 

Lundi 1 octobre 2007
publié dans : Liturgique
par Père Jean-Pierre

L’importance que revêt l’étude
de la pratique liturgique

Le grand instructeur de la vie spirituelle, l’Evêque Théophane le Reclus de Vysha, dit que la prière est “le réceptacle et le champ de toute vie spirituelle ou encore la vie spirituelle elle-même en mouvement et en action” (1). Il donne une autre définition concernant la prière : “la prière est le souffle de l’âme” (ibid). Si la prière est la respiration de l’âme de chaque individu chrétien, alors la prière en commun, l’office divin, est la respiration de l’âme de la société toute entière des Chrétiens, c’est-à-dire de l’Eglise. Si le Chrétien prie négligemment et pauvrement, la vie spirituelle meurt en lui. S’il cesse complètement de prier, il est en danger de mort spirituelle. Exactement de la même façon, seule est en vie une église où la vie spirituelle existe, où la prière en commun est conduite de la bonne manière, où l’office divin est accompli convenablement et dans l’ordre. L’église où l’office divin est célébré avec négligence, où il est accordé une importance secondaire au rituel, où le rituel est accompli uniquement “pour la forme”, une telle église meurt spirituellement.
 Telles sont les considérations fondamentales selon lesquelles on devrait accorder la place la plus importante et la plus honorable dans les écoles théologiques à l’étude pratique liturgique comme science de l'office divin. Malheureusement, cela n’a pas toujours été le cas partout et ne l’est toujours pas. Dans certaines écoles la connaissance liturgique étaient autrefois enseignée comme une science aride, abstraite, séparée du “souffle de l’âme” des offices divins. Il en résultait que ceux qui terminaient leurs études théologiques, lorsqu’ils étaient ordonnés, n’étaient pas capables de célébrer convenablement les offices divins. On prêtait beaucoup d’attention au processus historique dans le développement de nos offices divins. Une grande importance était donnée à l’opinion des différents érudits quant à l’origine de tel ou tel aspect de l’usage rituel, de tel ou tel acte liturgique. On y parlait beaucoup du symbolisme de différents rites religieux. Cependant, l’office divin lui-même, son déroulement, son ordre et son contenu étaient laissés sans l’attention qui leur était due.
 En attendant, quelle richesse est contenue dans nos offices divins ! Seul celui qui s’y plonge profondément en les étudiant d’après les sources originales, nos merveilleux livres liturgiques, le verra. Nos offices divins nous présentent une véritable “école de piété” et une réelle école théologique, nous enseignant par des images vivantes, colorées et des expressions de prière hautement inspirées toutes les sciences théologiques.
 Ainsi, le cycle annuel nous expose intégralement, avec leurs personnages et leurs événements majeurs, toute l’histoire biblique, l’Ancien Testament aussi bien que le Nouveau Testament, ainsi que l’histoire de l’Eglise, générale et même particulière, comme celle de l’Eglise Russe. Devant nous défilent les figures majestueuses des ancêtres patriarches de l’Ancien Testament, des grands guides du peuple élu de Dieu, Moïse et Josué, les Juges des Rois d’Israël, les redoutables prophètes, les zélateurs de Jéhova et les dénonciateurs de l’apostasie du vrai Dieu par le peuple Hébreux. Les  merveilleuses préfigurations et prophéties de la venue du Messie sont révélées et puis, à travers le cycle complet des fêtes, toute l’histoire du Nouveau Testament depuis la Nativité de Jean le Baptiste jusqu’à l’Ascension du Seigneur. Là est contenue l’histoire de l’Eglise à travers les personnes et les événements, une histoire générale aussi bien que l’histoire de l’Eglise Russe en particulier.
 Et combien de grandes vérités dogmatiques nous sont révélées avec nos versets et canons sous des formes poétiques sublimes ! Particulièrement les hymnes triadiques nous annoncent, d’une manière vivante et imagée, la grande vérité de l’”Unité dans la Trinité” - l'Etre Divin Trois en Un. Les théotokion (
2) et parmi eux les dogmatiques plus spécialement, nous annoncent le grand mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu par la toute pure Vierge Marie inépousée, le dogme perpétuellement confessé de l’Eglise concernant la virginité absolue de la Mère de Dieu inépousée. Pour celui qui sait lire et approfondir, c’est tout le cours d'enseignement dogmatique prodigué par l'Eglise : sur Dieu, Un en essence et trinitaire en Personnes; sur Dieu en tant que Créateur du monde et de l’humanité; comme Providence et Salut de l’homme; sur le Fils de Dieu en tant que Rédempteur; sur le Saint Esprit comme sanctificateur, sur l’Eglise comme trésor de la Grâce du Saint Esprit. Il est donné à chacun des sept Mystères sa pleine expression dans un office séparé où leur importance et leur signification sont révélées totalement sous leurs différents aspects. Pour finir, nous avons la dernière destinée du monde et de l’homme : la seconde venue du Christ, le Jugement Dernier, l’éternelle souffrance des pêcheurs et l’éternelle félicité des justes.
 Que de matière nous donnent aussi les livres de nos divins offices dans le domaine de la “théologie morale” - l’enseignement de la moralité chrétienne ! Dans ce domaine nous trouvons des exemples inépuisables dans les vies des saints plaisants-à-Dieu. Et par dessus tout, nous trouvons l’enseignement de la prière dans les formes innombrables des prières les plus diverses pour toutes les occasions de la vie, répondant à tous les différents besoins de l’être humain. Nous avons une description complète de la guerre, entre la vertu et le péché, qui fait constamment rage dans l’âme humaine, ; les nobles exemples de vertu; la censure du péché; les exemples vivants de vie vertueuse ou dépravée puisés dans l’Ecriture Sainte, l’histoire de l’Eglise et les vies des saints. Dans ce domaine, une matière particulièrement riche nous est fournie par le Triode de Carême avec son incomparable Canon pénitentiel et exalté de Saint André de Crète, et aussi par quantité de versets dits “de pénitence” ou “de contrition”  dans l’Octoèque.
 Et non seulement les sciences théologiques mentionnées ci-dessus trouvent d’une façon ou d’une autre leur expression dans nos offices divins orthodoxes, mais aussi toutes les autres sciences puisent d’eux leur contenu. Le déroulement des siècles a permis à nos offices divins de s'élaborer en un système harmonieux, d'un contenu particulièrement riche, grâce aux efforts de beaucoup de grands hymnographes, d'hommes de prière et d'ascètes, de Pères Saints de l’Eglise. Pour mettre en ordre toute cette riche matière, un arrangement spécial a été conçu dépendant des jours et des mois de l’année avec des indications exactes précisant quand et comment, et quels jours et à quel office, et dans quel ordre cette matière doit être utilisée. C’est le Typikon ou Oustav.
 La première et la plus ancienne édition du Typikon remonte au Vème siècle de l’Ere Chrétienne et revient au Monastère de Saint Sabbas le Sanctifié, près de Jérusalem. La seconde édition nous est venue du IXème siècle, du Monastère de Saint Théodore le Studite. Le Typikon a été composé en application du commandement du Saint Apôtre Paul qui indiquait qu’à l’Eglise tout devrait se faire avec bienséance et avec ordre  (I Corinthiens 14 : 40).
 On aurait pu croire que, possesseurs d’un héritage aussi riche reçu des premiers siècles du Christianisme, nous ressentions la nécessité d'étudier le Typikon, de nous y plonger et d’essayer de l’utiliser pleinement pour notre instruction et le salut de nos âmes.
 Cependant, qu’observons-nous à notre époque dans la réalité ? Pour la majeur partie des fidèles, cette richesse spirituelle la plus grande est devenue inapprochable, comme enfouie sous le boisseau; elle reste complètement inutilisée.
 La raison s'en trouve, bien sûr, surtout dans la sécularisation de la vie, dans l’éloignement de l’Eglise, qui a débuté il y a longtemps dans la société russe, à partir du milieu du XVIIème siècle, comme résultat de l’imprudent rapprochement avec l’Occident et de l'enthousiasme désinvolte pour la pseudo-culture occidentale anti-chrétienne. Dans la société, des aspirations et des intérêts séculiers totalement différents, en opposition aux spirituels, ont commencé à dominer. La foi véritable et vivante commença à s’affaiblir, et les gens vinrent à se lasser des véritables offices conduits selon le Typikon lui-même. Les offices furent raccourcis. Le résultat de ce processus, observable dans les paroisses contemporaines, est que seul reste le squelette de l’office. Les parties invariables restent, mais les stichères sont souvent coupées ou laissées de côté. Tel est aussi le cas des matines. Les odes des canons sont coupées, tous les hirmi  ne sont pas chantés, de même que les katavassia, (2) et ainsi de suite. Cela en dépit du fait que toute la richesse et la profondeur des offices se trouvent dans les stichères et les canons. On y trouve le reflet des fêtes, la glorification des saints en mémoire desquels les offices sont célébrés. Avec de telles abréviations, les fidèles ne sont pas marqués par l’événement célébré, attendu que, exception faite du tropaire et du mégalinaire, ils n’entendent rien qui soit en relation avec la fête en question. Pour cette raison, toute la richesse ci-dessus mentionnée de nos offices divins est perdue, elle reste inaccessible aux fidèles.
 En même temps, les partisans d'une abréviation des offices veillent à ce que les parties invariables de l’office soient diversifiées et ils ont souvent recours à des harmonisations à quatre voix de style concert. Pour cette raison, les chefs de choeur consacrent beaucoup de temps à l’exécution de morceaux de concert compliqués pour les hymnes fixes qui sont répétées à chaque office, comme par exemple : « Bénis le Seigneur, ô mon âme  ! … »; « Bénis sois l’homme…»; « Maintenant Seigneur, Tu laisses s’en aller Ton serviteur en paix…»; «Tu es bénis, Seigneur…» ou la Grande Doxologie. En fait, avec un chant sobre (harmonisé simplement) le temps passé en concerts pourrait être utilisé à chanter les stichères et à la lecture des canons. Bien sûr, l’utilisation de chant simple et le matériau additionnel, les offices seraient un peu plus long. Cependant, les fidèles auraint la possibilité d'approfondir la signification de l’événement célébré et de recevoir une édification spirituelle. Les offices ne seraient pas monotones (certains disent ennuyeux), comme c’est souvent le cas maintenant, ce pour quoi les fidèles perdent tout intérêt pour eux et nos églises sont vides durant les vigiles. Bien au contraire, ils seront alors utiles et édifiants par leur teneur même. Un tel office divin crée une disposition spirituelle, un élan de l'âme, et remplit les fidèles avec les dons de la Grâce du Saint Esprit.
 Le chant théâtral de style concert est devenu à la mode en Russie au cours des deux derniers siècles et constitue une violation directe du 75ème Canon du Sixième Concile Œcuménique qui établit :          « Nous attendons de ceux qui viennent chanter à l’Eglise qu'ils n'usent pas de clameurs désordonnées, ne se forcent pas à pousser des cris sans naturel, ni n’introduisent quoi que ce soit qui ne conviendrait pas ou serait impropre à l’Eglise; mais au contraire qu'ils offrent des psalmodies avec une profonde attention et contri-tion envers Dieu, qui voit tout ce qui est caché. Car la parole sacrée a appris aux enfants d’Israël à être révérencieux (Lev. 15, 31).»
 Le chant d’origine italienne est arrivé en Russie en même temps que les immigrants Italiens pendant et après le règne de Catherine II, et introduisit dans nos églises un esprit étranger à la Sainte Orthodoxie. Sous l’influence d’un engouement général pour l’Occi-dent dans tous les domaines de la vie, il s’est répandu largement dans toute la Russie et y a établi des racines profondes. Néanmoins, au début de ce siècle il y eut des gens en Russie qui se mirent à comprendre le problème touchant le chant d’église et commencèrent à retourner aux anciennes et sobres mélodies ecclésiales.
 Le Nouveau-Hiéromartyr Arsène, Archevêque de Novgorod, qui à un moment fut l'un des trois candidats au patriarcat lors du Concile Pan-Russe de 1917, jouissait d'une grande autorité sur la question de chant ecclésial. Dans le but de faire revenir les choeurs d’église au véritable chant, tel qu'il était pratiqué en Russie pendant une période de 700 ans depuis le  Baptême de la Russie, il convoqua à deux reprises dans son diocèse des conférences pour professeurs de chant d’église, en 1911 et en 1913. A la première de ces conféren-ces il prononça un discours dont nous citerons quelques réflexions.
 « Dès le début du XVIIème siècle, nous avons dirigé nos regards vers l’Occident et alors nous avons commencé à changer sous bien des aspects », dit Monseigneur Arséne. « Nous avons oublié que le chant d’église est un saint travail. Nous avons oublié les superbes chants znaménny, bulgares et grecs, ... les chanteurs d’église s’imaginent être des artistes... Pour cette raison ils choisissent souvent des mélodies qui ne conviennent pas pour des hymnes liturgiques et ils sont prêts à faire du choeur une scène... c'est pourquoi nous répondons devant Dieu pour cette profanation des offices divins avec nos chants. Le choeur n’est pas une scène pour acteurs. A l’église, tout devrait être sacré.” La caractéristique fondamentale qui distingue le vrai chant d'église, c'est l'absence totale de pathos
(3).
 Comme le chant, la peinture sacrée ou iconographie se trouve très étroitement liée à la réalité liturgique. Si le chant se doit d’illustrer et de graver profondément dans nos coeurs la matière liturgique par le moyen d’un organe aussi important de nos sens externes que l’ouïe, ainsi l’iconographie agit-elle par le moyen d’un autre organe des sens : la vue. L’iconographie de la même manière que le chant doit contribuer à l’éducation des fidèles dans un esprit orthodoxe : l’iconographie doit répondre aux besoins de l’ascèse orthodoxe et amener non pas au charme,  mais à un sentiment religieux sain.
 L’iconographie orthodoxe n’est pas réaliste, mais symbolique. Elle ne peut et ne devrait pas illustrer quoi que ce soit de ce monde, qui se trouve dans le mal, défiguré par le péché, portant en lui la marque du péché et attirant vers le péché. L’iconographie ne devrait pas rappeler quoi que ce soit de terrestre. Au contraire, elle devrait attirer les pensées et sentiments loin de toute chose de ce monde et nous porter dans un autre monde plus élevé, le monde spirituel. Ce ne sont pas seulement les madones de Raphaël que l’on ne devrait pas trouver dans les églises orthodoxes, mais encore la totalité des représentations impropres  à nous éloigner de toute chose terrestre, Même si elles semblent  sublimes et magnifiques du point de vue de l’esthétique, elles présentent néanmoins des images purement terrestres, rencontrées sur terre, et liées au idées terrestres. L’iconographie, tout comme le chant d’église, devrait nous séparer complètement du terrestre. Sans cela elle ne sera pas orthodoxe et ne pourra nous instruire dans l’Orthodoxie.
 Tels sont les critères, la pierre de touche pour évaluer l’”Orthodoxie” du chant d’église et de l’iconographie. Ici, il n’est pas question de choses telles que “les goûts personnels”; là nous ne pouvons pas nous permettre le critère : “Cela me plaît - cela ne me plaît pas.” Les chants tout comme l'iconographie doivent être par dessus tout en accord avec l’esprit de l’ascèse orthodoxe, qui demande un renoncement total au monde, avec l’enseignement orthodoxe sur la prière, libre d'illusion exaltée. Pour cette raison, nous ne pouvons oublier un seul instant que, d’après les paroles du disciple bien-aimé du Christ, le Saint Apôtre Jean le Théologien, « Le monde entier gît dans la mal  » (I Jean 5 : 19) et  « si quelqu'un aime le monde, l’amour du Père n'est point en lui  » (I Jean, 2 : 15). L’absence de pathos est le véritable critère de “l’Orthodoxie” du chant d’église et de l’iconographie.
 Et cette question est très importante ! Les offices divins devraient cultiver chez les fidèles l’esprit de l’Orthodoxie et non l'illusion  occidentale. Le chant occidental et l’art réaliste illicites envahissant nos églises ne peut évidemment qu’entretenir l’esprit de l’illusion occidentale trompeuse et exaltée si destructrice pour les âmes - mais en aucun cas dans l’esprit de la véridique piété orthodoxe.
 En relation avec ce qui a été dit plus haut, il est important de remarquer que tous les hétérodoxes qui ont commencé à s’intéresser à l’Orthodoxie et se sont rapprochés instinctivement de l’Eglise Orthodoxe - et nous en voyons de plus en plus dans notre diaspora -aiment, apprécient et estiment grandement nos chants anciens et notre iconographie ancienne, ce qui reflète parfaitement toute la beauté sublime et céleste de l’Orthodoxie. Nombre d’entre eux tressaillent de dégoût et s'étonnent quand ils entendent dans nos églises les morceaux de bravoure italiens qui n’ont rien en commun avec l’Orthodoxie.
 Ainsi la pratique liturgique devrait être l’étude vivante de la vive richesse de l’Eglise qui se trouve dans nos livres des offices divins, sans être ainsi séparée de son expression externe dans le chant d’église et l’iconographie.
 C’est une telle mission que nous tâchons au Séminaire de la Sainte Trinité d’accomplir, selon nos possibilités et nos forces. Nos séminaristes apprennent les offices divins dans la pratique. Ils étudient aussi l’histoire des offices divins. Ils participent aux choeurs de l’église et servent dans le sanctuaire. De cette façon, ceux qui s'y essayent ont la possibilité non seulement de connaître de près les offices et d’apprendre le chant d’église, la conduite des offices, mais aussi de s’immerger dans la vie d’une année liturgique.
 Au cours des dernières années, nous avons organisé des séminaires de chants d’église, qui se tiennent l’été. Ensuite, la Commission de Chant Liturgique du Synode des Evêques tient des conférences annuelles qui sont conduites précisément dans l’esprit de l’Eglise et dans la direction dont le Nouveau Hiéromartyr Arséne de Novgorod a souligné l'importance. Sur son initiative et avec sa bénédiction avait été édité le “Spoutnik Psalomchtchika” - (Le Compagnon du Chantre ) en 1913. En 1916, il y avait déjà trois éditions de ce livre en Russie. La presse du Monastère de la Sainte Trinité a réédité cette aide précieuse pour le choeur en 1959. Nombre de nos paroisses utilisent désormais ce “Compagnon” au choeur. Le “Spoutnik Psalomchtchika” se révèle aussi le principal manuel d'enseignement pour nos Conférences de chant liturgique. Nous trouvons un tel guide de la tradition du chant liturgique dans la majorité de nos paroisses où les diplômés du séminaitre de la Sainte Trinité sont prêtres.
 Jusqu’à un certain point nous pouvons aussi observer que dans la majorité des paroisses de l’Eglise Hors-Frontières aujourd'hui l’iconographie ecclésiale est conservée dans la tradition ancienne Russo-Byzantine, grâce à notre iconographe, l’Archimandrite Cyprien, autour de qui s’est réuni dans notre monastère pour ainsi dire une école et une tradition iconographiques. Beaucoup de nos églises ont été peintes par l’Archimandrite Cyprien et par ses élèvess. Ils ont aussi peint des icônes qui ont été éditées et distribuées non seulement parmi nos fidèles mais aussi massivement en Russie.
 Que l'association de ces arts sacrés puisse réchauffer en nous la piété personnelle sur la voie de notre salut !

Archevêque Lavr de Syracuse et Sainte-Trinité

 

 Allocution prononcée pour la promotion du Séminaire
de la Sainte-Trinité à Jordanville en juin 1995
Pravoslavnaia RoussN°19, 1995 - Orthodox Life  N° 4, 1995
Traduit par C.Savykine

1) Un aperçu de l’Enseignement Moral Chrétien - pp 405-406
2)“théotokion”, “hirmi”, “katavassia” : pour ces termes liturgiques voir le  Dictionnaire russe français des termes en usage dans l'Eglise Russe  par M. Roty, Institut dEtudes Slaves, Paris, 1980
3) “pathos” ici au sens de moyen visant à émouvoir, à créer un état passionnel. Le russe parle en fait de passionnel et d'absence de passionnel - bezstrastnost.

 

Dimanche 8 juillet 2007
publié dans : Liturgique
par Père Jean-Pierre

 54e Semaine d’études liturgiques

La 54e semaine d’études liturgiques organisée par l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, à Paris, s’est déroulée du 25 au 28 juin 2007, sur le thème : « Confirmation et chrismation : questions autour d’un rite post-baptismal ». Vingt-cinq intervenants, venus de Belgique, de France, de Grèce, d’Italie, du Liban, de Pologne, de la République tchèque, de Roumanie, de Russie et de Suisse, parmi lesquels douze orthodoxes - le père Ioan Bizau (faculté de théologie de Cluj, Roumanie), le père Boris Bobrinskoy (Institut Saint-Serge), le père Antoine El Soury (Liban), le père Job Getcha (Institut Saint-Serge), Françoise Jeanlin (Institut Saint-Serge), Nicolas Kazarian (Institut Saint-Serge), le père Pavlos Koumarianos (Athènes), André Lossky (Institut Saint-Serge), Michel Stavrou (Institut Saint-Serge), Joost Van Rossum (Institut Saint-Serge), le père André Wade (Turin) et sœur Xenia Werner (Saint-Petersbourg) ; huit catholiques - le père Yves-Marie Blanchard (Institut Catholique de Paris), le père Paul De Clerck (Institut Catholique de Paris), Emmanuel Fritsch (communication lue en absence), le père Marco Gallo (Rome), le père Jozef Lamberts (Leuven), le père Marcel Metzger (Université de Strasbourg), le père Przemyslaw Nowakowski (Cracovie) et le père Thomas Pott (Chevetogne) ; et cinq protestants - les pasteurs Bruno Bürki (Université de Fribourg, Suisse), Laurent Gagnebin (Paris), David Holeton (Prague), Stuart Ludbrook (Colombes) et Jacques-Noël Pérès (Institut Protestant de Théologie, Paris) ont abordé différents aspects du sujet retenu cette année.

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La première partie du colloque a retracé l’histoire de la chrismation et de la confirmation. Apparue en Syrie, la chrismation était à l’origine une onction pré-baptismale avec un sens profondément christique. A la fin du quatrième siècle, autour du deuxième concile œcuménique (Constantinople, 381), une onction post-baptismale fut introduite en Orient comme l’atteste le 48 e canon du concile de Laodicée. Le 7e canon du deuxième concile œcuménique prescrit de son côté de recevoir certains hérétiques qui reviennent à l’Eglise par la chrismation. Ce canon, repris par le 95e canon du concile in Trullo a d’ailleurs esquissé trois modes de réception dans l’Eglise orthodoxe des schismatiques et des hérétiques : ceux qui étaient reçus par le baptême, ceux qui étaient chrismés et ceux que l’on admettait à la communion de l’Eglise par profession de foi et abjuration.

En Occident, dans le contexte de l’évangélisation des campagnes et l’augmentation du nombre de baptêmes d’enfants, la séparation de la confirmation de l’ensemble de l’initiation chrétienne qui était désormais administrée par le prêtre, s’explique par le désir de maintenir un lien avec l’évêque. Ceci conduira à en faire, dans la théologie scolastique au moyen âge qui s’inspirera d’une fausse décrétale du pape Melchiade, un sacrement lié à l’âge de la maturité. Ce sacrement, distinct du baptême, sera même parfois repoussé après la première communion. Ceci eu comme fâcheuse conséquence d’inverser l’ordre primitif des rites de l’initiation chrétienne.

La Réforme a quant à elle rejeté ce nouveau sacrement, distinct du baptême, comme non fondé scripturairement. Elle l’a reconnu tout au plus comme un rite ecclésiastique (tel fut le cas de Luther). Busser fut cependant un ardent défenseur de la confirmation dans le protestantisme. Paradoxalement, l’Eglise réformée de France qui a officiellement supprimé la confirmation de son enseignement continue néanmoins à la pratiquer comme rite de passage, souvent lié à la fin du catéchisme.

La deuxième partie du congrès a porté sur une enquête biblique sur les onctions d’huile, l’imposition des mains et le don de l’Esprit de Dieu dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

La troisième partie du colloque s’est ensuite préoccupée des implications pastorales de la chrismation ou de la confirmation. Y ont été abordées les questions de la chrismation comme rite d’admission dans l’Eglise des chrétiens d’une autre confession et de l’âge du baptême des enfants. Furent également traitées les pratiques de consécration du saint myron à Kiev et à Moscou, de l’initiation chrétienne chez les vieux-croyants de Russie et de la chrismation dans la liturgie éthiopienne.

Enfin, la quatrième partie du congrès s’est interrogée du sens théologique donné à la confirmation et à la chrismation. Ce fut l’occasion d’exposer le point de vue protestant de Pierre Gisel, la théologie sacramentelle de Nicolas Cabasilas et l’argumentation du patriarche Jérémie II de Constantinople en dialogue avec les théologiens luthériens de Tübingen.

Cette semaine d’études liturgique, particulièrement riche par ses exposés et ses débats, a permis de revisiter l’unité des trois sacrements de l’initiation chrétienne, de discuter la question du pédobaptisme et des implications pneumatologique, christologique, ecclésiologique et anthropologique des rites de chrismation et confirmation, de s’interroger sur la notion et la nécessité éventuelle de rites de passage dans l’Eglise, et de rappeler la nécessité de se libérer de systématisations tel le septénaire scolastique. Ayant su interroger l’histoire, les interventions ont illustré que la Tradition est l’expérience vivante de l’Eglise, éclairée par l’Esprit-Saint. Le fait que dans le dialogue œcuménique tous se retrouvent dans l’initiation chrétienne indiquerait peut-être que le point essentiel de la problématique retenue cette année se trouve dans le devenir chrétien.

(JPG) En marge du congrès, ont été présentés deux nouveaux livres parus aux Presses Saint-Serge. Le quatrième volume de la collection « Analecta Sergiana » est une enquête biblique, patristique et philologique sur les prières propres aux liturgies de saint Jean Chrysostome et de saint Basile. Cet ouvrage fut d’abord présenté par l’auteur, le père Nicolas Molinier, avant que le professeur André Lossky n’indique l’utilité de cet instrument de travail. Le deuxième ouvrage présenté est la deuxième édition augmentée du livre « Pour la vie du monde » du père Alexandre Schmemann, épuisé depuis longtemps. Le fils de l’auteur, Serge Schmemann, le professeur Joost Van Rossum et le père Nicolas Ozoline ont fait part de leurs souvenirs sur l’auteur et le contexte de la rédaction de ce livre. Ces ouvrages sont en vente à la Librairie Saint-Serge. (JPG) La 55e semaine d’études liturgiques se tiendra à l’Institut Saint-Serge du 23 au 26 juin 2008.

Dimanche 8 juillet 2007
publié dans : Liturgique
par Père Jean-Pierre
6e dimanche après la Pentecôte | Accueil

dim. 08 juil. 2007

Recension : "Hiéromoine Nicolas Molinier, Les « propres » des Divines LIturgies de saint Basile et de saint Jean Chrysostome"

Nicolas_molinier Les deux principales Liturgies en usage (selon les moments de l’année liturgique) dans l’Église orthodoxe, celle de saint Jean Chrysostome et celle de saint Basile le Grand, comportent des parties communes, mais aussi des parties « propres », c’est-à-dire particulières à chacune d’elles et par lesquelles elles se distinguent, à savoir : la prière pour les catéchumènes, les prières 1 et 2 des fidèles, l’anaphore, la prière avant le Notre-Père, la prière tête inclinée, la prière après la communion et la prière pour la consommation des dons.
C’est à ces parties propres qu’est consacré ce livre du Père Nicolas Molinier, bien connu déjà pour sa traduction de l’« Histoire lausiaque » de Pallade et pour son étude sur l’ascèse, la contemplation et le ministère selon l’« Histoire lausiaque ».
L’ouvrage comporte quatre parties. La première est une synopse (édition en parallèle) des textes grecs des parties propres des deux Liturgies, suivie d’un index des références bibliques qu’elles comportent. La deuxième est un index de tous les mots grecs qu’elles utilisent. La troisième est un commentaire d’un certains nombre de termes fondamentaux dont le sens exige d’être explicité et précisé. La quatrième est une synopse des textes traduits en français.
L’ouvrage a une apparence savante, et l’on peut regretter que, vu le petit nombre de lecteurs qui lisent aujourd’hui le grec, l’auteur ait, dans la partie commentaire, cité les mots grecs dans leur forme originale sans les accompagner d’une translittération ou/et d’une traduction.

Mais au-delà de cette apparence et de cet inconvénient, ce livre est susceptible d’intéresser et d’enrichir l’approche et la compréhension de la Liturgie d’un grand nombre de fidèles. Dans un préambule où il manifeste autant de modestie que d’humour, l’auteur justifie ainsi son projet : « Les pages que nous proposons sont nées du désarroi d’un hiéromoine français, las d’avoir à célébrer les saints Mystères muni seulement de traductions à l’évidence fautives et, en quelques passages, incompréhensibles ».
Dans ce livre, le lecteur accompagnera donc l’auteur dans une démarche qui n’est pas a priori universitaire et abstraite, mais correspond à un besoin vital de mieux comprendre le sens de certains termes ou de certaines formules dont le sens est ambigu ou peu clair. Pour éclairer sa recherche, l’auteur a abondamment puisé aux sources bibliques et patristiques, notamment aux textes de saint Jean Chrysostome et de saint Basile qui, comme le rappelle le préfacier, André Lossky professeur de liturgique à l’Institut Saint-Serge, sont bien, selon les dernières recherches scientifiques, les principaux auteurs des Liturgies qui portent leurs noms.
Ce ne sont donc pas seulement les spécialistes de la Liturgie ou le petit groupe d’« experts » qui travaille à améliorer les traductions existantes qui profiteront de ces réflexions éclairantes du Père Nicolas, mais tous les fidèles qui cherchent à approfondir leur compréhension de la Liturgie afin de mieux la vivre.

Jean-Claude Larchet

Le livre peut être acheté ou commandé à la librairie Saint-Serge (93 rue de Crimée - 75019 Paris. E-mail librairie.saintserge@wanadoo.fr ; Tél./fax : 01 42 01 19 13). Le prix de vente est 20 euros (sans les frais de port). Pour la vente par correspondance, le règlement se fait lors de la réception de la facture.

Dimanche 24 juin 2007
publié dans : Liturgique
par Père Jean-Pierre

Vendredi 29 juin 2007 : Saints, glorieux et illustres apôtres Pierre et Paul

Epître : 2Co 11, 21-12,9 ; Evangile : Mt 16, 13-19

Tropaire ton 4

Princes des Apôtres divins * et docteurs de l'univers, * intercédez auprès du Maître universel * pour qu'au monde il fasse don de la paix * et qu'à nos âmes il accorde la grâce du salut.

Vêpres des saints Pierre et Paul

Pierre, coryphée des apôtres glorieux * toi la pierre de la foi * et Paul, orateur et luminaire des saintes Églises de Dieu * devant le trône divin * intercédez auprès du Christ en faveur de nous tous. Saints disciples de Dieu * initiés et docteurs * princes des apôtres, Pierre et Paul * intercédez auprès du Créateur de l'univers * le Seigneur de gloire, en notre faveur.
De quelles hymnes fleuries * célébrerons-nous Pierre et Paul ? * Sur les ailes de la théologie * ils ont gagné les confins de l'univers * et se sont élevés jusqu'au ciel ; * à l'Évangile de justice ils ont servi de mains * leurs pieds ont cheminé * pour annoncer la parole de vérité ; * ils sont les fleuves de la Sagesse et les bras de la croix ; * par eux le Christ a brisé l'orgueil du démon, * nous accordant la grâce du salut.

Quand nous lisons les épîtres que saint Pierre et saint Paul nous ont laissées, ainsi que les textes que nous ont conservés les diverses traditions concernant leurs vies, leurs missions et leur martyr à Rome, alors nous comprenons les sentiments de profonde gratitude avec lesquels l'Eglise tout entière, en Orient et en Occident, honore leur mémoire chaque année en ce jour.
Elle honore le premier comme prince des apôtres et le second comme celui qui travailla, peina et oeuvra le plus afin que les peuples issus de la gentilité viennent au Christ et à la vraie foi.
A travers toute l'histoire de l'Eglise, attestés aussi dans l'iconographie et l'architecture des églises anciennes, ces deux coryphées des apôtres ont toujours été considérés comme les deux
piliers principaux qui soutiennent l'Eglise. Elle remercie le Seigneur Jésus-Christ pour cela : " Tu as donné, Seigneur, à Ton Église, comme pilier… la fermeté de Pierre ainsi que la sagesse de Paul. Par leur commune doctrine., Tu chasses l'erreur de ceux qui nient Dieu. Conduits par les deux ensemble, nous te chantons, ô Christ tout-puissant, sauveur de nos âmes. "
Mais en évoquant l'exemple de leurs vies personnelles, l'Eglise remercie le Christ encore une fois, car en Pierre et en Paul, nous avons des exemples classiques de ce que peut faire dans la vie d'un homme la " métanoia ", la repentance.
" Tu nous as donné comme exemple du retour des pécheurs, Tes deux Apôtres, ô Seigneur. L'un t'avait renié au moment de Ta Passion, mais il s'est amèrement repenti. L'autre s'était opposé à Ta prédication, et fut un persécuteur. Mais Tu as rendu, malgré tout cela, possible qu'ils fussent les deux premiers de la communauté de Tes amis, ô Jésus, Sauveur de nos âmes. "
En vérité, ils sont des exemples vivants et toujours actuels de la " métanoïa ", du sincère et profond retour au Christ.
Combien de nous, baptisés, ne nous reconnaissons-nous pas dans l'attitude de saint Pierre ? Nous renions Jésus-Christ presque à chaque instant de notre journée. Dans notre attitude vis-à-vis de notre prochain, dans nos paroles, dans nos regards, c'est comme si nous disions : je ne le connais pas, Jésus-Christ ? Connais pas !
Et d'un autre côté, combien ne se comportent-ils pas comme le persécuteur Paul ? Celui qui fut Saül, en ce temps-là. " J'avais vraiment cru devoir combattre par tous les moyens le nom de Jésus le Nazaréen, persécutant les chrétiens et les faisant blasphémer ! "
Mais l'amour de Jésus-Christ est plus grand que tout et dépasse tout. Je suis certain que si Judas s'était repenti comme Pierre et Paul, il serait lui aussi maintenant au nombre des apôtres.
Jésus attend de chacun de nous cette confession de saint Pierre : " Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime ". Et nous prions pour que ceux qui résistent à la Parole de Dieu soient visités par la grâce du Ressuscité et qu'ils fassent connaissance avec lui.
Que le Seigneur, dans son immense amour pour les hommes, nous conduise en ce jour sur le chemin du repentir, à sa rencontre, comme Il l'a fait pour ses deux glorieux apôtres, Pierre et Paul. Amen.
P. Andreas Fyrillas in " Une saison en Orthodoxie " Ed Cerf. Paris, 1992 ; p :180-181

Samedi 30 juin 2007

synaxe des 12 saints, glorieux et illustres apôtres

Epître : 1Co 4, 9-15 ;

Evangile : (usage grec) Mt 9, 36-10, 8 :

(usage russe) Mc 3, 13-19

Tropaire, ton 3

Les Apôtres avec les flots du Verbe Dieu, * ont irrigué la terre entièrement * et baptisé l'ensemble des croyants * au nom de l'indivise Trinité ; * par leur message ils nous ont tous illuminés, * comme les rayons de l'immortelle clarté.

 

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